Coup de pression est le huitième roman de Richard Stark consacré à Parker, ce professionnel du braquage devenu un personnage culte, au cinéma comme en bandes dessinées. Cette aventure qui le voit s’attaquer à une île-casino est un vrai plaisir de lecture.

Lorsqu’en 1962, l’écrivain américain Donald Westlake choisit le pseudonyme de Richard Stark pour signer la première aventure de Parker, il ne laisse rien au hasard. Le prénom Richard est un clin d’oeil à l’acteur Richard Widmark dont le premier rôle fut celui d’un tueur implacable dans le film noir d’Henry Hathaway, Le Carrefour de la mort (1947). Quant à “Stark”, on pourrait traduire ce mot par “austère” ou “dur”, deux qualificatifs en accord avec le projet de Westlake. Avec The Hunter, il initie en effet une série dans laquelle son écriture sera sèche et dépouillée – un style parfaitement adapté à ce Parker, un personnage froid, un professionnel du braquage sans état d’âme.
Depuis, Parker est devenu un personnage culte qui a connu bien des incarnations. Au cinéma, Lee Marvin, Robert Duvall, Mel Gibson ou, plus récemment, Mark Wahlberg (pour ne citer qu’eux) lui ont donné un visage. Darwyn Cook, Nury et Brüno ont quant à eux adapté certaines de ses aventures en bandes dessinées. Malgré toutes ces transpositions plus ou moins réussies, il est vivement conseillé de revenir de temps à autre à l’œuvre originelle, celle de Richard Stark/Donald Westlake.
Les éditions Rivages nous proposent une belle réédition de Coup de pression (1966), le huitième volume de la série, avec une couverture et des belles illustrations de Kieran, avec une traduction de Doug Headline qui rend pleinement justice à ce roman déjà paru à la Série Noire sous les titres Sous pression (ou Parker rafle la mise).
Comme la plupart des romans de la série, Coup de pression est composé de trois étapes. Richard Stark raconte d’abord les préparatifs du coup envisagé par Parker – ici le cambriolage d’un casino construit sur une petite île au large de Galveston au Texas. Bien évidemment, malgré le professionnalisme de Parker, les problèmes s’accumulent et, au cours de la deuxième partie du roman, celle consacrée au braquage en lui-même, rien ne se passe comme prévu. Commence alors la troisième et dernière étape du livre : les conséquences du coup qui a mal tourné.
Ceux qui n’ont jamais lu un roman de Richard Stark trouveront donc ici tous les ingrédients de cette formidable série. Outre cette mécanique parfaitement huilée, on y voit évoluer un Parker toujours aussi froid, laconique et intransigeant. Entouré de partenaires plus ou moins compétents, il affronte les événements avec comme seule boussole son sens moral très particulier. Une seule chose semble le préoccuper : réaliser le braquage selon les règles qu’il a lui-même édictées. Parker ne trahit donc jamais ses complices, ne cherche jamais à s’emparer de leur part du butin mais, pour le reste, il s’autorise à peu près tout (comme par exemple mettre le feu à un casino rempli de victimes potentielles).
Coup de pression est aussi caractérisé par le style très dépouillé de Richard Stark – très différent de celui que Westlake emploie dans ses autres livres. Cette économie de moyens ressemble évidemment parfaitement à cet anti-héros immoral que l’on ne peut toutefois s’empêcher d’aimer – en tout cas, on l’aime suffisamment pour lire ou relire régulièrement les romans qui lui sont consacrés. Et, comme le signale très bien Lucy Sante dans la préface de cette très belle réédition, l’avantage, avec les romans de Richard Stark, c’est que l’on n’a “jamais besoin d’un marque-page”.
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Grégory Seyer
