Fishing for Fishies : King Gizzard on the Road Again…

Incroyable ! Presqu’un an et demi s’est écoulé depuis le dernier album des stakhanovistes fous de King Gizzard & The Lizard Wizard. Nous étions donc inquiets… Mais il n’y avait pas de raison de l’être, tant Fishing for Fishies poursuit la folle trajectoire expérimentale du groupe, en s’attaquant cette fois au… boogie !

king gizzard 2019

Que faire quand on a déjà tout fait ? Quand on a battu – a priori – tous les records en publiant 5 excellents albums, dont un double, en 2017 ? Quand on a exploré à peu près toutes les manières de jouer du rock psyché, en le mélangeant avec une dose improbable de prog rock, de musique microtonale ou de jazz ? Baisser le rideau de la petite boutique King Gizzard & The Lizard Wizard et aller élever des kangourous loin de toute cette déraison, de ses concerts survoltés à travers toute la planète ? Gageons que l’idée a dû traverser un bref instant la tête de Stu Mackenzie, un matin ou un soir d’épuisement…

King Gizzard Fishing for FishesQue tous ceux qui ont un jour croisé la route de ce groupe hors du commun et en sont tombés amoureux se rassurent, les allumés de King Gizzard ont décidé de juste continuer. En essayant de ne pas faire la même chose non plus, il ne faut pas plaisanter avec l’éthique du groupe ! Fishing for Fishies se détache donc un peu des racines garage psyché du groupe pour faire le pari de la légèreté : puisque la musique du groupe a toujours eu un côté virevoltant dans sa recherche d’une répétitivité un peu virtuose, voici, un cran plus loin, un album sautillant, et… léger… Des tonalités folk (l’intro Fishing for Fishies), jazzy (The Bird Song), voire soul-pop (Plastic Boogie, irrésistible), qui confèrent à l’album une allégresse communicative, et marquent une évolution sensible de la musique de King Gizzard loin du krautrock enragé qui avait fait son succès à l’époque de Nonagon Infinity, une évolution il est vrai déjà perceptible sur Sketches of Brunswick East et Gumboot Soup.

Mais comme il est illusoire d’imaginer que l’on peut se réinventer totalement, on devine qu’il y a un concept derrière tout ça, et c’est la déclinaison à travers de nombreux genres musicaux du… boogie (!), façon On the Road Again de Canned Heat (avec son harmonica omniprésent), qui constitue l’ossature principale de l’album, son fil conducteur. Et ce jusqu’à ce final électronique assez dantesque que constitue Cyboogie, fracassant les rythmiques bondissantes du boogie contre les cauchemars cybernétiques d’un futurisme vaguement rétro.

On pourra trouver l’exercice de style un tantinet répétitif, mais on ne pourra nier l’entrain rythmique et mélodique inchangé du groupe, et sa capacité à monter en intensité chaque fois que nécessaire. Bref, même sur un album qui n’est sans doute pas le meilleur de leurs 14 (!) créations à date, King Gizzard & The Lizard Wizard reste un groupe unique. Original. Et profondément réjouissant.

Eric Debarnot

King Gizzard & The Lizard Wizard – Fishing for Fishies
Label : Flightless records
Date de sortie : 26 avril 2019

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