Des bars brestois au Théâtre de la Ville à Paris, Miossec nous raconte sa vie sur scène, ses liens avec ses musiciens et le public.

Miossec quitte depuis de longues années, à intervalle plus ou moins régulier, son Brest adoré pour arpenter la France. Ses concerts, au fil de temps, se sont modifiés, de la rage rock des débuts à l’apaisement actuel en mode trio, sans que jamais ne se dissipent les ombres de mélancolie. A 62 ans, en toute simplicité (« On se tutoie, non ?« ), il évoque son goût pour la liberté sur scène, sa crainte, en éternel anxieux, du « radotage ». Et l’interview terminée, il donne rendez-vous à L’aéronef, à Lille, « où les gens sont sympas », avant de nous faire rougir en précisant que « les questions étaient bonnes ». Nous voulons croire que ce n’était pas de la politesse…
Benzine Magazine : Peux-tu revenir, pour commencer, sur la tournée du 25e anniversaire de Boire, ta jeunesse, ta genèse ?
Miossec : Je l’ai vécue très curieusement, c’était très bizarre. Je n’avais jamais pensé à me prêter à cet exercice. C’était marrant de jouer ces chansons dans le même ordre que l’album, avec les mêmes instrumentations. C’était aussi plein de souvenirs ; je revenais à la préhistoire… C’était de l’archéologie… et aussi un bon exercice de santé mentale… Une pause.
Benzine Magazine : Pourrais-tu rééditer cette expérience pour un autre de tes disques ?
Miossec : Je n’aurais pas cette prétention pour un autre disque. Le premier était une sorte d’OVNI dans le paysage… Il n’y avait pas de guitare acoustique à l’époque, après c’est devenu tarte à la crème.
Benzine Magazine : A propos d’anniversaire, les Inrockuptibles fêtent leurs 40 ans…
Miossec : Ce journal a eu un rôle militant pour pousser au cul des gars comme Dominque A, Katerine ou moi. Ça me fait bizarre : je suis un lecteur depuis leur début ; ce journal est une belle aventure, mais j’ai la nostalgie du grand format, des longues interviews. Bon, ce n’est plus la mode…
Benzine Magazine : Tu as évolué sur scène, dans de nombreuses formules. Comment considères-tu le mode trio actuel, avec Stéphane Fromentin (guitare) et Nicolas Meheust (clavier et pédales) ?
Miossec : Plus jamais je ne jouerai en quatuor, en quintuor ! Le trio est la formule qui me convient le mieux. Il permet de donner à chaque fois, tous les soirs, des concerts différents, de le faire durer plus longtemps, de la raccourcir, de changer la fin des morceaux ; nous sommes libres. Je suis dans ce métier pour avoir cette liberté. A trois, nous nous regardons, nous nous écoutons… Nous flottons, nous nous laissons porter…
Benzine Magazine : Et quand des spectateurs interviennent ?
Miossec : Tu sais, je viens des bars brestois, où il faut faire taire le comptoir. C’est sportif ! Parler avec le public, c’est dans ma culture. Si les spectateurs n’interviennent pas, c’est mort. J’aime quand c’est déconcertant. Quand il y a de l’imprévu, c’est chouette. Si les gens nous emmerdent, tant mieux !
Benzine Magazine : A propos de Brest, sur Simplifier, ton dernier album, tu consacres une chanson au Vauban et à Charles, son patron. Y a-t-il d’autres salles, à un degré moindre bien sûr, qui t’ont marqué durant ces années sur les routes ?
Miossec : Oui, il y le Bikini, à Toulouse, dont Hervé, le patron, est devenu un ami. Je pense aussi à La Coopérative de mai, à Clermont-Ferrand, ou à L’aéronef, à Lille. Ce sont des salles historique, de plus de 40 ans, tenus par des contrebandiers, des pirates, qui n’attendent pas les subventions. Ces gars-là, comme Charles au Vauban, « tiennent sur leurs épaules un monument », comme je l’écris dans la chanson.
Benzine Magazine : La tournée actuelle passe au Théâtre de la Ville, à Paris. Que représente cette salle ?
Miossec : Je l’aime beaucoup. Je n’aime pas les médailles, mais jouer dans ce théâtre, c’est comme en recevoir une. Ça veut dire que je ne suis pas aux fraises culturellement.
Benzine Magazine : Durant cette tournée, tu joues de la guitare.
Miossec : Oui, de bout en bout. Je ne la lâcherai plus. Avec la guitare, je ne suis plus un simple chanteur, je me sens au travail, en train de bosser. Être seulement chanteur, ça me fait comme si j’étais le rigolo de service. Avoir la guitare me rassure, me garde les pieds sur terre.
Benzine Magazine : Tu dis souvent que le doute t’obsède. Je suppose que c’est le cas quand tu montes sur scène.
Miossec : C’est le trac. Sans, je serais moins bon. Être sur scène c’est contre nature, ce n’est pas ma nature profonde de dire bonsoir avec le micro. C’est un boulot de maboul.
Benzine Magazine : Comment établis-tu tes set-lists… avec tant de chansons à ton répertoire ?
Miossec : J’adore faire les set-lists ! C’est élaborer un scénario… et si je me plante, on me tombe dessus. Là, sur cette tournée, on en revient à ce que je disais sur le mode trio, sur la liberté qu’il permet. En deux secondes on change les morceaux, on en sucre, on en rajoute. En fonction de l’atmosphère, du public, on décide de cogner fort, ou de lever le pied.
Benzine Magazine : A Lille et Amiens, ta première partie est assurée par Championne. Comment choisis-tu les artistes qui ouvrent pour toi ?
Miossec : Je suis content qu’elle ouvre pour moi. C’est une Rennaise installée à Brest, comme les Gwendoline, c’est chouette. Parfois la salle qui m’accueille veut défendre un artiste du coin. J’écoute et il n’y a pas de soucis. Il n’y a pas vraiment de règles pour les premières parties.
Benzine Magazine : Tu as sorti un maxi vinyle avec quatre de tes titres emblématiques réenregistrés, dans la lignée de leur version jouée sur cette tournée.
Miossec : C’est un souvenir de cette tournée. Je suis content de mettre une claque à ces morceaux. C’est un luxe de pouvoir refaire ces chansons.
Benzine Magazine : Un nouvel album est-il en préparation ?
Miossec : Oui, oui… On ne peut pas s’en empêcher…
Benzine Magazine : … même en étant en tournée ?
Miossec : Tu sais, il n’y a pas de manuel pour écrire une chanson. Parfois on bosse comme un âne… et rien, parfois ça nous tombe dessus. Il y aussi la peur du radotage, elle devient menaçante à un certain âge. Le vrai danger est de répéter les mêmes choses. Il faut trouver de nouveaux sujets, ou de nouveaux angles.
Benzine Magazine : Tu écris encore pour les autres ?
Miossec : Non, non, ça n’aurait plus aucun sens d’écrire pour quelqu’un de 20 ans… et les autres Birkin, Greco, Bashung, Hallyday ne sont plus là… Quand je suis sollicité, je préfère refuser.
Benzine Magazine : Et chanter en duo, en concert ?
Miossec : Je ne suis pas fan des duos. J’en ai fait avec Jane… je faisais mon Gainsbourg. En concert, si on sait que quelqu’un doit arriver… on n’est plus vraiment dans le moment, il n’y a plus de laisser-aller.
Propos recueillis par Christophe Grès
Photos : Benjamin Deroche (horizontale) et Lara Herbina (verticale)
Les prochains concerts de Miossec :
7 novembre, L’Aéronef (Lille)
27 novembre, Centre Culturel Victor Jara (Soignies, Belgique)
28 novembre, Ferme du Bierau (Ottignies-Louvain-la-Neuve, Belgique)
4 décembre, Bateau Ivre (Tours)
15 décembre, Manufacture (Saint-Quentin)
25 janvier, Théâtre de la Ville (Paris)
