Emily Jane White, la plus victorienne des chanteuses américaines

Immanent fire, le sixième album de Emily Jane White s’impose de suite par sa densité, sa profondeur, sa maîtrise du temps et de l’espace, porté par des arrangements qui semblent faits d’éther et de moire, donnant toute liberté à la chanteuse de porter sa mélancolie contagieuse au-dessus de la mêlée.

Emily Jane White
Credit : Kristin Cofer

Le tout dans un style très victorien, presque gothique, où les allégories sur la mort et la passion plantent un décor délibérément sombre (que l’on pourrait aussi rapprocher de l’univers de sa consœur Marissa Nadler), Emily Jane White convoque les esprits vampiriques, habitués qu’ils sont à la plénitude mortuaire de l’éternité, pour nous offrir un album entre rouge et noir ; tous deux déclinés dans leurs teintes les plus sombres, comme il se doit.

Emily Jane White - Immanent FireMais s’il y est question de la mort, c’est aussi pour mieux se délivrer de ses démons. Ainsi, le sang serait le véhicule du poison suprême ; et l’âme, l’enveloppe secrète où le corps se prépare à l’éternité. Les roses rouges ici sont légion, de celles que l’on dépose sur la pierre tombale ou de celle que l’on offre en gerbes au bourreau de ses passions : You can trace the lines broken hearts make / Run your fingers through the cracks of eternal ache.

Dans le très beau Washed away, quatrième titre de l’album, il est aussi question du temps présent, de ce que nous sommes devenus, sans le vouloir, sans le savoir, peut-être : anges déchus d’un paradis qui nous échappe comme le sable entre les doigts, comme cette eau pure et limpide qui nous laverait de tout soupçon : It seems no one has their own eyes / And we all speak from the cage / Are we living in fright / Consenting to be washed away.

Un album volontairement désespéré ; mais qui aurait la politesse de ne nous lester d’aucun plomb, d’aucune forme de complaisance envers le désespoir. Tout se fait ici dans le secrets de l’alchimie. L’or noir des ténèbres se transforme en un sang des plus vermeils ; et face à la mort, l’abandon se fait sans rédition.

Dionys Décrevel

Emily Jane White – Immanent fire
Label : Talitres
Date de sortie : 15 novembre 2019

Poster un Commentaire

avatar

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  Souscrire  
Me notifier des