Peut-on faire un bon film en recyclant des clichés cent fois, mille fois vus au cinéma ? Avec son Cap Farewell et l’aide de Noée Abita, Vanja d’Alcantra y arrive presque. Presque…

Vous connaissez l’histoire du taulard libéré, qui revient « à sa vie d’avant » en espérant ne plus replonger dans le monde criminel qui l’a amené là, et qui se retrouve, malgré lui, de nouveau embarqué dans des combines qui vont mal tourner ? Non, ne répondez pas, ce n’est pas la peine, nous avons toutes et tous vu ça au cinéma des dizaines de fois, et le fait que Cap Farewell nous embarque encore dans ce même vieux trajet farci de clichés ne nous donne certainement pas envie de lui consacrer 1h50 de notre temps. Mais la réalisatrice belge Vanja d’Alcantara a eu une idée toute simple qui change tout : le personnage principal de son nouveau film est « Toni », une jeune femme…

… Parce que, si les poncifs du genre sont – inévitablement ? – là, le jeu se déplace sur un territoire émotionnel beaucoup plus intéressant : retrouver une fille qu’on n’a pas vu grandir, et qui a été élevée par sa grand-mère, à laquelle l’unit un lien plus fort que le « lien maternel » ; exister en tant que femme face à cette même mère qui ne vous a jamais vraiment aimée ; trouver sa place, ou sa voie – comme le dit le slogan sur l’affiche – dans un monde qui n’a pas une grande considération pour une jolie et frêle jeune femme dont les seules compétences, acquises en prison, sont mécaniques… Sans même parler de l’attraction qui reste forte pour le père de votre enfant, celui même pour qui vous êtes allée en taule…
Cap Farewell nous raconte donc des choses beaucoup plus originales que ce qu’on attendait, et Vanja d’Alcantara – qui a débuté dans le documentaire, ce n’est pas anodin – sait filmer les êtres, les situations où il ne se passe pas grand chose « d’écrit », les silences, les attentes. Ce qui éloigne longtemps son Cap Farewell du genre « thriller », et nous permet de profiter de belles scènes, souvent portées par la présence lumineuse de Noée Abita, jeune actrice française encore peu vue mais qui crève littéralement l’écran ici.
Avec le renfort d’Olivier Gourmet, présence solide et menaçante (qui, on imagine, a permis de rassurer les investisseurs…), mais également d’une Pascale Bussières parfaite dans le rôle de la mère de Toni, Cap Farewell tient parfaitement la route, en dépit de quelques maladresses (curieusement, Abita, formidablement crédible, dérape un peu lorsqu’il lui faut jouer la colère !)… jusqu’à une dernière partie, assez désastreuse. Une dernière partie où Vanja d’Alcantara et ses co-scénaristes semblent réaliser qu’il faut bien satisfaire le « grand public » venu pour voir un polar, et où le scénario s’accélère, accumule des situations « anxiogènes » totalement convenues, et finit par déboucher sur un final ridicule, qui abime largement la très bonne impression que le film nous avait laissée jusque là.
Rien de fatal non plus : on sort de la salle en colère, oui, mais on repense ensuite aux beaux moments que Cap Farewell a distillé pendant plus d’une heure. Et on attend avec confiance le prochain film de Vanja d’Alcantara.
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Eric Debarnot
