Depeche Mode – Delta Machine

Avouons qu’on n’attendait rien, ou assez peu, d’un nouvel album de Depeche Mode. On avait beau porter un amour fidèle à  la vaillante électro pop de la formation anglaise depuis l’adolescence, l’inévitable poids des ans et surtout le précédent album, Sounds Of The Universe, fade et sans ressort, vrai premier faux dans une discographie plutôt exemplaire, ne nous avaient pas enclins à  espérer de bonnes nouvelles du côté du trio de superstars.

Pourtant, une fois écartées ses préventions de fan méfiant et mis de côté le premier et laborieux single Heaven, force est d’avouer que si les ex-kids de Basildon maintenant quinquagénaires ont peu changé les couleurs de leur palette, le tableau affiche au fur et à  mesure qu’on s’en approche des teintes nettement plus pimpantes.

Bon, on retrouve quand même sur Delta Machine pour la troisième fois (espérons la dernière) le producteur Ben Hillier aux manettes d’un disque de DM et son approche sonore pop industrielle qui, pour efficace qu’elle soit, a tendance à uniformiser les complaintes du duo Martin Gore/Dave Gahan.

On ne se départit pas non plus des habituelles thématiques « péché-souffrance-rédemption » et son champ lexical religieux (angel, heaven, soul) quoique ici de façon moins systématique, qui sont l’apanage de Martin Gore depuis qu’il préside à  la destinée d’un des groupes les plus pertinents de la new wave historique, trop sous-estimé par la critique musicale durant sa décennie glorieuse (1983-1993) qui culmina en 1990 avec l’inoxydable Violator.

Mais on note avec plaisir un notable mieux côté mélodies (Secret To The End, Broken) qui fut le vrai déficit de la livraison précédente, ainsi que des rythmes plus rapides, retour marqué à  leur racines synthpop originelles (Soft Touch/Raw Nerve) mêlés à  une approche plus directe en forme d’hommage à  l’électro berlinoise ou au krautrock kraftwerkien qui, une fois apprivoisés, ne manquent pas d’une certaine allure.

Pour un treizième opus à  lire comme une synthèse du territoire modien qui pourrait se situer entre le versant digital d’Exciter et la noirceur vintage de Playing The Angel, piochant dans des facettes déjà  parcourues (les références blues de Slow ou Goodbye, vieille marotte de Gore) mais qui affiche un notable regain, sinon d’inspiration, mais de forme expressive.

Quand le groupe croit en l’évidence de ses refrains (tubesques Secret To The End, Soft Touch ou Should Be Higher d’ailleurs signés Gahan, en passant) et que sa voix de baryton emplit l’espace, la Depeche Mode Machine retrouve de sa légendaire puissance.

Même si l’âge d’or du DM grande époque semble bien envolé – gageons qu’il en soient les premiers conscients – ils sont encore capables d’afficher des titres plus ambitieux (le côté dubstep du quasi expérimental My Little Universe ou le vénéneux Alone et ses synthés analogiques en clin d’oeil à ceux du titre Art Decade sur l’historique Low du sieur Bowie période Eno).

Si la toute fin de l’album déçoit un peu (le dispensable Goodbye, préférez-lui les très fréquentables bonus tracks de l’édition Deluxe dont un Always noisy entonné par Gore), avouons qu’à la faveur de ce regain de vitalité, chez un groupe comptant ses trente-deux ans d’existence et ayant survécu à  tant de tempêtes et trous d’air, crises existentielles ou méga-succès dans lesquels tant se sont perdus, on est plutôt content de pouvoir fréquenter encore ces lointains compagnons.

Mais amis en fait si proches, comme de très fidèles repères sur notre route personnelle. Comme quoi, »Nothing’s impossible.. »

Franck Rousselot

Depeche ModeDelta Machine
Label : Columbia Records / Sony Music
Date de sortie : lundi 25 mars 2013

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