« Dortmunder – Bank Shot » : Ou comment voler une banque… littéralement !

Voler de l’argent dans une banque, c’est tellement surfait. Dans le première tome de cette série, Dortmunder, le héros malchanceux, a une meilleure idée : embarquer directement la banque entière, provisoirement installée dans un mobil-home !

Dortmunder image
© Alonso Iglesias / Headline / Dupuis 2026

La collection Aire Noire de chez Dupuis, c’est un peu le cousin qui a décidé de s’habiller tout en noir pour montrer qu’il est plus sérieux que les autres. Après avoir lancé la collection en 2025 avec Parker – La Proie, Doug Headline remet le couvert, mais cette fois avec l’autre héros culte de Donald E. Westlake : John Dortmunder, le cerveau le plus malchanceux de l’histoire du crime, après une première adaptation du même personnage en 2008 par Christian Lax sous le titre Pierre qui roule…

Dortmunder couvertureSi les romans où sévissent Parker ont été portés sur grand écran une bonne douzaine de fois, le héros étant incarné, dixit Westlake himself pour le premier cité, notamment par Lee Marvin, Michel Constantin (!), Mel Gibson, Jason Statham, voire Anna Karina (!!) dans le Made in USA de Godard, Dortmunder n’est pas en reste avec sept adaptations, dont Les quatre malfrats (Hot Rock en V.O.) avec Mr. Robert Redford, s’il vous plait, en 1972, d’ailleurs visée dans une case de cet ouvrage. Ou donc, Bank Shot, deux ans plus tard avec l’inoubliable George C. ‘Patton’ Scott.

Au dessin, on retrouve Jesus Alonso Iglesias, qui a déjà prouvé qu’il savait manier autant le crayon que le character design chez Sony Animation. Un artiste maison, remarqué pour Judee Sill, et qui ici s’amuse visiblement autant que nous. Les spécialistes noteront également la présence d’Isabelle Merlet aux couleurs, un gage de réussite indéniable.

Doug Headline, fils de Jean-Patrick Manchette (donc élevé dans le polar comme d’autres dans le lait entier), connaît son affaire. Il a déjà prouvé qu’il savait transposer le « hard boiled » en BD sans perdre ni la tension, ni les dialogues absurdes qui font le charme de Westlake. Cette fois, il adapte Comment voler une banque, publié en 1972 sous le pseudo Richard Stark. Et oui, voler une banque. Pas l’argent. LA banque.

Le plan est d’une stupidité géniale : la banque est provisoirement installée dans un « mobile home ». Donc, pourquoi s’embêter avec des armes, des menaces, des otages… quand on peut simplement embarquer la caravane et ouvrir le coffre ailleurs, tranquillement, comme si on déballait un pique-nique.

Sauf que Dortmunder, c’est l’anti-Parker. Là où Parker, froid et sans émotion, est tranchant comme une lame, Dortmunder est méthodique, brillant… et maudit. Une poisse cosmique, une malchance de compétition, un talent unique pour voir ses plans s’effondrer à cause de détails tellement absurdes qu’on se demande si l’univers n’a pas un abonnement pour le voir échouer. Et c’est précisément ce qui rend l’album jubilatoire : on sait que tout va foirer, mais on savoure chaque étape de la catastrophe annoncée. Au passage, Dortmunder n’est pas allemand, rien à voir avec le BVB, hormis cette fameuse malédiction commune tant le club de foot de la Rühr est réputé lui aussi pour voir ses rêves de gloire se briser au dernier moment…

L’album fonctionne comme une parodie assumée des films de casse : recrutement de l’équipe, plan sur la table, repérage des lieux… tout y est, mais passé au shaker de l’absurde. Et la scène finale de la caravane qui dévale la pente est un modèle du genre : un puzzle de catastrophes qui ferait pâlir les frères Coen. La galerie de personnages secondaires est un délice : un ex-agent du FBI trop zélé, un chauffeur qui croit piloter un bolide alors qu’il conduit trente tonnes de tôle, et toute une brochette de spécialistes aussi compétents que totalement inaptes à la réalité. On dirait Ocean’s Eleven, mais version « bras cassés anonymes ». Au milieu de ce cirque, Dortmunder garde un flegme minéral, presque zen, qui rend l’ensemble encore plus savoureux. On referme l’album avec un sourire et une seule question : à quand la suite ?

Christophe Pelletier

Dortmunder – Bank Shot
Scénario : Doug Headline (d’après le personnage créé par Donald E. Westlake)
Dessins : Jesus Alonso Iglesias
Couleurs : Isabelle Merlet
Editeur : Dupuis – Collection Aire Noire
128 pages – 21 € (35 € pour l’édition limitée)
Date de publication : 10 avril 2026

Dortmunder – Bank Shot – extrait :

Dortmunder extrait
© Alonso Iglesias / Headline / Dupuis 2026

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