« ChaO » de Yasuhiro Aoki : Sirène et ombres chinoises

Avec ChaO, Yasuhiro Aoki revisite La Petite Sirène avec une audace graphique compensant ses clichés scénaristiques. Et aussi une forte influence du cinéma populaire chinois.

Chao image
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Au milieu des années 2000, le studio indépendant d’animation nippon Studio 4°C a imposé avec Mind Game (sorti en DVD en France par Potemkine) une approche formelle et graphique éclatée devenue sa signature. Une approche retrouvée en partie avec Amer Béton, adaptation (exploitée en salles en France) du manga punk et nihiliste culte de Taiyō Matsumoto. Prix du jury du Festival du film d’animation d’Annecy, ChaO revisite de son côté le mythe de La Petite Sirène.

Dans un monde où humains et sirènes coexistent, Stephan, un employé de bureau ordinaire fait la rencontre de ChaO, une princesse du royaume des sirènes. Après une demande en mariage à son insu, Stephan n’a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive, et doit partager sa vie avec cette fille adorable mais imprévisible.

ChaO a la Chine en ligne de mire, et pas seulement parce qu’il est situé dans une version futuriste de Shanghai. Des références au cinéma d’arts martiaux et à John Woo (veste soulevée par le vent + lunettes noires avant le final) sont présentes de manière épisodique. Surtout, la grande inspiration semble être The Mermaid, relecture version humour cantonnais nonsensique du conte d’Andersen par Stephen Chow. Un méga-succès asiatique inédit en France dans lequel, alors que des expérimentations scientifiques en mer menacent la vie des sirènes, un professeur tombe amoureux d’une sirène envoyée pour le tuer.

Dans le film de Yasuhiro Aoki, la sirène a la forme d’une carpe mais ne prend l’allure de la sirène du conte que dans l’eau… ou lorsqu’elle est émotionnellement épanouie. Une idée ouvrant la porte à une vraie inventivité graphique autour de ce personnage. Le mariage entre Stephan et ChaO doit de son côté permettre au constructeur naval employant le jeune homme de prospérer. Il pourrait même favoriser l’apaisement entre les terriens et l’univers marin. On est ici dans le schéma plus qu’ancien du mariage facteur de « prospérité économique du royaume » et « d’apaisement géopolitique entre royaumes ».

Est-ce pour cette raison que l’écriture de ChaO est en partie pleine de clichés ? Se conformer au monde des humains pour y survivre implique d’adopter une vision traditionnelle de la femme qui ne serait plus vraiment acceptable dans un dessin animé occidental. Ceci dit, le personnage de Stephan est également montré comme pathétique. On pourrait aussi mentionner dans le déjà beaucoup (trop) vu (dans un film d’animation japonaise) le propos écologiste et la lutte humains/nature, plus que déclinés par Miyazaki. Mettons que l’approche visuelle iconoclaste compense en partie les questions des clichés et du déjà-vu rayon écriture.

Certains pourront trouver ça trop baroque, trop agité mais ChaO est une occasion de savourer la Studio 4°C‘s touch sur grand écran.

Ordell Robbie

ChaO
Film japonais de Yasuhiro Aoki
Genre : Animation, Fantastique
Durée : 1h30 min
Date de sortie : 13 mai 2026

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