Trente ans après son premier album, et trois ans après ce qui devait être son dernier, Bertrand Betsch a encore de vieux démons à libérer. Entouré de musiciens (violon, clarinette, contrebasse, batterie), le chanteur sort un album très personnel et touchant, où les mots et les notes résistent au silence.

Avec son Kit de Survie en Milieu Hostile sorti en 2024, Bertrand Betsch pensait avoir fini son boulot : 20 albums, qu’il concluait par Vers la joie, une chanson manifeste. Ses colères, ses doutes, ses états d’âme, le chanteur avait tout dit, et il fallait alors ranger le studio. Quelques mois plus tard, il sort une compilation d’inédits écrits, A Rebours. Et puis, comme pour confirmer son nouveau mutisme, il y a eu l’album avec le poète Heptanes Fraxion, justement appelé Hiatus Indéfini.
Mais voilà, il y a des fantômes qui ne se laissent pas enfermer dans une boîte, des petites voix qui ne demandent qu’à se faire entendre. Ainsi le chanteur redonne vie à un album discrètement autoproduit en 2011. Je Vais Au Silence rassemble des morceaux d’histoires qui étaient jusque là trop forts pour être oubliées, trop forts pour trouver une place sur un album. Cette fois-ci, plutôt que de les cacher sur une compilation hétérogène, ils se voient réarrangés et enregistrés avec un groupe : Salomé Perli (violons, pianos, chœurs), Alexis Kowalczewsky (clarinette, batterie), Dmitri Tokarev (contrebasse), Rodolphe Testut (batterie)… et avec Marc Denis à la production.
Autour de ces musiciens, les émotions sont partagées et les chansons s’épanouissent avec de jolies trouvailles que ce soit dans les paroles (« Au fond de moi quelqu’un dort sur un trésor« ) ou dans la musique comme ce mélange de musique de chambre et de pop sur Ne Sachant Pas. La superbe chanson qui donne son titre à l’album le clôture en semblant s’effacer comme une ombre à mesure qu’elle se déroule. Les arrangements se font aussi bien autour d’instruments à cordes, que de synthé vintage, et bien sûr de guitare acoustique, donnant à ce disque une riche palette d’expression et autant d’occasions de se laisser surprendre.
Interprétées à plusieurs, les chansons n’en sont pas moins intimes quand les douleurs enfouies refont surface, comme sur Philippe et son refrain qui pourrait être obsédant s’il n’était pas angoissant comme un fantôme qui s’accroche. Sur cet album de contrastes, on peut avoir une clarinette légère et un chanteur qui nous conte « les remords qui se plantent dans le ventre quand le passé remonte« . En écoutant les paroles, on a d’ailleurs souvent envie d’appeler Bertrand pour savoir comment il va… Le pouvoir cathartique de la musique, même quand elle est si belle, a ses limites.
Je Vais Au Silence est un très bel album, qui vient du fond de l’âme. Un album qui s’écoute, assis, au risque de rester vissé à son siège le temps de s’en remettre.
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Jean-Christophe Gé
