Après Roman fleuve et Roman de gare, Philibert se lance, avec Roman policier, dans un récit qui se joue des codes du genre. À partir d’un fait divers authentique – le vol de la lettre U dans quelques enseignes de commerces palois – il mène avec Vincent Dedienne une enquête pleine de fantaisie. Jubilatoire.

La paisible ville de Pau est en état d’alerte : la lettre U a disparu de plusieurs enseignes commerciales de la ville. Volée ! Nuitamment chouravée ! Qu’à cela ne tienne : deux gais lurons parisiens se font forts de découvrir le coupable. Un petit voyage de plus pour Philibert Humm – certes nettement moins aventureux que ceux de Roman fleuve et Roman de gare mais, même à Pau, on n’est pas à l’abri de toutes sortes de surprises. Et comme d’habitude, il fera de ce voyage un partage : cette fois c’est avec son voisin et ami Vincent Dedienne qu’il partira. D’accord, Ils ne sont pas enquêteurs de profession, loin de là, mais qu’importe : ils ont lu assez de romans policiers pour être à même de mener à bien la difficile mission qu’ils se sont assignée.
Voilà donc nos deux lascars, rejoints plus tard par un troisième, lancés à la recherche de l’audacieux pillard de U. Au fil des rencontres avec les autochtones, ce seront conversations-mine-de-rien, interrogatoires de victimes et de témoins, pièges tendus, caméras dissimulées : et bientôt les suspects s’accumulent, validés pour certains, finalement recalés pour d’autres. Nos joyeux lurons le savent : le B A BA du bon enquêteur est de se mettre dans la tête du malfaiteur. Si bien que les hypothèses vont bon train. quant à ses motivations. Que gagne-t-on à voler des U ? Et d’ailleurs, pourquoi le U et pas le G ? Pourquoi, le resta*rant, la bo*cherie, et pas les supermarchés U ? Et que peut-on faire avec les U dérobés ? À moins, bien sûr, d’être un fétichiste…
Le livre baigne dans une réjouissante fantaisie qui met en évidence l’absurdité du monde. Et aussi les préjugés des intellectuels parisiens dans le regard qu’ils portent sur une ville reculée de province, ses habitants et ses lieux emblématiques. Au premier rang desquels, les cafés, car on ne se refait pas : Philibert Humm a écrit, avec son vieil ami Pierre Adrian, La Micheline : tournée des bars de France. Mais si tout paraît trop fou pour être vrai, tout l’est cependant. L’idée de cette enquête est venue à l’auteur d’un article de journal consacré à ces U disparus et d’ailleurs il le jure : il n’a aucune imagination. Tout comme il affirme l’authenticité de cet épisode où il découvre dans une librairie de Pau un exemplaire de La Lettre volée d’Edgar Poe…
On aurait pu craindre un effet de lassitude avec ce roman – le troisième en trois ans. Mais non. J’ai suivi avec un égal bonheur les aventures de Philibert Humm, je me suis régalée de ses digressions, de son autodérision, de son humour potache, de l’acuité si humaine de son regard sur le monde. Et j’ai pris un plaisir particulier à avoir entre mes mains ce livre des éditions des Équateurs, avec sa belle couverture rigide aux codes graphiques vintage. Philibert Humm, bien qu’il n’ait que 35 ans, sait faire naître en nous la nostalgie d’une époque révolue, où les hommes prenaient le temps de se rencontrer et de se parler, où la recherche du profit ne faisait pas loi. Sa nostalgie à lui, c’est aussi celle l’enfance, du jeu, de la poésie, celle qui lui fait conclure : « La fantaisie est invincible ».
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Anne Randon
