[Netflix] « Octobre (The Chestnut Man) – Hide and Seek » : toujours plus noir sous le ciel danois

Plus intime, plus triste et plus pessimiste encore que la première saison, Hide and Seek transforme progressivement The Chestnut Man en chronique funèbre d’une société danoise incapable de protéger ses enfants et de réparer ses blessures.

The Chestnut Man S2
Copyright Tine Harden / Netflix

Il y a cinq ans (déjà !), une mini-série danoise nous réconciliait avec le polar scandinave à l’écran, un genre en franche perte de vitesse depuis les sommets de Forbrydelsen et Bron : The Chestnut Man (Octobre, en VF) cochait toutes les cases de ce qu’on aimait – et aime toujours – dans le genre : refus du spectaculaire « à l’américaine », froideur des décors et des personnages, belle complexité d’une intrigue policière solide, lent déroulement d’une enquête qui nous égarait avec les deux enquêteurs sur des fausses pistes. C’est donc avec joie qu’on accueillait la surprise d’une seconde histoire tirée d’un livre de l’écrivain / scénariste Søren Sveistrup (le créateur de Forbrydelsen, ne l’oublions pas !), intitulée cette fois Hide and Seek (« cache-cache » en français).

The Chestnut Man S2 affiche

Après un prologue dans le passé fort et effrayant, nous retrouvons le duo de flics mal assortis mais toujours amoureux l’un de l’autre, Naia (Danica Curcic) et Mark (Mikkel Boe Følsgaard), sur la piste d’un harceleur qui épie ses victimes, les terrorise avec un jeu de cache-cache cruel accompagné d’une comptine enfantine terrifiante, les kidnappe et les tue. Deux ans se sont passés depuis la première enquête, et la partie psychologique / intime de l’histoire tourne autour du retour de Mark qui avait disparu de la vie de Naia et de sa fille. N’en disons pas plus, ces nouveaux épisodes ménageant une suite de surprises et de rebondissements redoutablement efficaces, culminant avec un « twist » brutal à mi-course…

Il est très difficile de faire la fine bouche devant cette nouvelle histoire, fort bien traitée tant au niveau policier, que psychologique et même social. Sur ce point, d’ailleurs, il est passionnant de relever un « sous-texte » qui n’est pas anodin, celui de l’épuisement du modèle sociétal scandinave (tant envié par le reste du monde) : avec des services sociaux dépassés, des institutions, comme la police, déshumanisées, un sentiment de solitude généralisée, des enfants abandonnés, une violence masculine toujours aussi enracinée, la noirceur absolue de Hide and Seek tient autant du contexte général que des horreurs commises par le serial killer que l’on traque !

On notera aussi un pessimisme plus fort que dans The Chestnut Man : les enquêteurs sont des personnes brisées, ils semblent dans une incapacité chronique à sauver les victimes du tueur, et au final, la découverte de la vérité n’apporte aucun apaisement à personne ! A la fin, l’ordre ne saurait être rétabli d’aucune manière… C’est dire combien on est toujours loin de la vision US du flic-héros, et de la possibilité d’une rédemption des coupables, d’une évolution positive des protagonistes, ou d’une consolation des victimes et de leurs familles. Et c’est bien pour cela que c’est très beau !

Les admirateurs du roman de Søren Sveistrup ont protesté devant les modifications apportées par les scénaristes, qui vont d’après eux, vers une « netflixisation » de l’histoire, avec plus de moments de tension ou de scènes choc, comme celle, très commentée, de la fin du troisième épisode. Ils n’ont sans doute pas totalement tort, et l’on connaît bien l’approche qu’a Netflix, pour produire des divertissements globaux, de gommer certaines caractéristiques trop « locales » de ses séries. Il reste que le résultat est toujours plus profondément « danois » que ce que produit Hollywood au cinéma quand il se penche sur le polar scandinave, avec des résultats quasiment toujours désastreux. Car, comme dans The Chestnut Man, il y a ses paysages froids et humides, cette lumière comme à demi éteinte, ces visages épuisés, toute cette mélancolie visuelle typiquement danoise…

Et puis pour nous, la présence dans un second rôle important de la magique Sofie Gråbøl (Forbrydelsen) vaut bien quelques petits sacrifices !

Eric Debarnot

Octobre (The Chestnut Man) – Saison 2 : Hide and Seek
Minisérie danoise de Søren Sveistrup, Dorte Warnøe Høgh, David Sandreuter et Mikkel Serup
Avec : Danica Curcic, Mikkel Boe Følsgaard, Sofie Gråbøl, Katinka Laerke Petersen…
Genre : policier
6 épisodes de 55 minutes mis en ligne (Netflix) le 7 mai 2026

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