[Live Review] Just Mustard au Trabendo (Paris) : la Jeunesse Sonique était bien au Trabendo

Un soir où l’offre de concerts à Paris était démente, le quintet irlandais Just Mustard passait au Trabendo pour promouvoir son troisième album, sorti en octobre. L’occasion de vérifier sur scène sa capacité à transposer les textures complexes de son shoegaze, et même plus que cela.

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Just Mustard au Trabendo – Photo : Robert Gil (10)

Enorme embouteillage pour les amateurs parisiens de rock, en ce vendredi soir de début de vacances scolaires. Il fallait ainsi choisir entre la papesse Kim Gordon, précédée des prometteurs New Eves en première partie, Big Thief pour le premier de ses deux Olympias, la nouvelle perle post-punk venue de Suède, Boko Yout, le sextuor britannique Man/Woman/Chainsaw au Point Ephémère ou encore, dans un autre genre, Chassol à la Philharmonie. A se demander si tous les promoteurs de la place avaient décidé de monter absolument un dernier concert avant la trêve, l’offre se réduisant un peu durant la période des vacances. Notre choix s’est porté sur la jeunesse, sonique elle aussi, et déjà un peu expérimentée, de Just Mustard. Le quintet irlandais a publié l’an passé son troisième album, WE WERE JUST HERE, et, comme Bibi Club vu la veille au Point Ephémère, a confirmé sa progression, franchissant un nouveau palier, faisant évoluer son univers, en le renouvelant avec pertinence. On sait que cette étape, autant que celle du deuxième album, peut être risquée, et l’échec de Dry Cleaning, également vu cette semaine, nous le rappelle.

2026-04-17-Just Mustard Robert Gil (4)C’était donc la semaine des groupes publiant leur troisième LP, et Just Mustard clôturait pour nous cette série dans un Trabendo rempli à 90%, ce qui constitue une bonne nouvelle pour un concert à 25 euros d’un groupe pas encore totalement installé comme valeur sûre, vu la concurrence féroce ce soir. D’emblée, on comprend qu’on ne va pas trop rigoler, comme pour Dry Cleaning : le quintet est en place et déroule son mélange de shoegaze et de post-punk avec application, très concentré sur sa production musicale. Tout en gérant quelques effets, de gauche à droite en regardant la scène, David Noonan (guitare, chœurs), Katie Ball (chant), Shane Maguire (batterie), Robert Hodgers Clarke (basse) et Mete Kalyoncuoğlu (guitare) occupent tout l’espace avec leurs instruments, au propre comme au figuré, appliqués à dérouler un tapis sonore noisy et pop à la fois. On n’en attendait pas moins.

Ce qui marque, c’est la capacité des musiciens à reproduire le son très texturé de leurs enregistrements et d’en faire une matière compacte, cohérente, et vivante, en jouant parfaitement du contraste avec la voix éthérée et aérienne de la chanteuse. C’est vrai dès les premiers morceaux : ENDLESS DEATHLESS, SILVER, OUT OF HEAVEN, tous trois extraits du dernier album. Celui-ci se taille logiquement la part du lion sur ce set destiné à le supporter, la totalité de ses dix morceaux étant joués, y compris THE STEPS, rajoutée à la main sur la setlist, habituellement toujours la même sur cette tournée. Une sorte de cadeau bonus de deux minutes aux Parisiens, comme au public d’Amsterdam quelques jours auparavant. Le groupe reprend également trois chansons de ses deux premiers albums, savamment choisies : Deaf, Pigs et Tainted, extraites de leur premier disque, Wednesday (2018), distillées en milieu de set, font leur petit effet et frappent par leur capacité à tenir la route dans la durée. Idem pour les trois extraits de leur second album, Heart Under (2022) : I Am You, en cinquième position, Seed et Still, en toute fin de concert, pour un climax imparable.

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Autre point fort du groupe, sa capacité à pervertir des ambiances rock et planantes par des bruits noisy maîtrisés, comme sur le single historique Seven (2019, non repris sur un album), Deaf noyée progressivement sous la distorsion (avec Noonan au chant versant dans le hurlement façon Black Francis), ou encore THAT I MIGHT NOT SEE, sommet bruitiste relançant le groupe dans sa deuxième partie de concert après un court ventre mou. Les ballades midtempo légèrement noisy, comme l’ancienne I Am You, ont également très bien passé le cap de la scène – bien mieux que chez Bar Italia dans ce même registre. Et c’est quand le groupe synthétise ces deux tendances qu’il est à son meilleur, comme sur Tainted, avec sa rythmique lourde et sourde, sommet de shoegaze tendance emo, POLLYANNA, très bien comme sur le dernier album, et WE WERE JUST HERE, chanson donnant son titre à leur troisième album, peut-être le meilleur titre ce soir, celui où l’équilibre entre shoegaze, noise et velléités pop est le plus fin et dosé, dans une cathédrale sonore remarquable. Situé en avant-dernière position avant le non moins remarquable Seed, ce morceau raconte peut-être le mieux ce qu’est le gang irlandais aujourd’hui : les dignes, peut-être meilleurs, héritiers de The Jesus & Mary Chain, à ce jeu de références qui énerve, mais aussi intéresse, tous les amateurs de rock. Une référence d’ailleurs pleinement assumée par le groupe, dont le lead guitariste arborait un t-shirt Darklands lors de leur précédent passage parisien, au Point Ephémère, en septembre dernier.

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Il restera au groupe à être un peu plus expressif : le choix de n’avoir aucune interaction avec le public, à part un bref mot avant d’introduire le dernier morceau, est un parti pris fort, mais un peu rebutant. En voyant quelques t-shirts Sonic Youth dans la salle, on se dit d’une part que tout le monde n’était pas au Trianon pour Kim Gordon, et d’autre part, que le groupe new yorkais sur scène s’autorisait à parler, entre eux et avec le public, à rigoler même, entre deux furies sonores. Bref, il reste encore une marge de progrès pour Just Mustard – ce que l’on appelle, au fond, l’expérience ?

En tout cas, à l’inverse de Dry Cleaning cette même semaine, au carrefour des destinées post punk, shoegaze & co, nous sommes confiants pour Just Mustard après cette très bonne soirée de plus au Trabendo.

Just Mustard :

Jérôme Barbarossa
Photos : Robert Gil

Just Mustard au Trabendo (Paris)
Production : Super!
Date : le vendredi 17 avril 2026

Leur dernier album :

We Were Just HereJust MustardWE WERE JUST HERE
Label : Partisan Records
Date de sortie : 21 octobre 2025

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