« Les Animaux malades des humains » : les vrais coupables des épidémies

Covid, grippes porcine ou bovine… toutes ses épidémies récentes ont pour origine des animaux. Faut-il leur en vouloir ? Frédéric Keck et Héloïse Chochois nous invitent à reconsidérer notre rapport aux bêtes et aux maladies.

Les Animaux malades des humains - Frédéric Keck et Héloïse Chochois
© 2026 Keck / Chochois / Delcourt / La Découverte

Souvenez-vous des animaux malades de la peste :

« Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom),
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés… »

Dans la fable de Jean de La Fontaine, la trop humaine justice du lion condamnait le plus faible : « Haro sur le baudet. »

Les Animaux malades des humains - Frédéric Keck et Héloïse ChochoisFrédérick Keck est anthropologue et philosophe. Pour aborder un sujet aussi grave que celui de notre santé commune, il choisit de passer, lui aussi, par la fable.

La déesse de la justice est aveugle et impartiale. Themis écoute et pèse les arguments des deux parties. Aujourd’hui, elle reçoit un vison. Il est accusé d’avoir développé, puis transmis aux hommes, un coronavirus mutant. Ce dernier est à l’origine des sept millions de décès du Covid. La cause semble entendue, l’avocat général réclame la mort et la destruction de la ferme qui l’a vu naître. Le petit mammifère carnivore est troublé. Il évoque la souffrance de l’élevage industriel, la promiscuité et les maladies. Son avocat appelle à la rescousse de grands scientifiques, qui tous prennent sa défense. Le cas est plus complexe que prévu, le virus est plus ancien, une chauve-souris, puis un pangolin, se présentent à la barre.

Illustratrice spécialisée dans la vulgarisation et la médiation scientifiques, Héloïse Chochois réussit à mettre des images simples sur des processus complexes. Ses cartes et ses schémas sont bien amenés. Son trait est aussi précis que créatif. Ses animaux sont émouvants, presque innocents, sans tomber dans l’anthropomorphisme.

La démonstration est convaincante et, sans doute, connue, du plus grand nombre. Les animaux ne sont en rien responsables des zoonoses qui affectent l’humanité, des maladies qui passent d’ailleurs indifféremment de l’homme à l’animal et de l’animal à l’homme. C’est l’élevage industriel, la recherche du profit, la destruction des habitats naturels, l’urbanisation galopante et les excès du commerce international qui en sont toujours la cause. L’ubris humain parait sans limite et l’idée même qu’un animal puisse être classé comme nuisible est remise en cause. En revanche, la fin nous laisse un peu sur notre faim.

Porté par les organisations de l’ONU, le concept « One Health » veut prendre en compte les liens complexes entre la santé animale, la santé humaine et l’environnement dans une approche globale des enjeux sanitaires. Certes, mais comment promouvoir une « bonne santé » globale ? Pour tous ?

On suppose que cela passera par une forme de décroissance, mais les auteurs se gardent d’en préciser les moyens. Ils laissent à Mike Davis (1946-2022) le soin de conclure. Ce camionneur et universitaire américain, géographe et historien, marxiste et pourfendeur du capitalisme, nous invite non seulement à changer notre rapport aux animaux, mais, plus profondément à changer de vie, et de manière radicale.

À bon entendeur, salut.

Stéphane de Boysson

Les Animaux malades des humains – Au procès des zoonoses
Scénariste : Frédéric Keck
Illustrateur : Héloïse Chochois
Éditeur : Delcourt/La Découverte
128 pages – 22,50 €
Publication : 16 avril 2026

Les Animaux malades des humains — Extrait :

Les Animaux malades des humains - Frédéric Keck et Héloïse Chochois
© 2026 Keck / Chochois / Delcourt / La Découverte

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