[Interview] Mute Forest (1ère partie) – « La solitude, l’immensité, le mystère se retrouvent dans ma musique »

Encore méconnu, Mute Forest est un peu comme un trésor enfoui, un projet qui mérite que l’on prenne le temps d’en explorer les richesses. Entre folk atmosphérique, guitares délicates, textures ambient et mélodies doucement mélancoliques, Kael Smith compose une musique qui avance à pas feutrés, entre paysages intérieurs et émotions à fleur de peau. À travers cet entretien, nous espérons apporter un éclairage sur son parcours et son univers singulier, et donner à cette œuvre discrète la visibilité qu’elle mérite.

© Gundula Blumi

Ce que les étoiles nous laissent

Première Partie : De Khale à Mute Forest : la musique comme refuge

Depuis ses premiers enregistrements, Kael Smith construit avec Mute Forest une œuvre singulière, encore trop peu connue au regard de sa richesse et de sa cohérence. Des premières chansons publiées sous le nom de Khale à l’aventure plus électronique de Mombi, puis aux multiples incarnations de Mute Forest, son parcours dessine peu à peu les contours d’un univers personnel, où la musique semble toujours chercher sa place entre l’intime et l’immensité. Il y a dans cette discographie quelque chose d’un joyau injustement méconnu, une œuvre discrète qui ne se livre pas immédiatement, mais dont les albums révèlent, au fil des écoutes, une profondeur et une sensibilité rares.

D’abord marqué par des guitares dépouillées et une écriture folk, le projet s’est progressivement ouvert aux textures électroniques et aux paysages sonores plus sombres de Deforestation et Infinity Pools, avant de retrouver avec Riderstorm une dimension plus organique, davantage tournée vers la chanson et le jeu collectif. Loin de suivre une trajectoire linéaire, Kael Smith n’a cessé de déplacer les frontières de sa musique, passant de l’abstraction à la mélodie, de l’ombre à la lumière, de l’expérimentation à une forme de dépouillement. Pourtant, un fil demeure : cette manière de composer comme on traverse un paysage, en accordant autant d’importance aux silences, aux résonances et aux détails les plus fragiles qu’aux mélodies elles-mêmes.

Avec Dust of Stars, six ans après Riderstorm, cette recherche se poursuit et semble même gagner en profondeur. Les guitares, les voix et les instruments acoustiques occupent davantage l’espace, tandis que les arrangements se construisent par touches successives, sans jamais dissiper complètement le mystère. Les paroles recueillent des fragments de mémoire, des images de nature et des instants apparemment anodins qui finissent par nous accompagner longtemps. Derrière cette apparente simplicité affleurent des thèmes essentiels : le temps qui passe, la perte, le pardon et ce que l’on souhaite transmettre. À travers cet entretien, nous revenons avec Kael Smith sur les différentes étapes de son parcours, les disques qui l’ont nourri et les chemins empruntés par Mute Forest, avec l’envie de faire découvrir un peu mieux cette œuvre précieuse qui mérite largement de sortir de l’ombre.

Benzine : Pour les lecteurs de Benzine qui ne connaissent pas encore Mute Forest, pourrais-tu présenter le projet et expliquer ce qui t’a amené à le développer ? Ta musique navigue entre folk, chansons acoustiques et textures ambient, sans se fixer dans un genre particulier. Que recherches-tu lorsque tu commences à travailler sur un morceau ?

Kael Smith (Mute Forest) : Mute Forest est mon projet musical actuel. J’ai publié de la musique sous les noms de Khale, de Mombi, et désormais de Mute Forest. J’écris et développe généralement mes chansons chez moi, dans les environs de Denver, dans le Colorado. Pour les deux derniers albums, je les ai ensuite emmenées à Bloomington, dans l’Indiana, afin de les enregistrer avec Mike Bridavsky, au Russian Recording. Au fil des années, je me suis aussi lié d’amitié avec plusieurs musiciens formidables de la région de Bloomington, avec lesquels j’ai collaboré : le batteur Ben Lumsdaine, le saxophoniste Joe Donnelly et la chanteuse Kate Long.

Puisque je paie moi-même les séances dans un studio de cette qualité, j’arrive généralement avec des maquettes déjà bien avancées : environ 80 % des parties sont écrites. Cela dit, j’aime garder une place pour l’inspiration qui naît en studio, au contact des autres musiciens. Il se produit une sorte de magie lorsque des personnes talentueuses se retrouvent ensemble dans une pièce à l’acoustique magnifique, et j’essaie de laisser de l’espace à ces moments inattendus. Pour les deux derniers disques, j’ai même réservé une journée entière pour improviser avec Ben Lumsdaine. C’est d’ailleurs ainsi qu’est né le morceau Riderstorm, sur l’album Riderstorm.

Benzine : Quand tu repenses à ton enfance, quels sont tes tout premiers souvenirs musicaux ? As-tu grandi dans une maison où l’on écoutait constamment des disques, ou as-tu découvert la musique progressivement par toi-même ?

KS : Mon premier souvenir musical, c’est d’avoir écouté les 45-tours de mon père sur mon petit tourne-disque Fisher-Price. Je me souviens notamment de Purple Rain, de Prince, que j’écoutais sur cet appareil minuscule. La première chanson que j’ai expressément demandé à mes parents de m’acheter était Would I Lie to You?, de Charles & Eddie. Je l’avais en cassette et je devais l’avoir entendue quelque part à la radio. J’avais environ neuf ans.

Benzine : Avant même de faire de la musique, étais-tu déjà attentif aux lieux, aux atmosphères, aux variations de lumière et aux sons qui t’entouraient ? Cette façon d’observer et d’écouter le monde influence-t-elle encore ta manière de composer ?

KS : J’ai toujours été quelqu’un d’assez observateur et sensible. Je pense que cela vient en grande partie de mon éducation. J’étais le seul garçon d’un foyer composé de ma mère et de mes trois sœurs, et mon père comme mon beau-père étaient souvent absents. J’ai donc grandi entouré d’une forte énergie féminine, ce qui, je crois, a beaucoup influencé ma façon de voir le monde, d’entrer en relation avec les autres et, finalement, de m’exprimer à travers la musique.

Benzine : Quand tu repenses à tes débuts sous le nom de Khale, que cherchais-tu alors dans la musique ? Avec le recul, qu’est-ce qui a le plus changé dans ta manière d’écrire et de composer ?

KS : Au fond, je pense être un artiste folk, même si le terme est très large. Beaucoup de mes chansons commencent lorsque je tombe sur une phrase de guitare qui me plaît, puis que j’explore les directions où elle peut m’emmener. Pour les paroles, j’ai dans mon téléphone une note que j’alimente depuis des années. Dès qu’un mot, une expression ou une phrase me vient et m’intéresse, je la note. En gros, les textes de mes deux derniers disques sont tous partis de ce même ensemble de mots, qui évolue sans cesse. C’est devenu une vaste collection de pensées et de fragments dans laquelle je reviens régulièrement piocher, puis que j’assemble de différentes façons.

Benzine : Tu as grandi dans le Colorado, au milieu de paysages très contrastés. Quelle place cet environnement a-t-il occupée dans ta vie ? Le fait de vivre aux États-Unis influence-t-il aussi ta vision du monde et, indirectement, ta musique ?

KS : Le fait d’être du Colorado a énormément influencé ma musique, mais aussi ma vie et les activités auxquelles j’ai choisi de consacrer mon temps. J’ai vécu aussi bien à la montagne qu’à Denver, une grande ville à l’échelle régionale, et j’ai eu la chance de connaître le meilleur des deux mondes. Mais la montagne reste toujours un refuge. La randonnée, la pêche, le camping et l’exploration sont parmi mes façons préférées de garder un lien avec le monde naturel.

Musicalement, j’aime créer des univers qui semblent exister au cœur de paysages montagneux. Quand j’écris des paroles, ou même des mélodies, mon imagination erre souvent dans ces lieux inventés. La solitude, l’immensité, le mystère et le refuge que représentent les montagnes se retrouvent naturellement dans ma musique. Faire de la musique m’offre également un abri, un endroit où me retirer alors que vivre dans ce pays est politiquement extrêmement difficile à supporter en ce moment. Notre division politique me semble n’avoir jamais été aussi profonde, et notre administration attise la haine. C’est grotesque. C’est exaspérant. J’aspire simplement à voir émerger une nouvelle voix progressiste, raisonnable. Nous avons vu apparaître des responsables prometteurs comme Zohran Mamdani, James Talarico, AOC, Abdul El-Sayed et d’autres. Les élections de mi-mandat qui approchent auront des conséquences considérables. Les élections comptent. Si vous êtes américains et que vous lisez ces lignes, allez voter !

Benzine : Avec Sleepworks, sous le nom de Khale, tu es parti de chansons assez dépouillées, construites autour de la voix et de la guitare, avant d’y ajouter des rythmiques programmées, des claviers et des textures électroniques. Pourquoi avoir voulu enrichir ces morceaux plutôt que conserver une approche plus acoustique ?

KS : Pour Sleepworks, j’avais écrit plusieurs chansons à la guitare, mais à l’époque j’étais aussi très attiré par l’indie électronique de The Notwist, Efterklang, Björk et Radiohead. J’ai commencé à expérimenter la programmation de rythmes, pour la première fois, en essayant d’intégrer certaines de ces influences à ma propre musique. J’avais un lot de chansons encore brutes lorsque j’ai rencontré Jme White, qui jouait dans un groupe de Denver appelé Blusom. J’ai plus ou moins supplié Jme de me prendre sous son aile, et il a fini par développer tous les morceaux avec son style de production très personnel. Le résultat était un disque vraiment réussi, dont je suis toujours fier. Avec le recul, je regrette presque de ne pas l’avoir sorti sous un autre nom que Khale, car j’ai l’impression qu’il me donne trop de crédit. Le son de ce disque doit en grande partie à la créativité et au talent de Jme.

Benzine : Quelques années plus tard, tu as formé Mombi avec Matt Herron. The Wounded Beat a mis plusieurs années à voir le jour, avec Keith Kenniff à la production. Comment vous êtes-vous réparti le travail avec Matt ? Et qu’a apporté Keith Kenniff au disque que vous n’auriez peut-être pas pu obtenir seuls ?

KS : Matt est mon meilleur ami et un claviériste qui nous avait accompagnés en tournée en Europe pour Sleepworks. À notre retour de la tournée européenne de Khale, en 2008, Matt et moi nous sommes immédiatement mis au travail sur un nouvel album. Nous étions déterminés à faire le meilleur disque de notre vie. Nous avons composé énormément de musique durant cette période et nous nous intéressions de plus en plus à l’électronique, mais aucun de nous n’était particulièrement doué pour la programmation.

Helio, l’un des propriétaires d’Own Records, nous avait fait découvrir la musique de Keith Kenniff, et sa production nous avait complètement sidérés. Pour nous, c’était de la magie noire. Nous répétions : « C’est exactement comme ça que nous voulons que notre album sonne ! » Nous avons donc commencé à harceler Keith par e-mail pour qu’il produise le disque. Heureusement, il a accepté, même s’il venait d’avoir son premier enfant, et nous avons pris l’avion pour Portland afin d’enregistrer avec lui.

Malgré toute la musique que nous avions écrite, avec le recul, nous n’étions pas vraiment prêts à faire cet album. Nous avions une montagne de fragments et d’idées, mais probablement seulement cinq chansons réellement prêtes à être enregistrées. Après les premières sessions avec Keith, nous sommes rentrés au Colorado et avons finalement terminé le disque à distance avec lui. Le processus a pris beaucoup plus de temps que prévu, mais nous y sommes arrivés. Ce fut une expérience extrêmement formatrice et, aujourd’hui encore, nous sommes très fiers de The Wounded Beat.

Benzine : Deforestation et Infinity Pools sont sortis en 2015, selon deux approches différentes. Tu as expliqué qu’Infinity Pools était lié à Deforestation, presque comme une réaction à celui-ci ou comme une histoire racontée à rebours. Comment ces deux disques ont-ils été conçus ? Pourquoi avoir choisi de les présenter de cette façon ?

KS : Cette période a été un peu confuse sur le plan créatif, mais aussi incroyablement fertile. J’écrivais et terminais beaucoup de musique pour Mombi et Mute Forest, et les deux projets se recoupaient assez largement. Avec le recul, je pense sincèrement qu’Infinity Pools de Mute Forest et l’EP Turning Witch de Mombi auraient dû être réunis pour former un seul album long, sous un nom unique. Tous ces morceaux sont issus de la même période créative et, réunis, ils auraient constitué un album très fort. Cela dit, je reste fier de ces titres et de la façon dont ils ont été présentés.

Benzine : Cinq années se sont écoulées entre Deforestation et Riderstorm. Tu as raconté avoir traversé une période durant laquelle tu as arrêté de faire de la musique, avant de recommencer à jouer lors de scènes ouvertes. Comment as-tu vécu ce retour sur scène, et qu’est-ce qu’il t’a permis de redécouvrir dans ta pratique musicale ?

KS : Il s’agissait vraiment de revenir à l’essentiel. Après la mort de mon père, emporté par l’alcoolisme, j’ai complètement perdu l’envie de créer. À ce moment-là, j’étais si vide émotionnellement que j’avais le sentiment de n’avoir plus rien à donner à la musique. Retrouver cette joie a été un lent processus de dégel.

Après une longue période de dormance créative, j’ai accepté d’aller à une scène ouverte avec un ami, ce qui m’a pratiquement obligé à m’asseoir pour préparer quelque chose à jouer. Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est à quel point le simple fait d’être entouré d’autres auteurs-compositeurs allait compter pour moi. Discuter avec eux, écouter leurs chansons et s’encourager mutuellement a joué un rôle immense dans la redécouverte de mon amour pour la musique. Si vous avez déjà participé à une scène ouverte, vous savez qu’elle peut presque faire office d’église hebdomadaire pour les musiciens. C’est un lieu où se retrouver, créer des liens et faire communauté avec des personnes qui partagent cet amour de la musique. Je crois que j’avais autant besoin de ce sentiment de connexion que de recommencer à écrire des chansons.

Benzine : Tu as dit que la mort de ton père avait profondément marqué Riderstorm, notamment parce qu’il n’entendrait plus jamais une de tes chansons. Avec le recul, penses-tu que la réalisation de Riderstorm a changé ta relation à la musique ? Cette expérience a-t-elle aussi influencé ta façon d’aborder Dust of Stars ?

KS : Riderstorm a représenté un défi majeur. Je savais que je voulais enregistrer ce disque dans un vrai studio et donner aux chansons un son plus ample et plus riche, avec de la batterie acoustique, du saxophone et d’autres instruments. J’étais arrivé avec des maquettes déjà bien avancées, que j’avais envoyées à Mike Bridavsky, Ben Lumsdaine et Joe Donnelly à l’avance. Mais comme nous n’avions pas eu l’occasion de répéter ensemble, j’ai dû faire un grand acte de foi : il fallait croire que nous réussirions à concrétiser tout ce que j’avais en tête dans un temps de studio très limité. Heureusement, Ben et Joe sont des musiciens incroyables. Ils viennent tous les deux du jazz, et leur maîtrise instrumentale est d’un tout autre niveau. Ils ont l’habitude d’entendre quelque chose et de pouvoir le jouer immédiatement. C’était franchement inspirant à voir et cela m’a donné énormément confiance dans ce que nous pouvions accomplir ensemble.

À bien des égards, Riderstorm est le disque sur lequel j’ai appris à faire de la musique Mute Forest dans un studio professionnel, plutôt que chez moi sur un ordinateur portable. Avec Dust of Stars, je voulais tirer parti de tout ce que cette expérience m’avait appris et aller plus loin, en créant quelque chose de plus profond, de plus riche et de plus vaste. J’étais heureux de retrouver Mike, Ben et Joe en studio, et d’intégrer aussi les magnifiques voix de Kate Long.

Benzine : Dans ta sélection pour notre rubrique 5+5, tu cites Bless the Weather de John Martyn comme l’une des influences les plus évidentes de Dust of Stars. Qu’est-ce qui te touche le plus dans cet album : le jeu de guitare, la voix, les arrangements ou la manière dont les chansons respirent ?

KS : Bon sang, ce disque m’a frappé comme un train de marchandises lorsque je l’ai entendu ! Comme je le disais dans le 5+5, à l’exception de Sugar Lump, le single destiné à la radio — qui me semble totalement déplacé sur l’album, haha —, c’est un disque absolument hypnotique. Je connaissais John Martyn depuis des années et j’avais lu des critiques de son travail, mais c’est pendant la pandémie que je me suis enfin plongé dans sa musique. Cet album en particulier est devenu un disque que j’écoutais encore et encore.

J’aime tant de choses : la chaleur de la production sur bande des années 1970, la liberté, l’assurance, la mélancolie et, bien sûr, le jeu de guitare incroyable de Martyn. J’aime aussi toutes les petites textures et les chœurs apportés par sa femme de l’époque, Beverley, notamment sur Let the Good Things Come. L’ensemble paraît tellement naturel et organique. Cet album a été une inspiration majeure pour les morceaux de Dust of Stars qui reposent davantage sur l’acoustique. D’ailleurs, au tout début, le morceau d’ouverture, Our Last Rainy Day, portait un titre du genre John Martyn Riff. Je suis très loin d’être le guitariste que Martyn était, mais j’essayais clairement de faire passer quelque chose de son esthétique et de son esprit dans ma propre musique.

Benzine : Tu cites également Spirit of Eden et Laughing Stock de Talk Talk comme des références importantes. Penses-tu à ces disques lorsque tu composes ? Peux-tu citer un morceau de Dust of Stars dont l’écriture ou les arrangements doivent quelque chose à Talk Talk ?

KS : Je ne suis même pas sûr que je ferais ce genre de musique sans ces disques fondateurs. Ils ont influencé d’innombrables artistes, et je suis inspiré non seulement par Talk Talk eux-mêmes, mais aussi par tant de musiciens qui leur ont succédé. Il est donc difficile de mesurer précisément l’ampleur de leur influence sur moi. Disons simplement qu’elle est énorme.

Ce que j’aime dans ces albums, c’est la façon dont ils empruntent à l’esprit du jazz pour l’intégrer à leur propre son. Leur musique possède une liberté et une spontanéité incroyables. J’admire aussi énormément le fait qu’ils aient, en quelque sorte, tourné le dos à leur catalogue précédent, qui avait connu un certain succès et leur rapportait sans doute de l’argent, pour aller enregistrer deux chefs-d’œuvre à contre-courant des attentes radiophoniques. Il faut une sacrée audace pour défendre une telle conviction artistique. L’une des grandes leçons que j’ai tirées de ces albums, c’est qu’il faut accueillir le son de la pièce, laisser la musique respirer et comprendre qu’un silence peut être aussi puissant qu’une note.

Benzine : Aux débuts de Mute Forest, notamment sur Deforestation, tu as exploré une musique où les textures ambient et les paysages sonores jouaient un rôle central. Quels artistes ou disques t’accompagnaient à cette époque ?

KS : Probablement Helios, Hood, The Notwist, Radiohead, Part Timer, Grouper, Tiny Vipers, The Sight Below, Kiln, Taylor Deupree, et bien d’autres encore. J’écoute énormément de musique.

Benzine : Comment vois-tu la scène ambient aujourd’hui ? Penses-tu qu’elle a évolué ces dernières années, dans ses formes comme dans ses rapports avec d’autres genres musicaux ? Y a-t-il des artistes contemporains qui attirent particulièrement ton attention ?

KS : Je pense que la musique ambient se porte aussi bien que jamais. Je n’aime pas vraiment comparer les époques. Dans tous les genres, il y a toujours des artistes qui jouent un rôle de passeurs : ils recueillent les idées et les apports de ceux qui les ont précédés, trouvent des moyens de les prolonger et les transmettent à leur tour. C’est ainsi que la musique continue d’évoluer, et je trouve que l’ambient est en très bonne santé de ce point de vue.

Parmi les artistes que j’apprécie particulièrement en ce moment, je citerais Taylor Deupree, A Winged Victory for the Sullen, Thme et Chihei Hatakeyama. J’aime aussi beaucoup le fait que Brian Eno continue à faire une musique aussi captivante après toutes ces années. Il y en a évidemment beaucoup d’autres, mais ce sont quelques noms qui me viennent à l’esprit.

Propos recueillis par Greg Bod

Un grand merci à Kael Smith pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Dust Of Stars est sorti le 26 septembre 2026.

 

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