Le retour du meilleur groupe de rock belge – cette affirmation n’appelle à aucun commentaire, merci, le privilège de la journaliste – continue d’illuminer nos yeux et nos oreilles en ce début de grandes vacances. Défiant les tornades apocalyptiques et les gadins en vélo, Ghinzu se présentent enfin au public parisien avec un concert « mise en chauffe » qui rajoute quelques degrés à cet été qui ne fait déjà que trop durer.

Nous l’attendions avec impatience ce retour de Ghinzu à Paris, et le report très rapide du concert initialement prévu le 2 juin nous a confirmé à quel point les Belges aiment et respectent leur public. Ayant échappé de peu aux orages qui ont mené à l’annulation de la fin du festival Rétro C Trop de Tilloloy le week-end précédent, portés par le succès plus que légitime de leur dernier album W.O.W.A, le groupe semble plus que jamais déterminé à partager sa musique avec le plus grand nombre. Avec déjà deux nouvelles rencontres prévues dans notre agenda cet automne (les 14 et 15 octobre à l’Olympia de Paris), le concert de l’Élysée Montmartre est l’occasion idéale de tester en live les nouveaux morceaux .

Ce soir, alors que la canicule nous accorde encore quelques jours de répit, c’est dans une salle délicieusement climatisée que nous pénétrons. Avec le report, quelques spectateurs ont ainsi pu mettre la main sur le précieux sésame et c’est un nouveau sold-out qui s’affiche sur le perron. Nous y retrouvons quelques rescapés du festival Rétro C Trop, qui nous ont confirmé que le groupe y était déjà en pleine forme. Dans une salle pleine, les premiers rangs littéralement collés à la scène, on s’amuse à observer la foule qui réunit une part assez importante de spectateurs de moins de trente ans. Ados qui ont découvert le rock grâce aux disques de leurs parents au début des années 2000 ou victimes consentantes des recommandations sur les plateformes de streaming, peu importe, le résultat est un public qui reprendra en cœur la quasi-totalité des morceaux tout au long du concert.

C’est sur l’introduction titanesque de When Other Worlds Await que débarquent sur scène Mika, Greg, Tony et Jean pour laisser la place à John Stargasm, tout de noir vêtu avec lunettes sombres qui ne le quitteront jamais et, petite fantaisie estivale, coiffé d’un horrible bob rose et bleu lui donnant avec sa barbe dorénavant grisonnante des petits airs « à la » John McCrea, le leader de Cake. Un autre merveilleux groupe que nous retrouverons en septembre mais cela est une autre histoire … Le set mettra en avant W.O.W.A avec huit de ses treize morceaux. Un album qui interprété en live se voit magnifié, beaucoup plus coriace car prenant une texture plus électrique grâces aux guitares et au jeu très imposant de la batterie. Face à nous, John tantôt assis à son clavier, tantôt fanfaronnant au bord de la scène au plus près des spectateurs qui attendront tout de même le premier extrait issu de Blow The Dragster Wave pour lancer les hostilités dans la fosse. La température monte de trois crans, les premiers corps s’écrasent lourdement les uns contre les autres mais toujours le sourire aux lèvres, et le rythme d’accélérer de plus belle avec une série de gros calibres qui s’enchainent entre 21st Century Crooners, Death Race, l’hymne de Ghinzu habilement non placé en rappel (s’eut été trop facile) Do You Read Me et l’un des singles les plus efficaces de W.O.W.A, Out Of Control.

Le groupe, égal à lui-même, demeure imperturbable si ce n’est John qui bien sympathiquement s’assurera que nous ne frôlons pas l’hyperthermie, clin d’œil peut être à cette majorité de fans qui entre dans l’âge des brumisateurs et des grands verres d’eau toutes les deux heures ? La réponse est immédiate, des premiers rangs indisciplinés la furie se répand jusque bien plus loin dans la fosse et la dernière ligne droite au son de Mirror Mirror, du funky It’s The Law et du très attendu Blow va porter le coup fatal à cette masse de fans qui grâce à son accueil toute en ferveur a rappelé à Ghinzu que malgré un trop long hiatus (une pause de dix-sept ans étant définitivement à ne pas reproduire), ils occupent toujours une place prépondérante dans notre hiérarchie de groupes favoris.
Une heure et trente minutes de concert, malgré l’absence totale de Electric Jaccuzzi pourtant devenu culte et d’un rappel légèrement raccourci (la setlist glanée en fin de concert nous réservait un final sur Forever, un choix de la retirer peut être judicieux après l’apogée obtenue lors de l’incandescent Blow), le retour parisien de Ghinzu fut un indéniable succès qui n’a fait que confirmer l’excellence de cette formation qui, malgré plus de vingt-cinq ans d’existence et seulement quatre disques, n’a jamais autant sonné en accord avec son temps. Ghinzu demeure l’un des groupes les plus charismatiques qui soit et fait honneur à son pays la Belgique qui n’a définitivement aucune leçon à prendre de quiconque en matière de rock.
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Texte et Photos : Laetitia Mavrel
