Kristin Hersh était en concert à Montreuil, seule avec des guitares, sa voix et ses chansons peu banales, pour le plus grand bonheur de ses fans et de ceux des Throwing Muses. Si le concert a été globalement réussi, sa brièveté a frustré.

Décidément, Kristin Hersh aime Montreuil. Quelques mois après avoir joué avec les Throwing Muses à la Marbrerie, c’est au Chinois que nous l’avons retrouvée, forte d’un nouvel album solo toujours aussi réussi, Sugar on Blackstone, sorti sur Fire Records cette année. Il aurait pu tout à fait sortir sous le nom du groupe. Les interactions entre la carrière solo de Hersh et les Throwing Muses sont de fait difficiles à suivre. Au début de sa carrière solo, Hersh sortait des disques acoustiques dont le son tranchait avec le côté abrasif des albums des Muses. Il est aujourd’hui plus difficile de différencier ce qu’elle réserve au groupe de ce qu’elle garde pour elle, d’autant que deux collaborateurs, Pete Harvey au violoncelle et Steve Rizzo au mixage, ont été partie prenante des deux derniers disques.
Ce soir-là au Chinois, le format a tranché avec celui auquel nous avons généralement droit. Alors qu’il est habituel d’avoir trois groupes au programme et une tête d’affiche qui termine relativement tard, le concert était « An Evening with Kristin Hersh », ce que nous avions compris comme l’annonce d’une absence de première partie. Plus dangereux, le début était fixé à 20h pétantes, mais la communication avait été bien faite, comme en témoignait la file d’attente devant la salle dès l’ouverture des portes à 19h30. Kristin Hersh était seule sur scène, ce qui ne pouvait déplaire à ceux qui, comme moi, vénèrent son premier album solo, Hips and Makers (1994), et qui connaissent la capacité de Hersh à habiter seule ses compositions.
À 20h, Kristin Hersh était devant nous avec ses guitares, ses anecdotes et ses chansons, et le set a été un mix de nouveaux titres (Sundial et Snow White Lies ont ouvert la soirée), de chansons de son back catalogue, avec plusieurs extraits du formidable Crooked (2010), et bien entendu de morceaux des Throwing Muses. Pas question, par contre, de jouer les titres les plus connus : pas de Counting Backwards, Limbo ou Bright Yellow Gun sans l’ami d’enfance David Narcizo. Au contraire, elle a joué deux extraits de Sun Racket déjà entendus à la Marbrerie, Kay Catherine et Bywater, cette dernière peut-être parce qu’elle lui permet de nous ramener dans son univers en nous rappelant qu’elle raconte l’histoire d’un poisson rouge nommé Freddy Mercury du fait de sa moustache parfaite. Enfin, au chapitre des curiosités, City of the Dead est la face B d’un single de 1992 du groupe, jamais sortie en album. Hersh habite à La Nouvelle Orléans, et la ville est une vraie source d’inspiration pour elle, d’où l’idée de revisiter ce titre lors de cette tournée : il rappelle qu’à l’époque des premiers colons, la ville enterrait ses morts dans des sépultures qui n’étaient pas protégées des inondations. Je vous laisse imaginer ce qui pouvait arriver en cas de fortes pluies.
La mort est l’un des thèmes souvent abordés par Hersh, et ce, dès le premier titre de son premier album solo, celui que nous attendions et qui est l’emblème de ses disques, Your Ghost, qui a été le titre le plus acclamé de la soirée. Bien sûr, Michael Stipe n’était pas là pour la chanter avec elle, ce qui aurait eu beaucoup de classe, mais sa voix à la fois fragile et abrasive a fait totalement mouche.
Dark Eyed Junco, qui ouvre Sugar on Blackstone et a probablement été le meilleur extrait du dernier album ce soir-là, est un retour sur l’enfance de Hersh à Providence. Elle y évoque son frère, le « Dark Eyed Junco » du titre, alors qu’elle se décrit comme « une originale aux yeux clairs ». Les deux enfants jouaient au basket jusqu’à la nuit tombée, quand ils ne voyaient plus le panier, pour ne pas avoir à rentrer. Après l’arrivée de leur beau-père, la maison n’était plus un foyer. Le morceau donne le ton d’un album qui revisite les lieux de son adolescence, entre deuil et mémoire. Son interprétation en live a été poignante, surtout après que Kristin Hersh a évoqué la genèse de la chanson et rendu hommage à son frère, qui lui a beaucoup appris.

Au bout d’une petite heure, alors que nous étions bien installés dans le concert et prêts pour une seconde heure, elle nous a demandé de faire comme si elle était sortie de scène et que nous l’avions rappelée. Elle a donc simulé un rappel et a terminé avec un dernier morceau, The Cuckoo, ballade folk traditionnelle qui figurait sur Hips and Makers, nous laissant avec un sacré goût de trop peu. À 21h15, nous sommes sortis, prêts à reprendre le métro, heureux de ce que nous avions entendu, mais franchement frustrés également.
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Laurent FEGLY
Photos : Robert GIL
Kristin Hersh au Chinois
Promoteur : Persona Grata
Date : 29 octobre 2026
Son dernier disque :

Kristin Hersh – Sugar on Blackstone
Label : Fire Records
Date de sortie : 18 septembre 2026
