[Live Review] The Notwist et Oro Swimming Hour au Trabendo : ces gens-là flottent…

Aucune réelle surprise hier soir au Trabendo : The Notwist reste l’un des groupes les plus merveilleux actuellement en activité sur la planète.

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The Notwist au Trabendo – Photo : Robert Gil

C’est simple. Simple au point que cette chronique du concert de The Notwist, le (pas assez) célèbre groupe allemand, hier soir au Trabendo, va être courte… même si le concert a atteint la durée de 1h55. Une fois que vous avez découvert The Notwist sur scène – même si c’est tardivement dans notre cas -, il devient pour vous l’un des groupes les plus importants du panorama musical contemporain, tous genres confondus. Et chaque fois que vous les revoyez sur scène, ils enfoncent un peu plus le clou : ces gens-là flottent dans les limbes, à un niveau d’excellence que peu de groupes peuvent atteindre un jour. On arrête là ? Ou bien, ne connaissant pas encore ces Allemands qui opèrent dans une relative discrétion depuis le tout début des années 90, vous avez vraiment besoin d’en savoir plus ?

2026 04 24 Oro Swimming Hour Trabendo RG (3)Bon, n’allons pas trop vite. Il faut d’abord parler du trio (et apparemment ex-duo) venant de Bristol, Oro Swimming Hour, qui monte sur scène à 19h30, et qui vont nous faire vivre une drôle d’expérience. Le principe, c’est qu’on a devant nous deux gars, au look bien décontracté, aux guitares acoustiques, et une fille sur un clavier Bontempi (enfin, pas vraiment, mais vous voyez le genre), qui chantent, faux la plupart du temps, des chansons gaies et jolies. Si vous voulez des analogies un peu parlantes, imaginez un assemblage de la musique d’Andy Partridge époque bucolique, mais unplugged, avec celle de Daniel Johnston avant qu’il ne sombre. Deux très grands noms de la pop music, on le sait, et sans doute que Oro Swimming Hour, même quand leurs mélodies sont réussies (Crocodile, Martial Arts Washing Cars…), ne sont pas à ce niveau-là. Mais c’est « la vibe ». Le problème est que le trio accentue les dissonances aussi bien dans le chant que dans la musique quasiment jusqu’à l’insupportable. Et qu’on se demande s’ils le font de manière contrôlée ou non : au bout d’une demi-heure où l’on est partagé entre sympathie et agacement, le débat reste ouvert.

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20h30 : Sur scène, The Notwist, c’est impressionnant en termes de quantité de matériel, et bien sûr nombre de musiciens : ce soir ils seront jusqu’à neuf à jouer tout un tas d’instruments, des plus traditionnels (guitare, basse, batterie, claviers, saxophone…) aux plus étonnants (un drôle de trombone, deux sortes d’harmoniums). Avec, pièce maîtresse de leur musique, l’énorme vibraphone installé à côté de la batterie, derrière lequel trône le souriant maître de cérémonie qu’est Karl Ivar Refseth.

2026 04 24 The Notwist Trabendo RG (11)Le set débute d’emblée de belle manière avec Teeth, la magnifique intro de leur nouvel album, News from Planet Zombie : mélodiquement, c’est The Notwist au sommet de sa forme, qui prouve qu’il peut rivaliser sans souci avec les meilleurs groupes d’indie rock britanniques. On rentre immédiatement dans le concert, il ne faut pas plus d’une minute pour être captivé… et ça va durer pendant quasiment deux heures ce soir : une heure cinquante-cinq minutes, dont trois rappels de deux morceaux chacun ! Et puis voilà que le groupe enchaine avec la bombe qu’est X-Ray. Déjà un morceau impressionnant de puissance sur le disque, mais là, c’est le sommet de l’extase : avec cette flûte étonnante sur un morceau aussi « rock », et surtout, à la guitare, Max Punktezahl, qui se révèle un tueur sans pitié, derrière son look de doux citoyen allemand bien propre sur lui. On se regarde, interloqués : ah, c’est comme ça ?

2026 04 24 The Notwist Trabendo RG (20)Mais évidemment, même si on aimerait que le set soit toujours aussi renversant, ce serait bien trop facile, bien trop simple. Ce n’est pas le programme que Markus Acher a prévu pour nous : ce soir, The Notwist va renouveler sans faillir son contrat avec nous de toujours nous surprendre, de nous faire visiter une multitude de territoires musicaux. Si la setlist comporte neuf titres du dernier album, les autres douze morceaux vont explorer tous les styles que le groupe a déployé au long de sa discographie, depuis 1990. De l’indie rock tantôt mélodieux, tantôt agité, mais toujours élégant, à de l’électro paroxystique, en passant par des chansons pop faciles à chanter, du krautrock bien violent, des passages instrumentaux très cinématographiques, un morceau en format power trio des plus agressifs, et même un peu de dub et de musique planante 70’s à la manière de Tangerine Dream, on passera par tous les états. Et sans aucune contradiction dans cet inventaire à la Prévert de genres musicaux qu’on jurerait peu compatibles. C’est bien ça, la magie de The Notwist : nous bercer et nous secouer alternativement (ce qui est d’ailleurs la définition originelle du « rock and roll », rappelons-le !), sans jamais baisser en qualité… A noter un incident inhabituel dans la soirée, un spectateur qui est arrivé à monter sur scène pour baisser son pantalon et exhiber son postérieur, apparemment pour célébrer l’anniversaire – les 40 ans – d’un ami dans la salle. Bon, on veut bien, mais ça tranchait quand même beaucoup avec l’atmosphère de la soirée.

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Il faudrait parler de chacun des morceaux joués ce soir, tant chaque moment du concert a été l’occasion de vibrer, de s’émouvoir, de danser. Mentionnons avant tout une longue et terrible interprétation de Propeller, qui s’est vu transformée en une transe électro qui a porté le Trabendo en son point d’ébullition.

2026 04 24 The Notwist Trabendo RG (18)Et puis, finalement, en rappel, le crowdpleaser qu’est toujours Kong, un Gravity qui laisse exploser à nouveau la guitare électrique, mais surtout, ensuite, un enchaînement de morceaux à fort impact émotionnel, jusqu’au classique et très cinématographique 0-4, toujours aussi envoûtant.

Consensus général au bout de deux heures : The Notwist est toujours aussi magistral, et singulier, et dispensateur d’un bouquet de plaisirs différents. Il ne reste plus qu’à attendre patiemment leur prochain passage. En espérant que leur fanbase aura encore grandi, bien entendu, mais – soyons honnêtes – sans qu’ils aient besoin de jouer dans de plus grandes salles : on craindrait trop que la magie que dégage cette bande de musiciens qui interfèrent en permanence, échangent leurs rôles, s’amusent visiblement ensemble, se dilue dans un espace trop grand !

Oro Swimming Hour :
The Notwist :

Eric Debarnot
Photos : Robert Gil

The Notwist et Oro Swimming Hour au Trabendo (Paris)
Production : Vedettes
Date : le vendredi 24 avril 2026

Leurs derniers albums :

News from Planet ZombieThe NotwistNews from Planet Zombie
Label : Morr Music
Date de parution : 13 mars 2026

 

 

 

 

 

2026 04 24 Oro Swimming Hour Trabendo AlbumOro Swimming HourPterodactyl
Label : Gold Day
Date de parution : 31 octobre 2022

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