Peter Frampton – Carry The Light : au combat

C’est le retour de Peter Frampton avec un premier disque de nouvelles compositions depuis 16 ans. Si le disque ne marquera pas l’époque comme ceux qu’il a sortis dans les années 70, il comblera ceux qui le considèrent comme l’un des meilleurs guitaristes encore en activité.

Peter Frampton
© Lynn Goldsmith)

2026 serait-elle l’année des seniors du rock ? Alors que nous attendons impatiemment (?) les albums de Paul McCartney et des Rolling Stones, c’est Peter Frampton qui sort, à 76 ans, sa première collection de nouvelles chansons depuis 16 ans. Frampton n’a certes pas le statut des autres monstres, mais nous parlons ici de quelqu’un qui a vendu 13 millions d’exemplaires de son double live Frampton Comes Alive en 1976, à une époque où ce format était plébiscité par le public. Ce succès nous a toujours semblé totalement disproportionné mais l’a installé parmi les musiciens à suivre. Frampton était, avant sa carrière solo, le guitariste de Humble Pie, groupe de quasi hard rock blues mené par Steve Marriott, dont le live Rockin’ the Fillmore reste un exemple de sauvagerie boogie rock plus de 50 ans après sa sortie. Le succès de son double live l’a fait ensuite marketer comme un chanteur à minettes (voir la pochette et le titre du follow-up de 1977, I’m in You) en le poussant à privilégier le marché américain, qui l’avait plébiscité. Bien entendu, ça n’a pas marché : il n’est pas possible de survivre à un succès aussi soudain et massif. Frampton a ensuite eu un accident de voiture, s’est fait virer de sa maison de disques et est rentré dans le rang dès le début des années 80. C’est pourtant un guitariste très intéressant, et certains disques valent le coup d’être redécouverts, dont le Thank You Mr Churchill de 2010.

Peter Frampton – Carry the LightFrampton est atteint depuis quelques années d’une maladie dégénérative non mortelle qui affecte progressivement ses muscles, et ses années de guitariste sont désormais comptées. Il joue actuellement assis et a surtout sorti des disques de reprises ces dernières années, dont un album de blues. Son retour en studio est donc une surprise, et le disque est à la hauteur des attentes. Les bons albums de fin de carrière naissent souvent d’une nécessité : des artistes qui ont encore quelque chose à dire, une coda à ajouter, et la postérité en tête. Il n’est donc pas question ici de l’album sorti uniquement pour offrir deux ou trois nouveaux titres à une setlist principalement dédiée aux tubes de Frampton Comes Alive, comme Show Me Your Way et sa talk box pénible.

Reste l’essentiel : le disque est bon. Frampton joue divinement bien, sans démonstration, et les compositions sont à la hauteur.

Carry The Light démarre sur des rythmes africains et une tessiture qui rappelle celle de Cat Stevens. Il est question, bien entendu, de transmission, d’écouter les anciens et donc de ne pas laisser la lumière s’éteindre. C’est le travail de la nouvelle génération, et il est important de noter que le disque est coproduit par son fils Julian Frampton. L’arrivée de sa Gibson au bout de trois minutes prouve que Peter n’a pas perdu sa dextérité. Buried Treasure le voit accompagné par le Heartbreaker Benmont Tench pour un titre manifestement en hommage à son ancien boss Tom Petty. Les paroles comprennent en effet plusieurs allusions à des chansons de Petty (Making Some Noise, Two Gunslingers, The Best of Everything… et d’autres à découvrir). Le riff est simplissime mais diablement efficace, et l’on se prend à rêver de ce que ce titre pourrait donner en concert avec Mike Campbell en deuxième guitare.

Il y a beaucoup d’invités sur le disque. Graham Nash est présent pour les harmonies sur l’acoustique I’m Sorry, Elle. Sheryl Crow est en duo sur Breaking the Mold, agréable même si très classique. I Can’t Let It Be est un pur titre de guitariste qui pourrait figurer sur les récents disques de David Gilmour et qui vaut principalement pour les magnifiques envolées de la guitare du maître. Somptueux, comme l’inattendu Lions at the Gate, qui a tout d’une protest song et d’une chanson anti-guerre. Qui de mieux que Tom Morello pour donner la réplique ? Le guitariste de RATM, comparse de Bruce Springsteen sur la tournée No More Kings, est décidément plus que jamais un symbole de résistance. Il se montre tout aussi combatif sur Tinderbox (« Alone we stand no chance / we can shine so bright together »). Superbe composition, notamment dans sa deuxième partie jazzy, où Frampton est accompagné au sax par Bill Evans.

Le disque est complété par deux instrumentaux gorgés de guitare aérienne, notamment sur Oslamorada, la conclusion At the End of The Day refermant le disque sur une note légère.

Carry The Light ne séduira sans doute pas les auditeurs de Geese, mais il comblera son vrai public : les amateurs de classic rock seventies. Si ce disque devait être le dernier album de compositions originales de Peter Frampton, il lui permettrait de conclure sa carrière en beauté.

Laurent FEGLY

Peter Frampton – Carry The Light
Label : UMG Recordings
Date de sortie : 15 mai 2026

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