Entre enquête policière et drame intime, Camille Zabka livre un récit d’une grande sensibilité et sans jugement, sur la place des femmes fragilisées dans une société toujours plus exigeante. Au sein de l’hôpital psychiatrique de la Haute-Ile, des femmes vont se croiser autour d’un évènement soudain qui va faire vaciller leur perception du monde.

« Petit à petit, la ronde, la ronde. Petit à petit, la ronde s’agrandit »… Dans la crèche destinée aux enfants du personnel de l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard, plus communément appelé la Haute-Ile, plusieurs tout-petits sont pris de malaises alors que Josépha, auxiliaire de puériculture, leur chante la comptine. Certains tombent dans le coma. Aussitôt, les secours interviennent et la police judiciaire envoie une jeune enquêtrice, Elsa, et un collègue plus aguerri, pour comprendre la raison de ces malaises graves et soudains.
Camille Zabka nous fait découvrir la vie parallèle à notre quotidien qui existe au sein de cet hôpital situé dans un océan de verdure. Après le chapitre introductif qui relate le drame survenu à la crèche, le lecteur retourne plusieurs mois en arrière. Abel est psychiatre. Avec sa femme Olga, enceinte de leur deuxième enfant, et leur fille Bérénice, âgée de trois ans, ils ont quitté la vie parisienne pour emménager dans une maison implantée dans l’enceinte de l’hôpital.
Tandis qu’Abel se plonge dans la vie du service et se dévoue à ses malades, Olga, qui est traductrice, se passionne pour le passé de la Haute-Ile. L’établissement a accueilli la sculptrice Camille Claudel, qui y a été internée d’office à la demande de sa mère et de son frère, avant son départ pour l’asile de Montfavet où elle mourra en 1943, abandonnée par tous.
D’autres femmes ont connu le même sort. Enfermées sur décision de maris ou de familles, elles étaient effacées de la société. Ces familles trouvaient là le moyen de cacher des femmes qui les embarrassaient par un comportement en inadéquation avec le rôle que leur été assigné.
Olga se plonge dans les archives de l’hôpital, découvre ses histoires dramatiques de femmes internées et opérées pour les anéantir. À la naissance de son petit garçon, Olga est isolée. Son mari est accaparé par ses fonctions à l’hôpital. Peu à peu, une dépression post-partum la gagne. Elle sent qu’elle se noie et a l’impression de sombrer à son tour dans la folie. Mais « qui sont les fous, au juste ? »…
Les agitées est un roman dans lequel beaucoup de voix féminines se font entendre. Elsa, jeune flic, va mener son enquête avec application pour découvrir qui a empoisonné les enfants. Josépha, mère célibataire qui se démène pour garder la tête hors de l’eau, s’implique dans son travail malgré l’effacement dont elle est victime par ses collègues. Olga se débat avec un mal qui la ronge de l’intérieur.
Tout au long du roman, le réel et le conte s’entremêlent. La maison d’Olga et Abel fait penser à celle d’un conte de fée au fond des bois. Le coma dans lequel plongent les jeunes enfants pourrait s’apparenter au sommeil de la Belle au bois dormant. Ce côté onirique teinte Les agitées de poésie.
Et paradoxalement, le roman résonne comme un cri face à la férocité d’une société qui pouvait mettre au ban des femmes qui dérangeaient sous le prétexte de la folie. Les agitées fait écho à Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon, qui était un puissant témoignage sur ce même thème. Je vous invite aussi à découvrir un roman plus ancien et tout aussi superbe de Maggie O’Farrel, L’étrange disparition d’Esme Lennox.
Que ce soit au travers de témoignages ou de romans, la santé mentale est un sujet qui devient de moins en moins tabou. Les agitées en est un bel exemple.
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Caroline Martin
