Le port d’Athènes a été vendu aux Chinois. Les méga-feux ravagent les environs. Ce thriller catastrophe cache un véritable reportage sur un pays en perdition dans un climat déréglé, symbole de notre Europe à la dérive.

Le journaliste Nicolas Verdan, est un écrivain suisse né dans le Vaudois. Mais sa mère est d’origine grecque et, en guise d’hommage, il signe désormais ses romans noirs sous le pseudonyme de Nikos Nikolopoulos. On le découvre ici avec son dernier roman : Et Athènes brûlait, le premier paru aux éditions de L’Aube.
Début du communiqué d’un groupuscule d’activistes écolos : « Nous étions le 19 septembre de l’an deux mille vingt-quatre après J.-C. et le monde était dans la tourmente. […] » C’est la fin de l’été 2024, quand les méga-feux faisaient rougeoyer le ciel tout autour d’Athènes et que les cendres retombaient sur la ville comme de la neige, quand « une odeur de feu de cheminée flottait dans l’atmosphère ». Construit comme un thriller, le récit multiplie les brefs chapitres où s’entrecroisent plusieurs personnages dont on devine que les trajectoires convergent vers une catastrophe annoncée.
Jour après jour, le compte à rebours est lancé, dix, neuf, huit, … Il y a là Dimitris, un pêcheur désormais à la peine à cause de la pollution du golfe de Saronique, face à l’extension chinoise du port du Pirée d’Athènes. Son père était pêcheur d’éponges dans les îles. Evguenia, une fliquette d’origine russe, témoin malgré elle des bavures des collègues de sa patrouille qui chassent les migrants. Stamatis, un activiste écolo à moitié allumé, à moitié invalide. Evangelos, un ancien de la police militaire au passé pas trop clean. La figure principale, c’est Popi, une agente des services de renseignement, en état d’alerte suite aux menaces proférées à l’encontre du ministre de l’environnement, Takis Starkos. Elle se retrouve écartelée entre ses sympathies écolo et sa mission pour la sécurité d’état.
« – Starkos jouit d’une bonne image ici, en Grèce.
– Un pollueur corrompu vendu aux Chinois ?
– Qui graisse la patte à tout va quand il s’agit de défendre ses intérêts et ceux de Cosco.
– Et tu dis que les Grecs l’aiment bien.
– Oui, parce qu’il est irrésistible, comme tous les milliardaires dans son genre. »
Autour d’Athènes, ce sont les incendies qui éclairent le décor : précarité des migrants, bouleversement climatique, violences policières, éco-terrorisme, … tout cela alors que les pelleteuses chinoises creusent sans discontinuer le port d’Athènes pour Cosco Shipping, « le bras maritime international de Pékin », déversant leurs boues polluées un peu plus loin dans les zones de pêche. Oui, la Grèce, appauvrie par les américains puis vendue aux chinois, part en sucette : « le monde devient fou. Le Pirée aux chinois, ça aura été le premier signal du dérèglement ». « Elle s’en fout. Parce que demain, le compte à rebours sera à zéro. »
Avec son allure de scénario catastrophe, on redoutait un peu que ce bouquin ne soit qu’un énième pamphlet écolo teinté de cynisme. En fin de compte, c’est plutôt une très bonne surprise : si l’amertume est bien là, le compte à rebours n’est pas celui d’un thriller haletant mais plutôt celui d’un véritable reportage au rythme posé et didactique.
Verdan-Nikolopoulos va nous en apprendre beaucoup sur la Grèce en général, et sur Athènes et Eleusis en particulier. Sans hésiter à tisser des liens entre l’actualité apocalyptique et le passé tourmenté du pays : un passé aux cicatrices encore vives, qu’il soit question de la colonisation étasunienne ou de la dictature des colonels. On est d’autant plus attentif à son propos que l’on devine que, par analogie, l’écrivain suisse a fait ici de sa Grèce maternelle en perdition le symbole de notre Europe à la dérive.
Et tout cela est plutôt bien écrit, ce qui ne gâche rien. La prose est simple, fluide, et les personnages sont soigneusement dessinés : le lecteur va s’attacher peu à peu à la figure centrale de l’agente Popi qui va l’emmener jusqu’au bout de cette tragédie grecque et amère.
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Bruno Ménétrier
