[Live Review] Big Thief et Dylan Meek à l’Olympia : la tête dans les étoiles

Big Thief est un groupe dont le succès est grandissant en France, comme en témoignent deux soirées complètes à l’Olympia. La première d’entre elles a confirmé que le groupe, tout en gardant son potentiel émotionnel, est désormais aussi un combo rock redoutable. Et que le talent d’Adrianne Lenker ne souffre d’aucune contestation.

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Big Thief à l’Olympia – Photo : Gilles Barbeaux

Il y a des soirs où Paris se transforme en ville rock, obligeant à faire des choix compliqués. Alors que Kim Gordon investissait le Trianon, et qu’il était aussi possible de se faire démonter les oreilles avec le shoegaze de Just Mustard au Trabendo, mon choix s’est porté sur le premier concert sold out de Big Thief à l’Olympia. Et quand on connaît mon admiration totale pour Kim Gordon, ce choix est significatif de la place prise par Adrianne Lenker et sa bande dans le paysage musical. Le groupe est devenu, en quelques années, une figure de proue de l’indie rock américain. Son authenticité, ainsi que la personnalité marquante de Lenker, lui permettent en outre d’entretenir une relation très forte avec ses fans, une ferveur qui m’avait impressionnée lors de leur précédent passage à Paris, à la Cigale. À noter aussi que le public du groupe est nettement plus jeune que celui que nous voyons généralement assister à des concerts d’indie rock et d’americana. Big Thief est aussi réputé pour ses setlists aventureuses, et il n’y a qu’à se pencher sur celles des dates précédentes de la tournée pour constater que le chroniqueur que je suis va devoir être attentif. Ça change tous les soirs, intégrant un nombre conséquent de nouveaux titres ou de morceaux des albums solo de Lenker : on n’est pas chez Dry Cleaning. En gros, quand le groupe précise qu’il va jouer un nouveau titre, ce n’est pas un extrait de Double Infinity, sorti il y a six mois, mais peut-être quelque chose de joué en live pour la première fois !

Autant le dire tout de suite : le début de soirée a été compliqué, la faute à Dylan Meek, qui est monté sur scène à 20 h pile pour l’une des premières parties les plus pénibles que nous ayons vues depuis longtemps. Dylan Meek est évidemment le frère du guitariste de Big Thief, Buck Meek, et l’on comprend l’intérêt de faire ces tournées en famille. Dylan Meek s’est spécialisé dans des chansons piano-voix et, s’il enregistre également en groupe, son dernier disque s’intitule sobrement Solo ; il va y piocher allègrement pour un set de 30 minutes. Il est sympathique, et, pour tout dire, on a l’impression qu’il a été globalement plutôt apprécié par le public de l’Olympia, avec lequel il a beaucoup échangé. Le problème est qu’il doit penser que ses titres s’inscrivent trop dans un style américain classique et plutôt passéiste, et qu’il essaie de compenser par des effets vocaux répétitifs et, surtout, ridicules, probablement pour rendre sa musique plus originale. De façon naturelle, ce sont ses morceaux les plus classiques (dont Love Will Remain) qui passent le plus facilement. La tentative de morceau en espagnol, El Sol Esta Aqui, n’est pas plus concluante. Pour le dernier titre, il annonce la présence de son grand frère, qui a composé la chanson avec lui. Buck monte sur scène et ils interprètent tous les deux le bien nommé Brotherhood, titre, encore une fois, sans intérêt aucun. Que dire d’autre ? Le son de son clavier m’a fait penser à Supertramp. En hommage à Rick Davies, je me suis promis de réécouter From Now On en rentrant : c’est quand même nettement mieux.

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Cet avant-goût allait heureusement être peu représentatif de la formidable soirée que nous allions passer avec Big Thief, à partir de 21 h. Le public est chauffé à blanc, et déjà à fond, quand Adrianne Lenker arrive sur scène avec les fidèles Buck Meek à la guitare et James Krivchenia à la batterie. Le bassiste Max Oleartchick ayant quitté le groupe avant l’enregistrement de Double Infinity, Joshua Crumbly complète le quatuor. De nombreux invités les ont aidés sur l’enregistrement du disque, mais, sur scène, ces quatre-là se suffisent à eux-mêmes. Nous pouvons en effet confirmer qu’ils n’ont besoin de personne d’autre pour ce qui sera, pour ma part, le meilleur concert de ce début d’année 2026.

Big Thief Olympia Gilles Barbeaux 03De façon assez radicale, c’est avec un nouveau morceau que Big Thief va démarrer le set. Forgive the Dream est régulièrement jouée depuis six mois, et parfois en rappel, mais n’a pas encore été enregistrée. Terminal Paradise, qui suit, n’est pas non plus le titre le plus attendu de la soirée. Les paroles « See my death become a trail » n’incitent pas à la reprise en chœur. Terrifying, avec sa basse très présente, sera le premier temps fort de la soirée. Titre hypnotique au cours duquel Lenker se lance dans son premier solo dissonant. Encore un nouveau morceau, et une nouvelle réussite. Nous n’allons pas le répéter à chaque morceau : si le futur album de Big Thief comprend toutes les nouvelles splendeurs entendues ce soir, ce devrait être une galette euphorique. Et, puisque nous y sommes, parlons tout de suite de Pterodactyl et Beautiful World, qui seront interprétés un peu plus tard : le premier, plutôt grunge ; le second, dans un style ballade, dans laquelle Lenker reconnaît que nous vivons pourtant dans un « Fucked up World ». Histoire d’un road trip entre Californie et Arizona, avec un chien et une rencontre avec la police des frontières, Beautiful World est Big Thief à son sommet. Nous reparlerons à coup sûr de ce morceau lors de la sortie du prochain disque.

Big Thief n’interprétera qu’un titre emblématique et connu en début de set, Simulation Swarm, et l’on sentira un soulagement autour de nous : « Chouette, ça, on connaît et on peut chanter ! » Ce n’était donc pas une mauvaise idée de ne pas garder Vampire Empire pour le rappel. Pour une raison qui m’étonne, c’est le titre le plus attendu par le public. À la fois morceau solo de Lenker et succès du groupe, en même temps que carton TikTok, ce n’est pas musicalement le meilleur moment du concert, mais on comprend l’identification que peuvent ressentir les fans, et l’importance de cette critique d’une relation de dépendance toxique.

Big Thief Olympia Gilles Barbeaux 04À partir de là, le concert va atteindre des sommets, et Adrianne Lenker va prouver qu’elle est plus qu’un effet de mode et, sans conteste, l’une des personnalités les plus impressionnantes de la scène musicale actuelle. Outre ses talents de compositrice et sa voix, elle est aussi la première guitariste du groupe. Buck Meek va certes prendre quelques solos ; il se contentera la plupart du temps de la guitare rythmique pendant que Lenker s’affirmera dans des envolées abrasives, aussi inventives que sa musique. C’est à Neil Young and Crazy Horse que cette matière sonore fera penser tout au long de cette deuxième partie de concert, grunge au possible. Le festival commencera dès l’enchaînement Real House / Christmas Day. Real House est le morceau d’ouverture du dernier album solo de Lenker : cinq minutes de souvenirs d’enfance sur fond de dépouillement musical total. C’est gonflé de démarrer un album comme ça, mais rien n’est surprenant dans son monde. Gonflé également d’en jouer une version live dotée d’arrangements jazz totalement différents, avec le groupe. Cela nous permet d’apprécier à sa juste valeur l’incroyable batteur, James, qui va nous enchanter toute la soirée. Christmas Day, autre souvenir d’enfance sur un mode plus traumatique, se termine dans un climat violent et Lenker y exprime sa frustration. Musicalement, c’est absolument extraordinaire, mais le meilleur reste à venir.

Big Thief Olympia Gilles Barbeaux 05Big Thief va alors se rappeler qu’il a sorti récemment un album, et nous pouvons en entendre le premier extrait, Words, après 1 h 20 de concert ! Le temps de nous faire découvrir Mr Man, un dernier nouveau morceau rock avec solo grunge, et c’est le dernier titre avant le rappel. Nous plaignons beaucoup nos amis qui sont venus le samedi et qui n’y ont pas eu droit malgré sa présence sur la setlist, car ces dix minutes de Not, extrait de l’album Two Hands, vont s’avérer être le climax ultime : une tuerie fabuleuse, avec laquelle seul le Neil Young de la tournée Ragged Glory pourrait rivaliser. Nous découvrons le potentiel impressionnant du groupe, capable de délivrer les émotions acoustiques les plus intimes et des cavalcades électriques sans fin. Oui, comme le Loner, nous sommes à ces hauteurs-là.

La pression va à peine baisser pendant le rappel : le tubesque Los Angeles, joué en mode Pavement ; un joli Incomprehensible pour compléter le quota minimal d’extraits de Double Infinity ; et le chouchou Masterpiece, ajouté à la demande générale dans la setlist, pour finir en triomphe absolu. Pour sûr, Big Thief, nous nous reverrons. La déception est forte de ne pas pouvoir participer au concert du lendemain, qui aura une setlist radicalement différente, mais procurera une satisfaction du même ordre. Nous pouvons quitter l’Olympia tellement heureux que même l’organisation déplorable de la sortie de la salle n’arrivera pas à nous faire abandonner ce sourire béat. Nous nous en doutions, mais en sommes maintenant sûrs : Big Thief fait partie des géants.

Big Thief :
Dylan Meek :

Laurent Fegly
Photos : Gilles Barbeaux (merci à lui !)

Big Thief et Dylan Meek à l’Olympia (Paris)
Production : Alias Productions
Date : le vendredi 17 avril 2026

Leurs derniers albums :

Big Thief - Double InfintyBig Thief Double Infinity
Label :4AD
Date de parution : le 5 septembre 2025

 

 

 

 

 

SoloDylan Meek Solo
Label : Dylan Meek
Date de parution : le 8 avril 2026

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