« Le Haut de la vague » : un Jack London amoureux et apaisé

Autant les adaptations en bande dessinée des classiques de la littérature, bien que très à la mode, sont de qualité inégale, autant les biographies d’auteur, toujours dessinées, sont souvent passionnantes. Et celle-ci en fait partie !

Le Haut de la vague¬ – Charmian et Jack London à Hawaï - Christophe Dabitch et Thierry Murat
© 2026 Dabitch / Murat / Futuropolis

Jack London (1876–1916) ne saurait être réduit aux (belles) images d’aventurier du Grand Nord, du Klondike et des forêts enneigées ou à celle de l’auteur célébré de L’Appel de la forêt et Croc-Blanc.

Le Haut de la vague¬ – Charmian et Jack London à Hawaï - Christophe Dabitch et Thierry MuratAprès ses adaptations des Larmes de l’assassin et du Vieil homme et la mer, Christophe Dabitch se garde de nous proposer une biographie formelle de l’écrivain, il nous livre une réflexion sur l’amour, la vie et l’écriture. Il choisit de s’arrêter sur ses dernières années, vécues avec Charmian Kittredge, son épouse. L’enfant miséreux, l’ouvrier, le matelot ou le vagabond sont loin. L’auteur à succès vit désormais très confortablement, il s’offre un yacht et un ranch. Il élève des chevaux, navigue et s’essaye au surf.

Travaillant sur les écrits de London et sur ceux de Charmian sur leur propre histoire, Dabitch cherche à identifier ce qui les a poussés, alors qu’ils adoraient la Californie, à repartir dans les îles. Il n’oublie pas l’auteur et intègre au récit deux courtes nouvelles Le Sherif de Kona et L’Enfant des eaux.

Le dessin de Thierry Murat est très beau. Original, il associe un trait stylisé, de longs narratifs – qui réservent une place importante à sa plume – et peu de bulles à une bichromie sépia et bleu gris et à des effets de lumières privilégiant les clairs obscurs. Le travail « impressionniste » sur les vagues est particulièrement saisissant. Il réserve aux séquences sur Oahu une étonnante lumière dorée. L’île et ses habitants sont magnifiés par l’heure dorée (du coucher du soleil), celle des Moissons du ciel de Terrence Malick (1978). L’ensemble confie un aspect vieilli et merveilleux à l’album tout en concentrant notre attention sur les textes de London.

Murat sublime ses héros. Jack et Charmian sont beaux. Leur amour, leur complicité, leurs attentions l’un pour l’autre font envie. Jack contemple le déferlement des vagues sur la plage déserte quand il est subjugué par l’apparition surréaliste d’un surfeur. Charmian a suivi son regard et sourit.

Alors que Charmian semble unifiée, Dabitch insiste sur les contradictions de London. Il voue un culte pour le corps, mais s’abandonne à l’alcool. Il associe mélancolie et joie de l’amour, sa soif de liberté à la peur de mourir, son engagement socialiste à sa vie confortable. Plus surprenant encore, il parvient à concilier son admiration pour les Hawaïens et leurs croyances à sa propre croyance, très darwinienne, dans la supériorité de la race blanche.

Toute sa vie, London s’est bagarré. Il a voyagé. Il a combattu la misère, l’injustice et une nature hostile, puis il a lutté avec des mots… Quand, soudain, il découvre, sidéré, la beauté parfaitement immobile d’un surfeur qui, tel « un Mercure noir », chevauche la vague. Une autre vie serait-elle possible ?

Stéphane de Boysson

Le Haut de la vague – Charmian et Jack London à Hawaï
Scénario : Christophe Dabitch
Dessin : Thierry Murat
Éditeur : Futuropolis
160 pages – 25 €
Parution : 10 juin 2026

Le Haut de la vague — Extrait :

Le Haut de la vague¬ – Charmian et Jack London à Hawaï - Christophe Dabitch et Thierry Murat
© 2026 Dabitch / Murat / Futuropolis

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