Alors qu’on va penser une fois encore à nos amies et amis disparus il y a déjà 10 ans au Bataclan, victimes d’une incompréhensible folie criminelle, pourquoi pas ne pas se replonger dans les souvenirs de 20 ans de concerts magnifiques dans cette salle, immortalisés par Marion Ruszniewski ?

Sorti il y a quelques semaines, le passionnant livre de photos de concerts de Marion Ruszniewski, photographe à Rock et Folk, est là pour nous rappeler, en ces moments de tristesse et d’émotions où nous pensons à nos chers disparus, assassinés par des fanatiques barbares et stupides, que la musique « live », c’est avant tout l’énergie, la joie et la vie. Marion nous raconte ce beau projet.
Benzine : Marion, ce projet de livre de photos de concerts, il est venu d’où ?
Marion : C’est un membre de ma famille, vers 2022, qui me dit, « Toi avec ce que tu as vécu, tu devrais faire un livre. En plus, un point de vue féminin sur le Bataclan, sur ce qui est arrivé, ça intéressera les gens ». J’ai d’abord rechigné : tout le monde y est déjà allé de son témoignage…
Benzine : C’est donc l’attentat du Bataclan qui a été le point de départ… Parce que j’imagine que des photos de concerts, tu en as dans des dizaines de salles différentes ?
Marion : Oui, si je n’étais pas parti de cet événement, j’aurais plutôt fait un livre sur le thème des musiciennes dans le Rock… En tous cas, l’idée a muri doucement comme ça, et puis pendant l’hiver 2023, je suis chez un ami, je lui en parle et il me répond : « Mais oui, ta famille a raison ! Allez, va trier tes photos ! ». Je rentre chez moi, j’allume mon disque dur, et je me rends compte que, ce qui tombe bien, le premier concert au Bataclan où je suis allé prendre des photos, c’était en 2005. Donc ça a fait tilt, il y a un angle légitime, qui sont ces vingt ans d’histoire dans la salle.
J’ai tout de suite eu l’idée de la double page noire au milieu pour couper. Puis j’ai rajouté une double page blanche ensuite, pour figurer un peu l’espoir…
Benzine : La photographie de concerts, pour toi, c’est quoi ? Quelle est ton approche à toi ?
Marion : J’ai commencé les photos de concert en 1995-96, j’étais à la fac. Je travaillais encore en argentique, et tout de suite, ce qui m’a enchanté, c’était d’essayer de faire ressentir l’énergie du groupe. Que celui qui regarde la photo puisse savoir quel genre de musique le groupe faisait. Et puis bien sûr, transmettre de l’émotion. Comme je trainais beaucoup dans la scène punk / hardcore française des années 90, c’était des groupes qui bougeaient beaucoup. J’adore faire des photos au grand angle, c’était des petites salles, j’étais au pied de la scène, il fallait qu’il y ait de l’énergie, du mouvement !
Benzine : Pour toi, une photo vraiment réussie, c’est quoi ? Il y en a sûrement plus d’un exemple dans le livre.
Marion : C’est celle de Beth Ditto, je l’adore ! En 2017. Il y a tout dans cette photo : la communion avec le public, Beth Ditto qui est rayonnante, ça reflète vraiment qui elle est comme personne.
Benzine : Et sur ces 20 ans au Bataclan, s’il y a un concert qui t’a le plus marqué, quelles que soit les photos que tu aies prises, c’est lequel ?
Marion : Mon meilleur souvenir du Bataclan, c’est le concert des Flaming Lips en 2017, quelques mois après la réouverture. Même si les chansons de Wayne Coyne ne sont pas complètement joyeuses, le fait qu’il y avait sa scénographie complètement loufoque, les ballons sur scène, son arrivée perché sur une licorne à roulettes. Il y avait des champignons géants gonflés au fond de la scène… C’était magique ! Il a évidemment rendu hommage aux victimes… Mon plus beau concert au Bataclan, sans aucun doute.
Benzine : Tu as dit que ce livre n’était pas forcément voulu comme un témoignage du 13 novembre 2015, mais n’est-ce pas quand même nécessaire de préserver la mémoire de cet événement ?
Marion : Je suis tout à fait d’accord avec toi, c’est juste que je préfère le faire de manière joyeuse, de mettre un peu de vie dans tout ça. Tout de suite, je me suis dit : je retournerai au Bataclan, car sinon, ça voudrait dire que les terroristes, ils ont gagné. Après, il y en a un qui est en taule à vie, les autres sont tous morts, et donc la Vie triomphe sur le Mal, quoi !
Benzine : Tu as aussi une belle préface de Philippe Manœuvre…
Marion : Oui, j’en suis très fière. C’était mon rédacteur en chef de 2004 à 2017, donc c’est vraiment légitime du coup. Et puis il m’a écrit ça cet été, en plein mois d’août, je lui ai laissé dix jours, il me l’a faite en quatre jours ! C’est vraiment à son image, et en même temps plein de sincérité… Je lui ai apporté le livre hier, il l’a regardé et il me dit : « Le livre il est magnifique, je ne pensais que vous me feriez quelque chose d’aussi beau ».
Benzine : Le prochain projet, ce sera donc sur les Filles dans le Rock ?
Marion : Oui, oui… bon, il faut que quand même digérer celui-ci, mais dans deux, trois ans, oui, absolument. Mais déjà, rien que dans ce livre-ci, la parité est quasiment respectée. C’est disons, du 40/60, au moins… J’y tenais !
Propos recueillis par Eric Debarnot
Les photos de Beth Ditto et des Flaming Lips sont de Marion Ruszniewski
Doing It To Death – 20 ans de photos au Bataclan // 2005-2025
Photos de Marion Ruszniewski (photos) et Doris Le Mat-Thieulen (texte)
Préface de Philippe Manoeuvre
Ouvrage auto-édité
135 pages – 45 €
Date de parution :
