« L’Invitation » d’Olivia Wilde : boulevard sous tension

Après Don’t Worry Darling, Olivia Wilde revient derrière la caméra avec une comédie de couple en huis clos, adaptée à son tour d’un succès espagnol. Un théâtre de boulevard bien mené, porté par quatre comédiens impeccables et une mise en scène plus subtile qu’il n’y paraît.

L Invitation
© Sundance Film Festival

L’industrie a bien rodé la pratique depuis quelques années : lorsqu’un film fonctionne dans un pays autre que les USA, rien de tel qu’en faire une floppée de remakes. On garde l’ossature, le pitch et le récit, qui ont fait leurs preuves à l’échelle locale, et on rhabille avec les comédiens et le cadre qu’affectionneront les différents publics. Perfetti sconosciuti de Paolo Genovese (2016) dénombre ainsi 21 versions, déclinées dans autant de pays différents. Il en va de même pour Sentimental, succès espagnol adapté d’une pièce de théâtre, et déjà relifté par la France en 2024 avec Et plus si affinités, qui nous arrive aujourd’hui en version américaine. L’occasion pour Oliva Wilde, après les boursouflures de Don’t worry Darling, de jouer une carte plus modeste, dans une petite comédie enlevée et plutôt entraînante.

L Invitation afficheLa dimension théâtrale est clairement visible : unité de lieu et de temps, distribution resserrée sur quatre personnages dans un huis clos jouant sur la tension et les retournements de situation. Si l’intrigue, autour de la crise d’un couple à qui l’on propose l’opportunité de l’échangisme, ne brille pas par son originalité, toute la saveur du projet réside dans le savoir-faire dont il fait la démonstration. Et il faut bien reconnaître qu’Olivia Wilde se révèle une très bonne directrice de comédiens, tous excellents, qui jouent à merveille les inflexions de la mondanité, du masque social et des ruptures durant lesquelles des vérités bien plus crues affleurent. Les différentes alchimies (le conflit entre Seth Rogen et Oliva Wilde, la complicité sensuelle pour Penélope Cruz et Edward Norton) nourrissent des échanges au rythme distendu, d’une belle efficacité sur la longueur. L’écriture n’évite pas quelques facilités, comme un recours à la musique un peu surligné, au risque de noyer certains dialogues dans la première partie, et le jeu de massacre annoncé semble faire preuve d’une certaine frilosité dans ses ultimes développements. Le vernis de la performance l’emporte sur l’arrachage acerbe des masques qu’osait se permettre un Qui a peur de Virigina Woolf, par exemple.

Mais c’est surtout la mise en scène d’Olivia Wilde qui se distingue. Le travail sur l’espace exploite avec finesse un appartement aux recoins salvateurs et au fenêtres propices au voyeurisme, tandis que le cadrage joue habilement de la distance entre les personnages, ou de champs / contre-champs qui ironisent sur leur incapacité à réellement échanger.

Un écrin malicieux pour un théâtre de boulevard, qui, si on prend soin de ne pas trop lui en demander, se révèle en grande forme.

Sergent Pepper

L’invitation
Film US d’Olivia Wilde
Avec : Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz, Edward Norton
Genre : comédie
Durée : 1h47
Date de sortie en salle : 16 septembre 2026

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