|Live Report] Gliz à l’Espace B : un power trio non conventionnel

Mardi, nos espoirs jurassiens de Gliz donnaient enfin un concert dans une bonne salle parisienne, l’Espace B : l’occasion de voir enfin interprétées sur scène ces chansons qui nous avaient tellement impressionnées sur leur premier album, Cydalima.

Pas facile en France en 2019 d’être un jeune groupe débutant, provincial qui plus est, aussi talentueux et original soit-on ! Nos Jurassiens de Gliz sont en train d’en faire l’expérience, avec, entre autres, peu de soutien encore de la presse écrite (on sait que les fans d’aujourd’hui préfèrent lire des articles sur les Rock Stars mortes des années soixante-dix !), et bien des difficultés à trouver des salles pour jouer à Paris. L’annonce de leur passage à l’Espace B, en première partie des Italiens destroy de The Devils était une bonne nouvelle, jusqu’à ce que l’annulation du concert de ces derniers ne mette en danger cette soirée que nous attentions tant. Heureusement, le set est maintenu, le prix des billets diminué, et Gliz jouera ce soir devant un public – logiquement – clairsemé… mais enthousiaste ! Le bon côté des choses, car il y en a toujours un, c’est que la durée du set pourra excéder celle d’une première partie standard !

20h45 : bienvenue enfin à ce power trio inhabituel, puisque le banjo remplace la guitare, et le tuba la basse, qu’est Gliz, dans la chaleureuse petite salle de l’Espace B ! Ces instruments inhabituels ne doivent pas faire penser à ceux qui ne connaîtraient pas Cydalima, le premier album du groupe, que gliz propose une musique folklorique ou festive… Le groupe carbure plutôt à l’angoisse et à l’insatisfaction… comme toute bonne formation rock qui se respecte !

On attaque avec Devotion, la conclusion plutôt pessimiste de l’album, qui n’est pas la chanson la plus puissante du répertoire, mais permet à la fois au groupe et aux spectateurs de prendre leurs marques. Le son est excellent, voire même magnifique, car, plus clairement que sur disque, on saisit la richesse que la substitution de la basse par le tuba apporte à la structure des morceaux. A l’inverse, la simplicité du son des 4 cordes du banjo – par rapport aux 6 cordes de la guitare – crée une sorte de rudesse, qui met en valeur par contraste le chant émotionnel, vulnérable presque, de Florent. A Mess is gonna Come ajoute le supplément d’âme (noire, l’âme) qu’on attendait, mais une corde de banjo cassée, alors qu’on en est encore au début du set, met en péril le décollage du groupe : comment faire face à ce genre d’incident lorsqu’on n’a pas de roadies sous la main pour réparer ? Heureusement, une spectatrice se propose et se déclare capable de remplacer la corde cassée, tandis que Florent poursuit avec un autre banjo.

Get Out, et plus encore le quasi-“ledzeppelinien In Limbo permet à Gliz de déployer toute sa puissance, et de transcender le format original des chansons pour leur apporter volume, profondeur,… intensité ! La confirmation que Gliz est un groupe de scène, et que la production, impeccable, de l’album ne dissimulait pas un déficit de conviction. La corde est réparée, mais remontée à l’envers, ce qui ne facilitera pas l’accordage… Le bon esprit qui règne dans la salle ne souffrira pas de ce contre-temps… Pause détente avec un rockabilly ludique et jouissif, pour échauffer encore plus les esprits. Thomas souffre sous son tuba et le plafond trop bas de la salle, les verres d’eau sont indispensables pour tenir le coup. Florent a demandé l’ajout d’une lumière bleue, ce qui soulage de l’ambiance uniformément rouge qui a prédominé : si l’Espace B est un lieu plein de qualités, l’éclairage n’en est pas une…

Florent nous annonce une chanson à propos d’une grotte : en fait, explique-t-il, c’est là la raison pour laquelle les textes de gliz sont en anglais, parce que The Cave, ça sonne quand même sacrément mieux que “la grotte… Et The Cave, c’est une très grande chanson, qui synthétise parfaitement la démarche de Gliz : émotion, énergie, racines. Le tout à reprendre en chœur, bien entendu. On conclut le set avec The Lion, le pur moment Rock de la soirée : on attend avec impatience de voir le trio interpréter ce genre de morceaux dans une grande salle bien pleine !

On joue le jeu du rappel, sans sortir de scène – après tout, on est entre amis ! Florent nous la fait en solo (ce qui lui rappelle ses débuts, avant que Gliz existe, nous confie-t-il…), avec la bouleversante Cannon. La soirée se termine avec Cydalima, le second grand titre de l’album, célébration d’un magnifique papillon occupé à détruire les sous-bois jurassiens : beauté et horreur mêlées, tout un programme au sein duquel s’inscrit la musique extatique de Gliz.

Un peu moins d’une heure, ce n’est clairement pas assez, mais c’est suffisant pour confirmer le potentiel de ce jeune groupe, qu’on a hâte de revoir devant un public plus conséquent, et donc forcément plus chaud ou plus difficile !

Texte : Eric Debarnot
Photos : Christophe Duru

Les musiciens de Gliz sur scène :
Florent Tissot – banjo / chant
Julien Michel – batterie / choeurs
Thomas Sabarly – tuba / chœurs

La setlist du concert de Gliz:
Devotion (Cydalima – 2019)
A Mess is Gonna Come (Cydalima – 2019)
Get Out (Cydalima – 2019)
In Limbo (Cydalima – 2019)
King from Nowhere (Cydalima – 2019)
Wild
Fast Lane (Cydalima – 2019)
The Cave (Cydalima – 2019)
The Lion (Cydalima – 2019)
Encore
Cannon (Cydalima – 2019)
Cydalima (Cydalima – 2019)