Richard Thompson – Hippies, Thugs and Heroes : Un maître au sommet

À 77 ans, Richard Thompson signe avec Hippies, Thugs and Heroes un album où son jeu de guitare flamboyant est une nouvelle fois un régal. Rock, folk, psychédélisme : il y déploie les différents styles dans lesquels il a excellé tout au long de sa carrière pour ce qui est un de ses meilleurs albums.

Photo : Paul Clampin

Au Café de la Danse, il y a deux ans, Richard Thompson nous avait livré un set acoustique retraçant sa longue carrière, de Fairport Convention à ses albums solo. Nous avions déjà pu constater qu’il avait la forme. Mais, personnellement, je préfère l’écouter en électrique : son picking précis, nourri de folk britannique, de blues et de rock, y prend toute sa dimension. Son sens du rythme, ses attaques incisives et ses solos fluides et imprévisibles expliquent qu’il soit régulièrement cité parmi les plus grands guitaristes de sa génération. Cette préférence trouve largement de quoi se nourrir dans sa discographie solo, à commencer par Mock Tudor, puis dans ses deux dernières réussites majeures récentes, 13 Rivers en 2018 et Ship To Shore en 2024.

Conscient qu’il ne rajeunit pas, Thompson fait feu de tout bois et ce nouvel album est une nouvelle confirmation que son inspiration est loin de se tarir. Comme le titre l’indique, il s’agit de la description d’une galerie de personnages, qu’ils soient littéralement des hippies, des voyous ou des héros… ou un peu tout cela en même temps, car nous sommes des créatures complexes, difficiles à définir de façon trop simple.

Thompson s’appuie sur des fidèles plutôt que de bouleverser son entourage : Michael Jerome tient la batterie à ses côtés depuis 1999, tandis que le bassiste Taras Prodaniuk figurait déjà sur Sweet Warrior en 2007. Aux guitares et au violon, David Mansfield, déjà présent sur Ship To Shore, complète cette équipe. Son épouse, la chanteuse Zara Phillips, apporte les harmonies vocales, comme elle le faisait déjà sur 13 Rivers en 2018. Une continuité qui se retrouve jusque dans la façon de travailler : les musiciens ont enregistré ensemble, en direct en studio, avec le plus souvent deux à quatre prises par morceau. Le disque sonne bien, Thompson a précisé qu’il avait souhaité y apporter un soin particulier.Sorcerer’s Apprentice démarre de façon autobiographique, Thompson ayant appartenu dans les années 70 à un groupe un peu sectaire dont il a réussi à se défaire. Musicalement, le son évoque les Byrds et la musique le meilleur d’un folk-rock très classique. Cocaine Walking, Booze Talking fonctionne avec des riffs nerveux ; Thompson l’a écrit en pensant à des Écossais qu’il a connus à Londres.

Pauper’s Grave est, quant à elle, une ballade somptueuse sur les laissés-pour-compte. Zara Phillips double la voix de son mari. La guitare du maître, discrète dans un premier temps, finit au premier plan dans un solo poignant dont il a le secret.

Unsung Hero est dans une veine plus funky : la guitare est en retrait dans un premier temps pour laisser la place à la basse de Prodaniuk. Make Believe You Don’t Know Me ralentit le tempo avec une ballade sentimentale où les retrouvailles réveillent la douleur d’une ancienne liaison clandestine. Les harmonies de Zara Phillips se mêlent à la voix de Thompson, qui se lance dans un solo évoquant Mark Knopfler.

She Burns It All renoue avec cette veine sombre et hypnotique du folk anglais que Thompson a si souvent explorée. L’esprit de Led Zeppelin III est bien là. Nous ne sommes qu’à la moitié et c’est un sans-faute. Même Everybody’s Stealing, sautillante comme tout et proche de l’esprit des comédies musicales, qui aurait pu ne pas remporter notre adhésion, finit en apothéose à la Magical Mystery Tour. Mais le sommet du disque est peut-être The Soul In Me, dont la mandoline plaintive rappelle les plus belles interventions de Peter Buck avec R.E.M. Le texte est l’un des plus sombres, le narrateur y parle de son désarroi d’amoureux rejeté : « I’ll give up this way of living / Play the game of love no more / And I’ll find some lonely cottage / With a good lock on the door » (J’abandonnerai cette façon de vivre / Je ne jouerai plus au jeu de l’amour / Et je trouverai une petite maison isolée / Avec une bonne serrure à la porte).

Dans le dernier quart de l’album, le violon prend autant de place que la guitare sur The Big Smoke et Stringer, ce dernier étant à mes oreilles le morceau le plus blues de l’ensemble. Puis Siren referme le tout dans le dépouillement : Thompson reste seul avec sa guitare, loin des éclats électriques, pour chanter un narrateur qui cède à l’enchantement amoureux. Une dernière manière de rappeler que ce disque ne tient pas seulement à la virtuosité de son guitariste, mais aussi à la force de ses chansons.

Il ne reste maintenant à Thompson qu’à nous rendre visite avec son groupe au grand complet, et le bonheur sera total

Laurent Fegly

Richard Thompson – Hippies, Thugs and Heroes
Label : New West Records
Date de sortie : 16 octobre 2026

Hippies, Thugs and Heroes de Richard Thompson

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