« Adieu monde cruel » de Félix de Givry : chambre avec vie

Partant du désespoir provoqué par le harcèlement, Adieu monde cruel choisit de bifurquer vers un étrange conte initiatique. Entre fugue, refuge clandestin et parenthèse enchantée, Félix de Givry filme une adolescence qui cherche moins à affronter le monde qu’à s’en protéger pour mieux pouvoir y revenir.

Adieu monde cruel
© Arte France_remembers_Iliade_et_films_UMedia

« La mort c’est juste une fois, alors que la vie c’est tous les jours » : c’est sur cet argument glaçant qu’Otto explique, dans une lettre envoyée à l’ensemble de ses connaissances, qu’il préfère en finir plutôt que de continuer à endurer le calvaire du harcèlement. L’ouverture nocturne d’Adieu monde cruel, dans une nuit opaque et granuleuse que seule la pellicule permet, est celle d’un désespoir sans issue, qui oblitère la possibilité d’un lendemain.

Adieu monde cruel afficheFélix de Givry, qui puise ici dans une expérience personnelle, cherche moins à explorer l’enfer de cette violence qu’à en faire le point de départ d’un singulier conte initiatique. L’adieu annoncé est aussi celui au traitement sociétal conventionnel par le cinéma français, au profit d’un récit qui multiplie les pas de côté, dans une ville de province qui semble figée dans une temporalité parallèle. L’image veloutée de la pellicule, le motif récurrent d’une splendide mélodie lyrique, le recours à la voix off de Françoise Lebrun accentue ce traitement qui rappelle, dès le générique d’ouverture, le cinéma de la Nouvelle Vague, et offre au protagoniste un espace où le jeune cinéaste l’accompagne, un territoire gorgé de références dans lequel le romanesque va pouvoir advenir.

Car c’est bien d’une utopie qu’il s’agit : à la nuit noire et au bord de la rivière tumultueuse surgit une sorte de huis clos, lorsqu’une connaissance de son lycée l’accueille en secret dans l’une des chambres désaffectées de l’hôtel de ses parents. Une vie clandestine se construit alors, dans laquelle l’absence de perspectives et l’aveuglement sur le caractère intenable de la situation rendent possible les frimas d’une vie au présent.

Le duo formé par Milo Machado-Graner, qui poursuit ici son ascension depuis Anatomie d’une chute, et Jane Beever dont c’est le premier rôle, offre donc une parenthèse enchantée où l’adolescence est décrite dans une sorte d’autonomie singulière, qui prend le contre-pied des récits classiques où il s’agit de la confronter au monde des adultes ou aux désillusions apportées par la fin de l’enfance. Ces épreuves, en un sens, ont déjà eu lieu, et il s’agit de se mettre à l’abri du réel pour pouvoir ménager les conditions d’un retour.

Cette alcôve est à l’image du film lui-même, objet hors du temps nourri d’une sincérité profonde, qui croit avec force dans les vertus de l’émotion pour pouvoir guérir. De l’ombre à la lumière, des nuits d’encre au soleil dans l’embrasure, des ruines aux toits, le parcours d’Otto est d’autant plus touchant qu’il transforme le rejet, la colère et le découragement en forces nouvelles, tout en disséquant avec lucidité les limites de la fuite et de la vie hors du monde.

Sergent Pepper

Adieu monde cruel
Film en co-production franco-belge de Félix de Givry
Avec : Milo Machado-Graner, Jane Beever, Emmanuelle Destremau, Françoise Lebrun…
Genre : drame, romance
Durée : 1 h 33
Date de sortie en salle : 9 septembre 2026

 

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