« Club Kid » de Jordan Firstman : Smells like clean spirit

Avec Club Kid, Jordan Firstman nous plonge dans les nuits débridées de la communauté queer new-yorkaise, avant de transformer son récit en une fable sur la paternité et le passage à l’âge adulte. Attachant et parfois drôle, ce premier film prometteur finit pourtant par sacrifier toute sa singularité sur l’autel d’un scénario convenu et d’un sentimentalisme bien trop calculé.

Club Kid
© A24

Premier long métrage de Jordan Firstman, Club Kid a fait l’effet d’une petite bombe émotionnelle lors de sa présentation à Cannes en mai dernier, et truste depuis les réseaux sociaux comme l’une des grandes attentes de l’année. Archétype du film indépendant américain (avec, comme il se doit, A24 aux commandes), le film conjugue le grain du 35 mm, les nuits new-yorkaises, la communauté LGBTQ et une bande-son fédératrice, soit un condensé de jeunesse indé que l’on va inviter à passer à l’âge adulte.

Club Kid afficheL’ouverture, plan-séquence d’une belle vitalité au sein d’un Uber bondé se dirigeant vers une fête dynamisée par diverses drogues, donne le ton : Firstman est dans un monde qu’il connaît, qu’il regarde avec une tendresse évidente, tout en faisant preuve de lucidité sur les limites d’une telle vie dès qu’il s’agit de penser aux lendemains désastreux.

Arrive donc cet enfant, élément perturbateur fertile, qui va permettre d’exploiter tous les ressorts possibles sur l’incompatibilité entre ce mode de vie et la paternité, et occasionner quelques séquences comiques plutôt sympathiques. Selon un principe d’inversion fort peu original, c’est avant tout le père qui a besoin de grandir et d’apprendre, et nous voilà embarqués dans un « feel good movie » qui relève davantage du conte que de la chronique sociale. Peut-être faudrait-il consommer les mêmes substances que les personnages pour suspendre suffisamment son incrédulité face cet enfant qui ressemble plus à un fantasme scénaristique qu’à un individu. Enfant parfait, cultivé, plein d’humour, spirituel, doué, adoré par toute une communauté qui le réduit à un objet « so cute », : il sortira des petites phrases déchirantes ou fortement inspirées, qui lèvent le voile des apparences et apprennent au nouveau papa à devenir un adulte clean.

Club Kid est certes attachant, mais terriblement surécrit ; ses personnages sont des fonctions, distribuées mécaniquement dans un scénario qui pousse chaque curseur de la comédie (la voisine et le squatteur), la romance (l’assistant social), le portrait communautaire, l’avertissement moral (la collaboratrice cocaïnée). Et il en ira de même pour les balises très convenues de son intrigue, itinéraire de rédemption ponctué de micro difficultés (une bagarre pour le gamin, une petite nuit de rechute pour le papa) avant de montrer que ces deux individus sont décidément fantastiques, et dignes d’être aimés, avant que de vilaines instances ne viennent à nouveau les mettre à l’épreuve, au moment où le cœur des spectateurs sera entièrement acquis à leur cause.

Tout cela est terriblement lisse, et le monde « sauvage » qu’on nous expose initialement est méticuleusement nettoyé, pour devenir l’arrière-plan tendance d’un téléfilm honnête, mais dénué de toutes ces aspérités susceptibles de réellement émouvoir.

Sergent Pepper

Club Kid
Avec : Jordan Firstman, Reggie Absolom, Diego Calva…
Genre : comédie dramatique
Durée : 2 h 06
Date de sortie en salle : 4 novembre 2026

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