« Maman, le loup m’emporte » de Florence Medina : L’affaire de l’enfant de la Villette

C’est un terrible assassinat de l’an 1840 qui fait la « Une » du troisième numéro de la série « L’affaire qui … » aux éditions de L’Aube. Florence Medina interroge le profil de ce féminicide avant l’heure tout comme ses propres motivations, et peut-être les nôtres à nous passionner ainsi pour l’affaire de l’enfant de la Villette.

DR éditions de L’Aube

Voici le troisième ouvrage de la série « L’affaire qui …«  dirigée par Michèle Pedinielli aux éditions de L’Aube, après Les abandonnés de l’île Saint-Paul et Violette Nozière. Une série qui flirte un petit peu avec la mode du true-crime et qui reprend des faits divers tirés du passé et qui analyse le traitement que les journaux et l’opinion ont pu faire de cet événement à l’époque. Une série où, grâce au fonds documentaire Retronews de la BNF, chaque ouvrage est agrémenté d’illustrations d’époque (dessins, journaux, …). Cette fois c’est l’affaire de l’enfant de la Villette qui a été confiée à la plume de Florence Medina (l’auteure de 17 millimètres) sous un titre inspiré d’un cri tout droit sorti des confessions écrites de l’assassin : « Maman, le loup m’emporte ».

Le 13 mars 1840, un jeune garçon fut découvert à la Villette près de Paris, dans un état de mutilation si atroce que les autorités firent appel à un taxidermiste pour l’embaumer avant de pouvoir présenter sa dépouille. Quelque temps plus tard, dans le Sud-Ouest, Pierre-Vincent Eliçabide est rattrapé par la justice pour le double assassinat de Marie Anizat et de sa fille Mathilde. Le meurtrier avouera par la suite avoir également tué le petit Joseph Anizat, le frère de Mathilde, révélant ainsi le massacre d’une mère et de ses deux enfants. L’assassin sera finalement raccourci à Bordeaux, place d’Aquitaine, le 3 novembre à 7h20, devant trente mille personnes : son procès avait attiré les foules.

Au début du XIXe siècle, la morgue parisienne est librement ouverte au public, officiellement à des fins d’identification des victimes, même si les badauds viennent surtout s’y rincer l’œil ou jouer à se faire peur. Ils viennent morguer les cadavres comme on disait, « c’est une véritable attraction » et en mars 1840, « devant celui que la presse surnomme l’enfant de la Villette, des hommes ôtent leur chapeau, des femmes se signent, parfois tirent leur mouchoir ».

Dans cette « affaire », Florence Medina va adopter un ton moins journalistique et beaucoup plus personnel : pour approcher et cerner la personnalité de l’assassin, elle va jusqu’à le tutoyer, comme si elle lui écrivait une lettre à travers les âges (lui-même était un lettré et avait laissé derrière lui pas mal de correspondance). Ce positionnement original donne un tour plus personnel au récit d’autant que l’auteure va découvrir en chemin quelques liens inattendus entre son histoire personnelle (ou plutôt celle de ses parents) et cette affaire du XIXe siècle. Mais à vouloir trop s’approcher du mal…

« J’ai été prétentieuse de penser que je pouvais m’approcher de toi à ce point, de croire que c’était inoffensif, que ça ne ferait pas mal, que tu ne me toucherais pas. Puisque tu es mort. J’ai fait ma maligne, j’ai fait du sentimentalisme, et soudain, tu es trop près. C’est à mon tour de crier « Maman, le loup m’emporte ! »

D’une jolie plume élégante et soignée, Florence Medina ira même jusqu’à questionner ses propres motivations (et peut-être les nôtres ?) à faire tourner ainsi sa « machine à produire du monstre et à s’en délecter ».

« Un type qui a fracassé, égorgé, mutilé, trois personnes. De quoi s’agit-il ? De bidouiller du frisson un peu crade, de l’épate-bourgeois à bon marché, sans trop me salir les mains ? De m’approcher du croque-mitaine ? Ouais, bof. Petit bras, vu la distance. D’explorer ma part d’ombre ? Je me sens ridicule, rien que de le dire. De sonder l’âme humaine ? Comment ça se la raconte ! »

Alors, avec l’auteure on arrivera effectivement à mieux connaître ce sinistre personnage, un lettré, un érudit, qui étudia philosophie et théologie… à Bétharram (!) d’où le bonhomme fut d’ailleurs viré parce qu’il battait les enfants paresseux, ça ne s’invente pas ! Alors ses motivations pour ce triple assassinat ? On vous laisse les deviner au travers de la quête menée par l’auteure qui tourne autour de ce jeune homme qui semblait porter un lourd fardeau sur ses épaules. Elle évoquera même l’affaire de Jean-Claude Romand en 1993 qui présentera un profil assez similaire à celui du sieur Eliçabide.

Florence Medina tentera de « démêler le vrai du feint » et mettra finalement un mot sur ce crime, un mot qui n’existait pas encore en 1840 : féminicide.

« Je ne crois pas qu’il me reste grand-chose à en dire, ou alors si, mais beaucoup trop, et j’ai promis que je ferai du tri. Je m’y efforce. »

Bruno Ménétrier

Maman, le loup m’emporte
Roman de Florence Medina
Éditeur : éditions de L’Aube
128 pages – 11,90 €
Date de parution : 21 août 2026

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