Quentin Vijoux nous plonge dans ce qui pourrait être les névroses d’une jeune et charmante artiste, dans une ville en perdition, nous entrainant dans une série de surprises et de doutes.

Il pleut sans désemparer sur la ville. Coline Maillard rejoint le vernissage de Sigrid Citadelle, une camarade de l’école de sculpture et une ancienne amante. Coline est triste. Sigrid l’évite. Jadis, elle l’a quittée pour le grand sculpteur Simon Toraxeschine, qu’elle lui avait présenté. Depuis, Sigrid expose et a du succès. Coline n’est pas jalouse, seulement triste. Elle rencontre Rémi Canif, un ancien condisciple qu’elle avait oublié. Ce dernier brise une œuvre et s’enfuit. La statue contenait un corps. Elle est injustement accusée de la dégradation. Le corps a disparu, comme Rémi. On refuse de la croire. Pire, elle doit prouver qu’elle est saine d’esprit. Il lui faut réunir deux garants, mais ses proches la fuient…
Il est difficile de résumer, sans le simplifier, le propos de La Sculptrice. Le scénario, diabolique, entremêle plusieurs mélodies. Au choix, vous trouverez…
- Une fable écologique sur l’inexorable montée des eaux, la ville s’apprête à être engloutie, tous préparent leur fuite, seuls ou en groupes ;
- Un thriller paranoïaque, qui veut la peau de Coline ? Pourquoi mentent-ils tous, l’évitent-ils ou l’ignorent-ils ?
- Ou une réflexion mélancolique sur les conséquences d’un amour déçu, sur la tristesse et la solitude qui montent en elle et envahissent tout l’espace…
À moins que ce fut la description, factuelle, d’une perte de la réalité, un nouvel éloge de la folie… ou encore une parabole sur la vanité de l’art et des artistes…
Le malaise est accru par la distorsion, criante, entre un propos objectivement sombre et un dessin très « ligne claire ». Renforcé par une bichromie rouge et bleue, aussi apaisée qu’apaisante, le trait de Quentin Vijoux se fait doux et lumineux. Les décors et les personnages sont comme placés hors du temps, dans une ville sans histoire. Un indice pourtant, les cases ont disparu, les vignettes se risquent-elle pas de se mélanger ? La parabole s’en trouverait renforcée, mais que veut nous dire l’auteur ?
La fin ouverte, souriante et presque légère, se garde d’éclaircir le mystère.
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Stéphane de Boysson
La Sculptrice
Scénario et dessin : Quentin Vijoux
128 pages, 18 €
Éditeur : l’Agrume
Parution : 13 mai 2026
La sculptrice – extrait :

