Avec ce 7e tome consacré aux années 90, Denis Zorgniotti et Ulysse Lledo achèvent leur formidable traversée du cinéma français entamée avec les années 30. Une décennie particulièrement riche, qui voit apparaître une nouvelle génération de cinéastes tout en confirmant la belle santé des anciens.

Après les années 80, celles de Beineix, Besson, Pialat, Téchiné ou encore du Splendid, Une histoire du cinéma français aborde donc son ultime décennie. Et comme dans les précédents volumes, Denis Zorgniotti et Ulysse Lledo ne se contentent pas d’aligner les films et les grands noms, ils racontent aussi une époque et montrent comment le cinéma français accompagne, reflète ou parfois anticipe les transformations de la société.
Les années 90 commencent dans un contexte particulier. Après la chute du mur de Berlin, on annonce volontiers la fin des idéologies tandis que les accords du GATT font planer la menace sur « l’exception culturelle » française. Pourtant, loin de s’effondrer face au cinéma américain, le cinéma hexagonal va faire preuve d’une étonnante vitalité, et surtout d’une diversité qui constitue sans doute l’un des principaux enseignements de ce volume.
Car durant ces dix années, on trouve aussi bien des productions ambitieuses comme Germinal, La Reine Margot, Le Hussard sur le toit ou Jeanne d’Arc que des succès populaires comme Les Visiteurs. Luc Besson tente même de rivaliser avec Hollywood avec Le Cinquième Élément, pendant que s’affirme toute une nouvelle génération de cinéastes : Cédric Klapisch, Arnaud Desplechin, Jacques Audiard, Pascale Ferran, François Ozon, Albert Dupontel, Jean-Pierre Jeunet…
Dans le même temps, les anciens sont toujours là. Claude Chabrol, Alain Resnais, Éric Rohmer, Claude Sautet, Bertrand Blier ou Michel Deville continuent de signer des films importants. Et puis les années 90, ce sont aussi La Haine de Mathieu Kassovitz, Les Roseaux sauvages d’André Téchiné, La Vie rêvée des anges d’Érick Zonca, mais aussi l’émergence de cinéastes (Bruno Dumont, Claire Denis, Robert Guédiguian…) qui vont, au fil du temps, construite une cinématographie aussi personnelle que singulière.

On retrouve avec plaisir la formule qui a fait la réussite des précédents volumes. Chaque année débute par un rappel du contexte social et politique, avant de proposer un « film de l’année », ainsi que plusieurs gros plans et coups de cœur, des critiques plus courtes, puis un portrait de réalisateur, d’actrice et d’acteur. Le tout est complété par un dossier thématique : l’exception culturelle, le cinéma d’animation, les César, le régionalisme ou encore les rapports entre théâtre et cinéma.
Les choix sont parfois inattendus. Plutôt que de construire un palmarès définitif, Zorgniotti et Lledo préfèrent remettre en lumière des films parfois oubliés comme par exemple le formidable Western de Manuel Poirier sorti en 1997. De quoi, une nouvelle fois, donner envie de revoir certains films ou d’en découvrir d’autres.
Copieux sans être rébarbatif, richement illustré de photos et photogrammes en couleur, ce septième tome clôt de belle manière une aventure éditoriale assez unique. Sept volumes et plus de 3000 pages pour raconter soixante-dix ans de cinéma français : voilà une collection qui aura su trouver le bon équilibre entre encyclopédie, histoire culturelle et plaisir cinéphile.
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Benoit RICHARD
