« Je poursuis un rêve, je veux l’impossible. Je veux peindre l’air. » Ces propos résument à merveille l’approche de Claude Monet. A l’occasion du centenaire de sa mort, Aurélie Castex nous offre une biographie légère et florale, très en phase avec l’art du célèbre peintre.

Avant d’obtenir une reconnaissance tardive, la vie du maître de l’impressionnisme ne fut pas un long fleuve tranquille. Avant de trouver l’écrin floral que fut sa propriété de Giverny, Claude Monet connut une longue série de galères que sa passion inébranlable pour la peinture lui permit de surmonter. Aurélie Castex nous livre ici un ouvrage empreint d’une poésie restituant avec bonheur l’univers du peintre.
Ce livre ne constitue pas la première rencontre du maître-fondateur du mouvement impressionniste avec le neuvième art. Mais à travers l’œil d’Aurélie Castex, cette biographie, très bien documentée et validée par l’Académie des Beaux-Arts, se révèle une lecture très agréable, avec un côté presque enfantin et d’une poésie délicate.
Très linéaire, la narration retrace les différentes étapes et moments-clés de la vie de Monet, avec nombre d’anecdotes. Explorateur dans son domaine, l’artiste était un perfectionniste obsédé par la meilleure restitution possible des nuances changeantes du ciel, n’hésitant pas à décliner un paysage en plusieurs exemplaires, parfois frustré des limitations imposées par l’éventail limité de ses gouaches. Comme on le sait, lui et ses confrères « refusés » — Renoir, Bazille, Cézanne, Pissarro, Sisley… — eurent maille à partir avec la peinture académique — et souvent pompeuse — de la deuxième partie du XIXe siècle. En effet, celle-ci ne les prenait pas au sérieux et méprisait ce courant artistique aussi précurseur qu’audacieux pour l’époque. La suite, fort heureusement, leur donna raison… L’amitié avec Clémenceau, plus méconnue, est évoquée dans l’ouvrage, ce qui paraît pour le moins surprenant de la part d’une personnalité que l’on associe davantage à la politique, pas toujours tendre vis-à-vis du voisin allemand ou des mouvements sociaux contre lesquels il n’hésitait pas à envoyer la « troupe ». Clémenceau n’était pas un bisounours, certes, mais l’homme avait aussi ses qualités, et sa défense des impressionnistes et de Monet en particulier ne fut pas des moindres.
Au départ sceptique quant au trait d’Aurélie Castex, très lacunaire et enfantin pour ce qui est des personnages en particulier, j’ai fini par tomber sous le charme. Si son style conviendrait davantage à des illustrations, et c’est d’ailleurs le « cœur de métier » de cette autrice, on pourrait néanmoins apprécier cette apparente fragilité qui sait s’effacer derrière l’artiste Monet tout en conférant au récit une poésie très vivante. Et l’air de rien, elle parvient à se mettre dans la peau du peintre en nous offrant de délicates aquarelles et des explosions florales et végétales très plaisantes pour représenter des paysages devant lesquels Monet aurait pu poser son chevalet. Tout en respectant les codes de la BD, Aurélie Castex nous propose une mise en page à la fois libre et cohérente.
C’est donc avec une très bonne impression, terme on ne peut plus approprié, que l’on ressort de cette lecture aussi légère qu’une pluie de pétales de roses, aussi voluptueuse qu’un bouquet de dahlias, aussi ondoyante qu’un îlot de nymphéas…
On notera en fin d’ouvrage la présence d’un cahier regroupant la chronologie du peintre, quelques peintures emblématiques, des esquisses, des photographies et des documents épistolaires, tous consultables au musée Marmottan.

Laurent Proudhon
Monet – En quête de lumière
Scénario et dessin : Aurélie Castex
Editeur : Marabout
Collection : Marabulles
112 pages – 19,95 €
Parution : 8 avril 2026
Monet – En quête de lumière — Extrait :

