Dans Les Petits Courages, chaque personnage à ses raisons de lutter pour continuer à avancer, malgré le travail difficile ou précaire, malgré la maladie, malgré l’isolement. Sabrina Delarue s’attarde avec beaucoup de justesse sur ces luttes intimes dans ce premier roman tout en finesse et qui touche le lecteur.

Sabrina Delarue s’attache à décrire des parcours de femme sur quarante-huit heures et à retranscrire leurs pensées d’une manière ou d’une autre, dans ce premier roman sensible. Elle retrace ces destins avec des chapitres courts, à travers des observations plus justes les unes que les autres, en décrivant leurs métiers, leurs doutes, leurs interrogations. Ces personnages prennent corps et on découvre les luttes réelles ou intimes qui animent Iris, Carmen, Maria, Amira ou encore Louise. On découvre comment les petites actions du quotidien peuvent faire une différence et pour quelles raisons le titre est si bien choisi.

Elles ont beaucoup de choses en commun sans le savoir et habitent dans la même ville. Elles sont aussi toutes les cinq lectrices et un livre bien particulier va les relier puisqu’il s’agit de L’art de la joie de Giolarda Sapienza. Un livre qui va constituer un fil rouge entre les personnages, que ce dernier soit prêté, volé ou perdu. Et c’est l’occasion pour l’autrice de s’attarder sur ce que la lecture peut faire, sur ce qu’elle peut permettre dans une journée difficile, comme une sous pape, comme une respiration.
Ces cinq femmes voient leur quotidien chambouler lorsque le lecteur les découvre pour la première fois. Quelque chose les impacte pendant ces deux jours et leur vie prend un tournant, en lien ou non avec leur métier, mais surtout en lien avec leur condition. Une condition questionnée par l’autrice avec beaucoup de finesse et dans une écriture qui sonne juste. Sabrina Delarue s’inscrit dans les romans qui restituent des petits moments de vie. Un exercice loin d’être évident, mais qui fonctionne très bien ici avec les chapitres courts et les phrases concises. Un portrait ou une rencontre est brossé en quelques lignes et il en est de même pour les sensations des personnages, sans oublier de petites touches d’humour.
Cet extrait illustre bien ce que l’on ne voit pas derrière les façades des femmes dont il est question dans le roman : « Qu’est-ce que tu sais, toi là-bas, de moi ? Je pourrais très bien travailler de nuit. Venir de rentrer de ma garde et être sur le point d’aller me coucher. Ou être off le lundi, comme les commerçants. Ou embaucher à l’usine pour le deuxième tour à 14 h. Ou télétravailler. Tu vois : il y a plein d’explications honnêtes possibles. Tu ne sais rien de ma vie. Rien. »
J’ai beaucoup aimé cette façon de restituer de la nuance et de la complexité dans une vie, sans s’arrêter aux a priori ou aux clichés. Les petits courages est un court livre qui accompagne et qui donne envie d’y revenir une fois refermée. Un livre qui fait du bien et qui dégage une poésie à part en cette rentrée littéraire.
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