« Le Miroir brisé » de Chris Brookmyre : un méta thriller inégal

Romancier passionnant car toujours surprenant, l’Ecossais Chris Brookmyre nous propose avec Le Miroir brisé un méta thriller dans lequel il joue avec les codes du genre. Malheureusement, l’ensemble ne fonctionne que partiellement.

© Chris Close

La renommée de Chris Brookmyre ne dépasse sans doute pas le cercle des amateurs de polars, et c’est regrettable tant cet écrivain écossais sait surprendre et se renouveler. Depuis ses débuts au milieu des années 90, il s’est illustré avec sa série consacrée au journaliste Jack Parlabane, un série assez représentative du fameux « Tartan noir », mais dans laquelle l’écrivain injectait une certaine dose d’humour (noir). Chris Brookmyre est aussi l’auteur de thrillers psychologiques assez remarquables, comme Sombre avec moi, premier roman publié par Métailié après des années de disette éditoriale en France. En effet, et c’est sans doute l’une des raisons du manque de reconnaissance de Brookmyre chez nous, son travail n’a été que partiellement traduit.

Avec Le Miroir brisé, le romancier prend une nouvelle fois le risque de déstabiliser ses lecteurs en s’aventurant dans une sorte de méta thriller qui s’amuse avec les stéréotypes du genre. A l’origine de ce roman, il y a le défi lancé par son éditeur. Comme le révèle Brookmyre dans les remerciements qui accompagnent Le Miroir brisé : en juin 2022, Ed Wood, l’éditeur de Brookmyre, tweete ceci : « Les gens demandent souvent ce que les éditeurs recherchent : je tuerais pour un méta polar vraiment intelligent, qui joue avec le genre. Alors voilà, le gant est jeté. » Il n’en a pas fallu davantage pour que Chris Brookmyre se lance dans l’élaboration d’un nouveau roman répondant aux attentes de l’éditeur. Et, de fait, dès les premiers chapitres, le constat s’impose : Brookmyre s’amuse avec les codes d’un genre qu’il connaît parfaitement.

Ainsi, Le miroir brisé commence comme un roman d’Agatha Christie, et en particulier ceux qui mettent en scène Miss Marple. Nous sommes dans un petit village écossais tellement typique que l’on jurerait une carte postale et nous faisons la connaissance avec la bibliothécaire locale, Penny Coyne, une gentille octogénaire, amatrice de littérature et de thé, mais aussi d’histoires criminelles qu’elle résout avec une facilité déconcertante. En dépit d’une mémoire qui commence à donner quelques signes de défaillance, Penny va devoir à nouveau exercer ses talents d’enquêtrice car un cadavre vient d’être découvert dans le confessionnal de la petite église du village…

Mais, très vite, les chapitres racontant les investigations de Penny vont alterner avec un autre récit. Nous sommes cette fois à Los Angeles. Johnny Hawke est l’une des légendes du LAPD. Ce flic, solitaire et taciturne, évoque évidemment beaucoup le Harry Bosch de Michael Connelly. Une légende circule dans les couloirs de la criminelle : les partenaires de Johnny finissent tous par mourir en service. Lorsqu’un scénariste est retrouvé mort à Hollywood, c’est à Johnny et à son nouveau partenaire que l’on confie l’enquête…

Deux univers, deux styles, mais évidemment une même histoire. Après une première partie assez réjouissante qui alterne donc ces deux enquêtes, Brookmyre orchestre la rencontre, en Ecosse, de ces deux personnages antithétiques qui vont devoir s’associer pour résoudre une histoire particulièrement complexe. Une troisième partie les conduira ensuite à Los Angeles et, ainsi, chacun des deux devra s’adapter à l’univers et aux codes de l’autre.

A bien des égards, Chris Brookmyre a correctement relevé le défi de son éditeur : Le Miroir brisé multiplie les clins d’œil que tout amateur de polars saura apprécier. Mieux, le romancier s’amuse à brouiller les pistes et finit par nous emmener dans une voie qui le libère en partie du genre avec lequel il joue.

Malheureusement, Le Miroir brisé ne fonctionne pas totalement. Tout d’abord, le roman est beaucoup trop long. Les plus de 500 pages et une troisième partie qui s’étire inutilement finissent par lasser par moments. A ce premier bémol s’en ajoute un autre : les personnages secondaires sont tellement nombreux que le lecteur s’y perd un peu. Cette multiplication des personnages est voulue par l’auteur – et elle participe pleinement de l’intrigue -, mais cela n’empêche pas une certaine confusion. Enfin, et c’est peut-être le plus regrettable, le coup de théâtre qui intervient à la fin du roman est en réalité assez prévisible et nul doute que de nombreux lecteurs l’auront anticipé…

En définitive, Le Miroir brisé, s’il reste globalement plaisant à lire, est une petite déception. Les connaisseurs de l’œuvre de Chris Brookmyre y trouveront peut-être des raisons de l’apprécier (en partie ou totalement). Pour les autres, on conseillera plutôt les autres romans de l’écrivain disponibles aux éditions Métailié (Sombre avec moi ou La Maison sur la falaise).

Grégory Seyer

Le Miroir brisé
Un roman de Chris Brookmyre
Traduit de l’anglais (Ecosse) par Céline Schwaller
Editeur : Métailié
536 Pages – 22 €
Date de parution : le 6 mars 2024

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.