Notre amour de la BD franco-belge : 4. Alpha : le Salaire des loups

Quatrième chapitre de notre rétrospective en 50 personnages de la BD franco-belge : Alpha, où comment Mythic et Iouri Jigounov ont renouvelé le genre du triller d’espionnage en imposant leur héros romantique et réfléchi.

Alpha image
© Mythic / Jigounov / Le Lombard

Le thriller américain en BD francobelge semblait l’apanage de XIII (11 épisodes parus en 1996, 30 à ce jour), et de Largo Winch (7 en 1996), tous deux scénarisés par Jean Van Hamme, quand deux inconnus lancent Alpha. Le projet est ambitieux, le premier cycle se déploie sur trois tomes. Les deux premiers opus sont scénarisés par Pascal Renard. À son décès, Mythic reprend la plume.

Alpha couvertureNous sommes en 1996, l’Union Soviétique est morte et l’économie russe s’effondre. La CIA observe, en s’interdisant d’intervenir, les manœuvres désespérées d’officieux russes pour se procurer des dollars. Les services de sécurité proposent des centaines de milliards de roubles, à vil prix, aux mafias européennes, leur promettant l’accès aux marchés russes.

Dans le premier tome, un échange s’est conclu dans un bain de sang. Les 500 millions de dollars sont dans la nature, truands et policiers se jettent sur la piste encore chaude. Au même moment, toujours à Paris, Alpha, un jeune agent de la CIA, est chargé de séduire la belle Assia, femme d’un colonel du FSB soviétique et directrice d’une galerie de peinture moscovite. Après lui avoir sauvé la vie, il découvre qu’elle est impliquée dans le fameux échange. Il reçoit l’ordre de la rejoindre à Moscou. Le second opus nous plonge dans les trafics russes. Pour mettre la main sur le pactole, maffias et services secrets s’entretuent à la balle, au couteau et au Mi-24,

Si le pitch parait classique, la série doit l’essentiel de son charme à la personnalité d’Alpha. Non seulement le néophyte prend confiance en lui, mais nous le découvrons polyglotte, hypermnésique et pas maladroit au tir instinctif. Il observe, écoute, analyse et agit avec raison et loyauté, mais non sans cœur. Ses silences et ses accès de romantisme inquiètent ses supérieurs.

Iouri Jigounov est alors un russe exilé, depuis peu, à Bruxelles. Ses vues de la ville et des intérieurs moscovites sont immersives, les personnages bien campés et, surtout, ses scènes d’action très efficaces. Assia est ravissante, Alpha songeur, et le fils Bogdanov aussi convainquant en musicien dépressif qu’en tueur forcené. Son dessin réaliste et lumineux est à mi-chemin entre celui de Philippe Francq et de William Vance. Son travail sera apprécié, il lui sera proposé, en 2011, de reprendre la série XIII, la référence absolue.

Le scénario est diabolique. Quatre camps s’opposent : le GRU, la CIA, les maffieux russes et allemands. Or chaque parti se déchire entre un canal historique et des félons prêts à tout, ce qui nous donne huit partis susceptibles de s’entre-tuer et ouvre, pour le scénariste, un jeu de combinaisons infini. Aux lecteurs d’être attentifs ! Le Salaire des loups voit les masques tomber. Trahisons et coups fourrés se multiplient, ça tombe comme à Gravelotte !

Stéphane de Boysson

Alpha, tome 3, Le Salaire des loups
Dessin : Iouri Jigounov
Scénario : Mythic
48 pages
Éditeur : Le Lombard, collection Troisième Vague
Année de parution : 1998

Alpha, tome 3, Le Salaire des loups – extrait :

Alpha extrait
© Mythic / Jigounov / Le Lombard

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