Pour le dernier concert de leur tournée européenne, les vétérans de The Bats étaient hier soir à Paris, et nous ont donné de nouvelles raisons de continuer à les écouter et les aimer, 44 ans après leurs débuts.

Quarante-quatre ans à faire la même musique, sans changement de style mais avec la même inspiration, et avec la même formation de quatre musiciens, qui d’autre que The Bats peut prétendre à ça ? Car oui, leur excellent dernier album, Corner Coming Up (de 2025) pourrait avoir été composé et publié en 1987, à la place de leur premier, Daddy’s Highway, qu’on n’y trouverait rien d’anormal, rien à y redire. Le seul côté négatif de cette incroyable obstination – mêlée de résilience – c’est que nos très, très chers Bats ne remplissent pas mieux à Paris que le Point Ephémère : on ne peut donc pas dire que le succès commercial ait été au rendez-vous. Mais le plaisir, non le bonheur, plutôt, de jouer – pour eux – et celui de les écouter – pour nous -, oui !
20h30 : la soirée commence devant une salle déjà complète avec le duo franco-américain Special Friend (accompagné ce soir par un troisième larron aux claviers), ce qui est une excellente combinaison avec The Bats, musicalement : ils jouent un indie-rock à la fois intimiste et pétulant, alternant entre « ligne claire » et sons plus lourds, avec des vocaux à deux voix qui fonctionnent joliment – même si, comme il se doit dans ce style de musique, qui est née quelque part avec le fameux troisième album du Velvet Underground, ça ne porte pas à conséquence de chanter parfois un peu faux.
Petite déception quand même pour nous qui suivons le duo depuis ses débuts et l’excellent Ennemi Commun, il y a cinq ans déjà, la setlist est consacrée en quasi-totalité au nouvel album (dix titres sur les douze interprétés), ce qui nous prive de chansons que nous aimions sur les disques précédents, et tend à créer une certaine uniformité. Il reste que ce set de 45 minutes constitue une belle confirmation de la valeur de ce groupe discret mais talentueux.
21h30 : changement de matériel express, en une dizaine de minutes, et Paul, Malcolm, Robert et Kaye sont là devant nous, neuf ans après leur dernier passage à Petit Bain. Neuf ans qui ont marqué les visages et les corps – aussi bien sur scène que dans la salle, le fidèle public du groupe n’ayant pas rajeuni non plus -, mais… pas la musique de nos Néo-Zélandais préférés (depuis que Chris Knox et Martin Phillips sont décédés, il ne reste plus que The Bats pour nous remémorer les grandes heures du « Dunnedin sound »).
Première – et très agréable – constatation : comme pour les Meatbodies il y a dix jours, le son et les lumières sont impeccables, et s’il n’y avait le problème récurrent de la chaleur dans la salle (… alors que dehors, il fait frais !), le Point Ephémère remonterait franchement dans notre top des salles parisiennes. Et ce son des Bats, qu’est-ce qu’il nous fait du bien ! Les deux guitares claquent et cisaillent, la rythmique propulse les comptines répétitives et faussement simples du groupe, avec les voix – un peu en retrait – qui planent au-dessus, comme un baume charmant. Tout simplement idéal pour une heure de voyage les yeux grands ouverts et le sourire aux lèvres.
Si ce n’est qu’ils sont désormais accompagnés d’un cinquième musicien, bien plus jeune qu’eux, Ryan Fisherman aux claviers et parfois aux percussions, le quatuor reste inchangé : Robert Scott est toujours renfrogné, et a besoin désormais d’énormes anti-sèches posées devant lui sur la scène pour les paroles de ses chansons, Malcolm Grant continue à marteler ses fûts sans décocher un seul sourire, Kaye Woodward se concentre largement sur son remarquable travail de soliste à la guitare (gros plaisir que de la voir opérer !), et c’est au jovial Paul Kean qu’incombe la communication avec les spectateurs, ce dont il s’acquitte avec une classe et une gentillesse rares. On notera d’ailleurs qu’il semble connaître pas mal de spectateurs dans la salle, ce qui reflète la fidélité d’un public qui suit le groupe sur plusieurs dates de sa tournée européenne.
La setlist de ce soir est assez impeccablement composée, avec dix-sept titres (dont un rappel parfait avec North by North), dont quatre du dernier album et quatre du premier, confirmant que le grand écart entre 1987 et 2025 n’en est pas un pour The Bats, le reste des chansons se répartissant sur le reste de leur discographie. On regrettera bien sûr ne pas avoir plus entendu de chansons de Fear of God et The Law of Things, les classiques du début des années 90, mais on se réjouira d’une magnifique version de Claudine, l’un des premiers « hits » (relatifs) du groupe, et d’un Smoking Her Wings d’anthologie. Même s’il est toujours délicat d’extraire des chansons d’un répertoire aussi cohérent que celui de ce groupe.
Un dernier point non négligeable : on avait cru comprendre qu’il s’agirait de la dernière tournée du groupe, donc de l’ultime occasion de les voir sur scène chez nous, mais Paul a répété à deux reprises qu’ils reviendraient – ou essaieraient de revenir -, ce qui nous a donné encore plus le sourire.
Ce qui s’appelle une belle soirée, bonne pour l’âme.
Special Friend : ![]()
The Bats : ![]()
Eric Debarnot
Leurs derniers disques :
Special Friend – Clipping
Label : Howlin’ Banana
Date de parution : 20 mars 2026
The Bats – Corner Coming Up
Label : The Bats / Flying Nun
Date de parution : 17 octobre 2025
