« In Waves » de Phuong Mai Nguyen : Vagues à larmes

Adapté du roman graphique d’AJ Dungo, In Waves, premier long métrage de Phuong Mai Nguyen, épouse le mouvement des vagues pour raconter bien plus qu’une simple histoire de surf…

In Waves
Copyright Silex Animation

L’animation prend de plus en plus ses marques au Festival de Cannes : pour la première fois cette année, elle a fait l’ouverture de la Semaine de la Critique avec In Waves, premier long métrage de Phuong Mai Nguyen. Il s’agit de l’adaptation de la bande-dessinée éponyme, dans laquelle AJ Dungo relate sa jeunesse, son initiation au surf et son histoire d’amour avec Kirsten, avant que la maladie ne vienne la frapper.

In Waves afficheÀ partir d’un roman graphique d’une grande pudeur, fondé sur une atmosphère monochrome, Phuong Mai Nguyen construit un récit plus bigarré, où la diversité des temporalités instaure des jeux de couleurs contrastés. La jeunesse innocente convoque la séduisante et solaire Californie, tandis que les sauts dans le futur et d’autres lieux (New York à l’automne, Seattle sous la neige) désaturent progressivement les teintes, dans une forme de maturité qui se serait patinée sur les écorchures de la vie. La réalisatrice a en outre choisi de garder le projet initial du dessinateur, qui ambitionnait une histoire des origines hawaïennes du surf, au fil de séquences sépia qui épaississent la mythologie de ce lien ancestral que les adolescents reprennent à leur compte.

In Waves est donc à la fois un récit initiatique, une love story adolescente, un mélo autobiographique et une exploration du rapport des individus aux éléments. Le jeu des contrastes, souligné par la mélancolie électro de la musique assurée par Oklou et Rob, rendra d’autant plus efficace cette destinée d’un groupe de jeunes condamnés à expérimenter beaucoup trop vite la souffrance, l’attente, le renoncement et la vulnérabilité humaine. Car s’il s’agit de restituer la perte et le deuil, le métrage prend surtout le temps d’explorer toutes les pulsions de vie qui animent cette jeunesse, dans un ballet dynamique magnifié par l’animation, où le protagoniste passe du skate au surf à la faveur d’une très belle séquence initiatique lui permettant de vaincre sa phobie de l’océan.

Phuong Mai Nguyen travaille cette question du point de vue avec une grande sensibilité : les limites du récit initial (timidité du protagoniste, embarras face au regard des autres au lycée) sont outrepassées par les caméras embarquées des jeunes filmant leurs performances, avant que la ligne d’horizon ne se déploie véritablement dans le dessin de l’étendue d’eau animée par les vagues. La dimension autobiographique est aussi exploitée dans le rapport du jeune garçon au dessin, son rapport à la ligne et à la capture du mouvement qui vont souvent ménager d’habiles transitions entre sa création et l’animation du récit cadre. Cet enthousiasme viscéral face à l’immensité, la connexion avec le mouvement pur de la vague et le rituel ancestral des pionniers donne aux protagonistes un sentiment de toute puissance que l’animation restitue à merveille, dans les textures (de l’eau, du sable, du ciel) comme dans la construction des plans sur ces silhouettes plongées dans l’étendue marine ou en osmose avec la houle.

Mais le récit élargit encore les perspectives lorsque le temps se dilate avec l’espace, s’enrichissant de teintes plus profondes et d’abymes poignants, qui rappellent que la beauté euphorisante de l’infini ne peut s’assimiler sans la douloureuse prise de conscience de notre finitude.

Sergent Pepper

In Waves
Film d’animation (co-production Belgique / France / Vietnam) de Phuong Mai Nguyen
Avec les voix de Lyna Khoudri, Paul Kircher, Rio Vega
Genre : drame
Durée : 1 h 31
Date de sortie en salle : 1 juillet 2026

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