“Someone new”, un premier album pop-folk-électro étincelant pour Helena Deland

Après 3 maxis, Helena Deland nous propose Someone new, un premier album superbe, porté par une voix magique, captivante et une musique subtile et sophistiquée.

Helena-Deland
© Jack Bool

Prendre son temps

Helena Deland donnait l’impression de distiller ses chansons. Presque au compte-goutte, EP après EP. Il y a eu les 4 morceaux de Drawing Room en 2016, puis les 4 morceaux des volumes I et II d’Altogether Unaccompanied en mars 2018 et les 5 des volumes II et IV du même Altogether Unaccompanied en octobre 2018. 2 ans. 13 morceaux en 3 fois. 13 morceaux assez beaux, qui donnaient envie de plus. Et puis, pendant les 2 ans suivant, Helena Deland a pas mal tourné — Weyes Blood et Connan Mockasin, ou la première partie, en solo avec sa guitare, d’Iggy Pop pour un concert à la Gaîté Lyrique à Paris et la collaboration avec JPEGMAFIA – le rappeur de Baltimore. 2 ans d’expériences diverses et assez variées et de rencontres. 2 ans d’hésitations à se lancer, et puis le travail qui a permis à la chanteuse Canadienne – née à Vancouver, vivant à Montréal – de boucler son premier album. 13 pistes d’un coup. Someone new. Un album né d’une interrogation fondamentale. LA question – qui suis-je ? Suis-je toujours moi-même si je dépends des autres ? Est-ce que je fais vraiment ce que j’ai envie de faire? Helena Deland en doutait : “Dans ma carrière musicale et ma vie privée, compter sur l’approbation de l’autre pour déterminer ma propre valeur m’a aliénée de moi-même, et a rendu difficile la création de quoi que ce soit.”

Sombre et profond

Helena-Deland-Someone-NewEtonnant, non, qu’un tel doute de la part d’une artiste – dont la vocation n’est-elle pas précisément d’exister, au moins professionnellement, dans et par le regard des autres ? Étonnant, mais compréhensible: après tout – est-ce qu’on fait ce qu’on a envie de faire ou ce qu’on pense que les autres attendent ? Comment Helena Deland a fait face à ces difficultés dans sa vie privée n’est pas vraiment de notre ressort. En revanche, en ce qui concerne la création, nous pouvons être rassurés. Le résultat est étincelant. Pas si sombre, en réalité – arrêtons de parler de tristesse et de mélancolie. Profond, plutôt – forcément, renouer avec soi-même, se retrouver est un sacré enjeu – et pur, Someone new nous emmène dans des paysages beaux de dénuement. Et nous étourdit. Même si tout se fait lentement, en douceur. Helena Deland nous fait parcourir des montagnes russes, marcher sur les cimes des arbres, traverser les nuages. Tout ça au ralenti.

La voix, évidemment

Someone new nous maintient dans cet état d’apesanteur en grande partie grâce à la voix d’Helena Deland. Évidemment. C’est avec elle, elle seule – sur un fond musical très discret, très doux – que s’ouvre Someone New, le premier morceau de l’album. Elle captive dès les premiers instants. Et puis commence le voyage. Helena Deland chante, parle, chuchote, dit ce qui est quelque fois l’indicible – la violence des rapports sociaux, des sentiments, la difficulté d’être soi-même, ou d’être quelqu’un d’autre, être au monde … Helena Deland monte et descend dans les octaves – ni jamais trop haut ou trop bas, malgré tout. Sans devenir trop rugueuse, trop âpre dans les graves ni même se casser sur des notes aigües. Tranquillement, avec quiétude et certitude. Helena Deland ne force pas. maîtrise et sans affectation, ni – quasiment aucun – effets. Pure. On peut remercier une production qui a réussi à mettre cette voix en avant sans la surcharger, sans l’amplifier inutilement. Le juste ton.

Et la musique, aussi !

Cette voix devient une telle évidence quand on a écouté l’album une fois qu’on ne peut être manqué d’être surpris, à chaque réécoute – ce qui s’avère nécessaire et inévitable – par l’arrivée de “The Walk Home”, le seul instrumental de l’album, avec ses arpèges délicats, ses violons automnaux. On se prend à attendre cette voix et quand le morceau termine, quand la musique s’arrête, on réalise qu’Helena Deland n’a pas chanté et pourtant… quelle émotion. Parce que la musique n’est pas pour rien dans l’effet que Someone New a. Quel écrin pour cette voix… Une musique tantôt douce et baladeuse. Quelques fois plus enjouée, dynamique, sautillante. Quelques guitares folk, des violons sur des arpèges tristes. De l’électro qui donne de l’ampleur et du volume. Qui souligne quelque fois, mais jamais sans en faire trop. Jamais sans être tape-à-l’œil. Une combinaison parfaite, qui donne de vraies chansons équilibrées qu’on écoute et réécoute sans arrêt, en se demandant à chaque fois pourquoi c’est déjà terminé. Alors, on remet l’album au début … difficile de savoir si Helena Deland s’est désaliénée, si elle fait ce qu’elle a envie de faire ou ce qu’elle pense que les autres veulent qu’elle fasse…. En tout cas, on a envie d’écouter ce qu’elle fait. Et plutôt deux fois qu’une.

Alain Marciano

Helena Deland – Someone New
Label : Luminelle Recordings
Parution : 9 Octobre 2020