Après avoir longtemps fait parler la poudre avec METZ, Alex Edkins poursuit l’aventure Weird Nightmare loin du fracas noisy qui a fait sa réputation. Sur Hoopla, le Canadien troque les guitares abrasives pour une power pop lumineuse, nourrie de nostalgie adolescente, de mélodies immédiates et d’un sens du refrain qui fait mouche à tous les coups.

METZ, power trio noisy canadien que l’on aimait comparer à Fugazi, est mort après quatre albums énervés sortis chez le mythique label SUB POP. Alex Edkins, guitariste/chanteur du côté de Saint-Symphorien – pour les amateurs de foot – ne change pas de club pour Hoopla, deuxième sortie de son side-project, Weird Nightmare… où il délaisse le bruit et la fureur pour la mélodie et la pop.
Grand fan de musique, Alex Edkins, qui a travaillé chez un disquaire avant d’entrer à l’Université, s’est forgé une solide culture qui navigue du rock psyché des années 60 à l’esprit Do It Yourself des nineties. Il marche sur l’adret de cette éducation sentimentale pour faire briller son indie rock pétillant, tendance Teenage Fan Club. Ainsi s’ensoleille l’album baptisé Hoopla, mot qui évoque une joie aussi immédiate que liée à l’enfance. Might see you there, qui lorgne vers The Undertones, évoque l’adolescence, un retour nostalgique sur les années d’ennui et de solitude, désormais regardée avec tendresse et une pointe d’envie : « Je trouve facile de rendre romantique cette période de ma vie, même si j’étais, sans aucun doute, un gamin mécontent qui voulait s’échapper et découvrir le monde». Cette sensation transpire aussi d’un Never in Style qui enrobe les regrets de notes presque joyeuses : « And now it′s plain to see we never did act our age / And now you turned your back, left town with my suitcase / Drove all night, you were gone without a trace / Just a wink and a smile » (Et maintenant, il est évident qu’on n’a jamais agi selon notre âge / Et maintenant, tu m’as tourné le dos, tu as quitté la ville avec ma valise / Tu as roulé toute la nuit, tu es parti sans laisser de trace / Juste un clin d’œil et un sourire).
Sans renier ses racines punk – le garçon a appris dans ses jeunes années à jouer l’album Let’s go de Rancid en entier – comme en atteste le nerveux Forever Elsewhere, Weird Nightmare mise sur des mélodies entêtantes et des chœurs omniprésents ; ceux de Baby don’t sont particulièrement soyeux ; quelqu’un a-t-il dit mièvre ? Alex Edkins a un incroyable talent pour trousser des titres power pop qui font mouche dès la première écoute, comme Forever Elsexwhere, modèle du genre avec son entêtant motif de guitare final. Tel est aussi Bright City Lights lumineux, enrichi de la voix de Julianna Riolino – chanteuse qui a œuvré dans Outfit et qui a signé en 2025 un très joli disque solo, Echo in the Dust – pour mieux nous inviter à danser jusqu’au bout de la nuit. Compositeur protéiforme, le gars de Toronto signe une composition qui déborde d’une certaine morgue anglaise, à la Oasis, sur Little Strange. Il s’amuse aussi sur If you should turn away à placer, si j’ai bien entendu, d’improbables… castagnettes. Ailleurs se perçoivent des notes de piano… Peu importe toutefois la direction choisie, la fantaisie taquinée, il n’oublie jamais, ou presque, de glisser des refrains à l’efficacité imparable dans des chansons qui concentrent leur efficacité en un peu plus, un peu moins de trois minutes.
Hoopla, sorti au printemps, est le rosé léger de tranquilles soirées estivales, assis entre amis à refaire le monde sans se soucier de la fin des vacances qui, inexorablement, arrivera bien trop tôt… Malgré un début d’ivresse, les rêves de ces nuits d’été ne seront pas, loin de là, d’étranges cauchemars.
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Christophe Grès
