Midsommar d’Ari Aster : tremblez, un grand cinéaste est né !

Avec son second film, Midsommar, Ari Aster nous propose une expérience radicale, qui ne sera pas de tous les goûts mais confirme la naissance d’un très grand cinéaste.

Copyright Csaba Aknay, Courtesy of A24

On se souvient combien Hérédité, malgré le concert de louanges qui l’avait accueilli, s’était révélé décevant, l’intelligence de sa mise en scène sombrant à mi-parcours dans la facilité du cinéma d’horreur de bas étage, et Ari Aster reculant au dernier moment devant ce qu’on pourrait qualifier – certains l’ont fait – la « transcendance » vers laquelle son inspiration « kubrickienne » le menait. Aster est clairement un homme intelligent, en plus d’un véritable auteur – au sens de la « politique des… », c’est à dire un artiste qui « refait le même film » – puisque tous les défauts de son premier long métrage ont été corrigés dans ce Midsommar, qui se positionne d’entrée comme un film majeur de 2019.

Au début, il y a déjà cette introduction cauchemardesque qui va « justifier » le trauma d’une jeune femme ordinaire : en apparence scindée du film lui-même, et ce d’autant que son atmosphère nocturne tranche avec l’éblouissante lumière qui noie la quasi-totalité de Midsommar, cette introduction sur laquelle Aster aura la très grande intelligence de ne (quasiment) jamais revenir, violant toute les règles du thriller psychologique à l’Américaine, sera le fondement sur lequel l’histoire va se construire, jusqu’au magnifique (et logique) plan final…

Ensuite, il y a plus de deux heures de film qu’on pressent – à tort, pour une fois – comme bien longues, et qui s’avèrent indispensables pour que l’effet d’immersion joue pleinement, et que le spectateur, régulièrement incité à le faire par des regards-caméra, se laisse docilement entraîner dans le trip qui lui est proposé, à base de drogues hallucinogènes et de cérémonies enivrantes. La limite de Midsommar, c’est évidemment que le spectateur accepte de se dissoudre dans cette expérience sensorielle splendide – et horrifique, ne le nions pas puisque, quelque part (mais vraiment quelque part de pas si évident que ça…), il s’agit d’un film de genre. Assez nombreux sont les spectateurs quittant la salle, et quelques ricanements stupides çà et là confirment que l’on peut décider de ne pas « croire » à ce voyage ancestral / new age, qui va pourtant permettre à l’héroïne du film de surmonter ses traumas. Et de se venger, accessoirement, de la stupidité et du manque de cœur des hommes.

Car, au-delà de leur évidente fascination pour les « cultes », les deux films d’Aster peignent de la même manière une masculinité révoltante – en particulier chez les jeunes – que le scénario punira cruellement : peut-être d’ailleurs que le mépris du réalisateur pour ses personnages masculins (le père et le frère dans Hérédité, le groupe de touristes américains ici) est trop fort pour ne pas un peu déséquilibrer ses films… On verra comment tout cela évolue par la suite…

Hymnes à la puissance éternelle, tellurique même de la Femme, Hérédité et Midsommar célèbrent la transmission de la Vie et de l’Âme, à n’importe quel prix. En cela, ce sont des films à la fois « hors du temps » et profondément politiques, qui annoncent l’arrivée inattendue dans le cercle des grands cinéastes mondiaux d’un nouvel auteur…

… sur lequel il faut d’ores et déjà compter.

PS : On ne l’a pas dit, mais Midsommar fait évidemment très peur, sans jamais jouer sur les codes du genre. Et ne saurait être conseillé aux âmes sensibles, seulement aux cinéphiles qui se désespéraient de ne trouver personne pour reprendre le travail de Kubrick là où la mort l’avait interrompu.

Eric Debarnot

Midsommar (2019)
Film américain d’Ari Aster
Avec Florence Pugh, Jack Reynor, Vilhelm Blongrem, Will Poulter
Genre : drame, horreur
Durée : 2h27
Date de sortie en salles : 31 juillet 2019

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