Fidèle à sa méthode, Philippe Jaenada raconte, dans L’inconnue du quai de Javel, le destin tragique de Louise Cansot, une jeune femme mystérieusement assassinée en 1949. Un roman-fleuve foisonnant, sur fond de Paris d’après-guerre.

Philippe Jaenada et les femmes, ça commence à devenir une affaire sérieuse, même si ce sont les romans dont le personnage principal est un homme, La Serpe et Au printemps des monstres, qui restent ses meilleurs livres, je trouve. Mais Jaenada sait, comme personne, raconter le destin de femmes oubliées à travers des romans-fleuves où il décortique et ausculte leur existence pour tenter de comprendre pourquoi elles ont connu un destin si tragique. En l’occurrence, dans son nouveau roman, L’Inconnue du quai de Javel, il s’agit de comprendre qui a tué Louise Cansot, et pourquoi.
Louise était une femme qui avait servi de modèle à des peintres. Elle a quitté sa Bretagne natale à 16 ans pour monter à Paris. Mais celle qui se faisait appeler Lise – c’était son prénom d’artiste – et qui fut considérée comme le plus beau modèle de Montparnasse finira assassinée dans la nuit du 6 au 7 septembre 1949.
Comme à son habitude, Jaenada va se plonger dans les archives de la police pour exhumer le dossier de l’enquête qui est loin d’être parfaite, concernant la mort de cette jeune femme que l’on surnommait « La fille aux cent portraits », mère d’une petite Nathalie qu’elle avait laissée en nourrice. Au fil des chapitres, on découvre une vie faite de rencontres amoureuses et artistiques, mais aussi d’alcoolisme et de drames, jusqu’à sa mort, à l’âge de 29 ans.
Jaenada se dit que cette histoire aurait pu être le sujet d’une enquête du commissaire Maigret. Il décide alors de (re)lire les 75 enquêtes écrites par Simenon et va, tout au long de son travail de relecture, d’écriture et de déduction, se prendre un peu pour Maigret, donnant au récit une tournure parfois assez comique.
Comme Maigret, donc, mais aussi comme dans les précédents romans de Jaenada, l’auteur se déplace et va visiter les lieux où la victime a vécu et travaillé. Il se rend jusqu’en Bretagne pour découvrir les lieux de son enfance. Car ce qui intéresse l’auteur de La Désinvolture est une bien belle chose n’est pas tant de résoudre l’énigme de la mort de son personnage principal que de raconter l’enchaînement des faits qui ont conduit à sa mort.
Et puis il y a Anne-Catherine, son épouse, qu’il appelle Madame Fath parce que c’est son nom de famille, et son fils Ernest, que l’on retrouve au gré de ses digressions. Celles-ci font partie intégrante du style Jaenada et sont pour lui l’occasion de rompre avec l’énoncé du dossier, avec cette enquête longue et complexe, en citant tous les personnages que Louise Cansot a pu croiser dans ce Montparnasse de l’après-guerre, durant les semaines ou les mois qui ont précédé sa mort… Au risque, parfois, de s’y perdre, tant les informations, les détails et les dates se succèdent à un rythme très élevé.
Mais Jaenada est un écrivain scrupuleux, consciencieux, qui détaille avec passion la vie de ses personnages, avec toujours un souci de véracité dans les faits et dans la chronologie. Des digressions durant lesquelles il clame son amour de la blanquette de veau et bien sûr du whisky, mais rend aussi un hommage émouvant à l’actrice belge Émilie Dequenne, qui habitait dans son quartier et à qui il avait offert un Maigret dont l’intrigue se déroule là où ils vivaient.
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Benoit RICHARD
