[Live Report] The Lemon Twigs métamorphosés à la Cigale

Avec deux albums brillants sous le coude, The Lemon Twigs repassent par Paris : nous attendions un festival de mélodies merveilleuses et nous avons eu droit à de trop nombreux passages lourds et bruyants…

Sacrés D’Addario brothers : à peine sacrés héritiers crédibles des Beach Boys grâce à leur premier album, les voilà qui nous pondent un disque fait pour les planches de Broadway, comme si leur objectif était en fait de devenir les Sparks des prochaines décennies ! La punition ne s’est pas fait attendre : stagnation pour ce second album de l’Elysée Montmartre à la Cigale, les petits rigolos ! Ça leur fera les pieds, ça leur apprendra, à leur singe et eux, que la Musique, c’est une chose S.E.R.I.E.U.S.E. !

19h40 : Laure Briard, et son groupe, un quatuor hétérogène combinant sophistication (la guitare) et lourdeur (la batterie), un parti pris musical étonnant, discutable, de noyer les chansons – qui retiennent l’attention – dans une efficacité rock qui, souvent, ne leur convient pas. Laure paraît timide, ou en tout cas toute en retenue, et avoir une « grosse machine » comme ce groupe autour d’elle doit la rassurer. Quand sa musique va explorer les sonorités bossa nova, on dresse forcément l’oreille, mais la batterie, insupportable, a tôt fait de briser nos rêves. A la fin, deux morceaux plus « yéyé », ou plus rock peut-être, Révélation et Un peu plus d’amour s’il vous plaît, trouvent un meilleur équilibre. La Cigale applaudit mollement. Il y a du talent, là, quelque part, chez Laure Briard, mais la formule n’est pas encore au point. Une demi-heure frustrante mais qui donne envie que la demoiselle trouve son chemin.

20h55 : Pour qui, comme mois, n’a pas revu The Lemon Twigs depuis leur passage à l’Elysée Montmartre, il y a déjà deux ans, la métamorphose est saisissante : bien sûr, Brian et Michael sont à un jeune âge où deux ans de plus font physiquement une grosse différence, mais la nouvelle apparence de Michael, qui n’a plus son air d’adolescent fragile, est radicalement transformée. Oublié le look glam british 1972, Michael nous offre désormais une caricature du bad boy new-yorkais sexy des années 70, lunettes noires, blouson de cuir (et même casquette lorsqu’il pénètre sur scène), voix rauque… Les lèvres peintes en noir façon Lou Reed, il alterne les poses à la Mick Jagger – imitation convaincante -, et lorsqu’il se laisse aller dans des déhanchés outrés, il frôle même la provoc dandy de Johansen et Thunders chez les New York Dolls. C’est certes divertissant, et on peut espérer qu’il s’agisse là de second degré, parce que certains effets de mâchoire et de lèvres en deviennent presque effrayants !

Autre rupture très significative, exit les gentils copains Danny et Megan, les frères D’Addario ont recruté un vrai groupe, qui cogne particulièrement dur, et change radicalement le son des Lemon Twigs. Plus important encore, il y a désormais un batteur, ce qui dispense Michael et Brian d’officier derrière les fûts, et ramène le groupe à une structure beaucoup plus classique, avec les brothers se partageant le chant et le lead à la guitare. Brian est sans doute le seul point de stabilité, puisqu’il est resté le frère à la voix d’ange, et qu’il sera responsable à lui seul de 90% de la magie de la soirée. De la magie ou plutôt de ce qui en reste, car, pour reprendre les mots d’un jeune couple de fans un peu déçus à la sortie : « Michael s’est disqualifié depuis le début avec ses pitreries, mais Brian continue à nous mettre les larmes aux yeux avec sa voix… ». Je ne pense pas trouver une meilleure description de l’heure et vingt minutes passée ce soir à la Cigale avec les Lemon Twigs …

… Car oui, sur cinq ou six chansons, on a tous frémit de plaisir devant ces mélodies miraculeuses, qu’elles soient extraites du dernier album, plus baroque, ou du premier, plus classique. Ces effets de voix, cette fantaisie, cette exubérance même sont un pur bonheur, voire la marque d’un groupe véritablement hors du commun. Par contre, chacun de ces bijoux était immanquablement suivi d’une démonstration de rock millésimé années 70 plutôt bas du front, qui lamine les qualités des compositions si fines des D’Addario : alors oui, on tape du pied et on secoue les cheveux longs (quand on en a), on peut même se dire (pour les plus vieux d’entre nous), « ah oui, je me souviens, c’est bien comme ça que le Rock sonnait en 1973 ! », quand on écoutait Steppenwolf ou Status Quo, mais bon dieu, on n’attend pas ça des Lemon Twigs… Même si c’est clairement comme ça que Michael prend son pied. Et heureusement, il y a de temps en temps un beau solo de guitare véritablement inspiré de Brian qui élève le tout, sinon…

Bon, de ces montagnes russes pour le moins éprouvantes, et pour nos nerfs et pour notre sang-froid, on retiendra donc des perles comme I Wanna Prove to You, Baby Baby, ou surtout les magnifiques Home of a Heart (The Woods) et If You Give Enough, la magnifique conclusion, lors d’un rappel dépouillé : deux chansons où le talent des frères atteint – oui, j’ose le dire, et même l’écrire – la splendeur d’un McCartney au sommet de sa forme.

On sort donc de la Cigale désillusionnés d’avoir vu un groupe aussi brillant se fourvoyer ainsi dans la facilité d’un spectacle bruyant et peu subtil. Une erreur qu’on a envie d’imputer au goût pour la frime et la provocation de Michael… et qui fait qu’on souhaiterait presque aujourd’hui que Brian poursuive plutôt une carrière solo…

Texte et photos : Eric Debarnot

La setlist du concert de Laure Briard :
Dreams (Sorcellerie EP – 2017)
Kooky Sun (Un peu plus d’amour s’il vous plait – 2019)
Marin Solitaire (Un peu plus d’amour s’il vous plait – 2019)
Coração Louco
Sur la piste de danse (Sur la piste de danse – 2016)
Cravado
Changer d’avis (Un peu plus d’amour s’il vous plait – 2019)
Révélation (Sorcellerie EP – 2017)
Un peu plus d’amour s’il vous plait (Un peu plus d’amour s’il vous plait – 2019)

Les musiciens de The Lemon Twigs sur scène :
Brian D’Addario – vocals, guitar
Michael D’Addario – vocals, guitar
Daryl Johns – bass, vocals
Tommaso Taddonio – keyboards
Andres Valbuena – drums

La setlist du concert de The Lemon Twigs :
Intro (Go To School)
Never in My Arms, Always in My Heart (Go to School – 2018)
Foolin’ Around (Do Hollywood – 2016)
Small Victories (Go to School – 2018)
This is My Tree (Go to School – 2018)
I Wanna Prove to You (Do Hollywood – 2016)
The Lesson (Go to School – 2018)
Hi+Lo (Do Hollywood – 2016)
Light and Love (Brothers of Destruction EP – 2017)
These Words (Do Hollywood – 2016)
Tailor Made (single – 2018)
Baby, Baby (Do Hollywood – 2016)
The Queen of My School (Go to School – 2018)
Home of a Heart (The Woods) (Go to School – 2018)
The Fire (Go to School – 2018)
As Long as We’re Together (Do Hollywood – 2016)
Encore:
If You Give Enough (Go to School – 2018)

12 thoughts on “[Live Report] The Lemon Twigs métamorphosés à la Cigale

  1. Justement non !!! La musique n’est pas cette chose « sérieuse » dont vous parlez dumoins chez les génies dont Michael et Brian font partie…. Pour avoir parlé longuement avec Michael avant le show, il s’agit de total second degré qui n’amuse apparemment pas les gens « SERIEUX » mais qui rend la chose dingue en live. Et l’on parle beaucoup du style de Michael mais pas beaucoup de sa musique…. The Fire et Lonely (pas jouée aujourd’hui) sont des merveilles. Merci pour votre critique en tout cas, nous ne sommes pas du même avis et heureusement et juste pour rappel Baby Baby a été écrite entièrement par Mike donc pas si mauvais !!!!!!!
    Ferdinand, j’ai 12 ans

    1. Bonjour Ferdinand, et bravo pour ton analyse, ton approche de la musique, etc. Je suis heureux de rencontrer, même virtuellement, des gens de ton âge déjà passionnés par la (bonne) musique. Bon, ce que tu n’as pas saisi, mais c’est certainement de ma faute, parce que je ne me suis pas bien exprime, c’est que mon introduction était totalement ironique. Et que, bien sûr, comme toi, je crois que la Musique, et l’Art en particulier, ne doit pas se prendre au sérieux, au contraire. J’adore l’humour et le second degré dans la musique, même si c’est un « sport » peu pratiqué : de mémoire, et parmi les artistes que j’aime, je citerai The Divine Comedy, Art Brut, et bien sûr Sparks, comme exemples merveilleux de ce que l’humour est parfaitement compatible avec la musique de haute qualité. Et j’ajoute donc à cette liste les Lemon Twigs, auteurs de deux albums merveilleux. Mes réserves portent seulement sur la tendance de plus en plus exhibitionniste et outrée de Michael, qui honnêtement finit par m’énerver un peu sur scène, et non sur ses talents exceptionnels de compositeur. Bref, j’ai trouvé qu’il y a deux ans, à l’Elysée Montmartre, les Lemon Twigs étaient merveilleux, et que ce n’était plus le cas cette fois. Mais ce n’est que mon avis à moi. En tous ca, merci de nous avoir laissé ton commentaire et à très bientôt, j’espère !

  2. Pour y avoir été a l’Elysée Montmartre et les avoir suivis au Main Square, A Rock en Seine, a la maroquinerie en octobre…. Effectivement Michael se lache et justement c ça ce que moi et les fans avec qui j’ai parlés pendant 6 heures aimons, cette euphorie dingue en live.. ils ont ce truc en plus. Mais votre critique me fait penser que vous détruisez Michael (car en disant « chansons rocks bas du front, peu subtiles… » C’est l’univers de Michael et en rajoutant qu’il vous énerve ) Ce que j’adore chez ce groupe hors normes c’est en premier ce fait que l’on alterne chansons rocks a l’allure des Kinks et ballades avec effectivement des mélodies dingues digne en effet d’un McCartney a l’époque de RAM (ce n’est malheureusement plus ça) ; SECOND DEGRÉ !!! Je vous invite à regarder sur youtube la version live de Born Wrong a la maroquinerie lors du concert solo de Michael (Brian été malade) et a mon avis vous serez ébloui ;) ☺
    Bonne journée
    Ferdinand

    1. Bonjour Ferdinand, et merci pour ce feedback très pertinent. Je comprends tout-à-fait ce que vous me dites, et disons que j’y souscris en grande partie. J’ai seulement trouvé que cette partie « démonstrative » avait pris trop de place cette fois-ci, A MON GOUT ! Je ne prétends pas être l’arbitre du bon goût d’ailleurs, j’ai juste exprimé mon ressenti. J’avais été bluffé par le fantastique concert de l’Elysée Montmartre il y a deux ans, et disons un peu déçu cette fois par l’évolution scénique (et je n’ai pas été le seul, vu certains commentaires entendus autour de moi…). Je reste néanmoins convaincu de l’originalité et du talent immense des deux frères. J’espère que nous nous croiserons au prochain passage du groupe à Paris !

      Eric

  3. Le soucis de ce concert c’était le son !! Atrocement mal géré ! Je n’avais jamais entendu une telle horreur à la Cigale.
    Et puis surtout, surtout la setlist complètement à côté de la plaque !! Avec des versions extended de leur pires morceaux, je n’ai pas compris le trip !!! (alors qu’ils ont de magnifiques compositions, faire 30mn sur This is my tree , hi+Lo et Taylor made ?!!! Mais pourquoi ??????)
    Quant à Mickael, le show c’est bien, ça emporte la foule lol , mais pas au détriment du reste ! Il faut « chanter » un minimum. Il avait parfaitement réussi le dosage seul à la Maroquinerie (il y a un audio qqupart sur youtube) mais là non il a juste beuglé faux . Brian RAS c’est le boss il maitrise tout à la perfection !! (bon par contre l’ingé son avait visiblement décidé que le public n’entendrait pas le moindre son sortir de son ampli guitare :( Grosso modo ils ont qd même speddé tout le long ont avait un peu l’impression qu’ils voulaient en finir rapidement, limite se débarrasser. Je passe les moqueries de Brian sur le public français qui ne comprend pas l’anglais (Je me laisse pousser les cheveux pour la paix! Faites moi le meilleur cri de cochon !? WTF ?)
    Bref grosse déception pour ce live. Je pense et j’espere que c’est juste un accident de parcours, pour moi ce groupe reste quand même la chose musicale la plus excitante qui nous soit arrivé depuis bien longtemps.

    1. Merci Yep pour ton feedback. C’est intéressant, tu as eu une impression plus proche de la mienne, mais plus négative encore. J’étais placé sur la balustrade à gauche, donc le fait de ne pas entendre assez la guitare de Brian – qui était à droite – m’a frustré, mais pas surpris… Oui, je crois qu’il ne s’agit que d’un accident de parcours, c’est aussi ça la beauté du live, des fois ça passe, des fois ça casse ! Et oui, il faut continuer à suivre ce groupe vraiment original (il y a pas mal de gens que je connais qui ont décroché avec le second album, n’ont pas adhéré à sa fantaisie ! Bon, moi je suis fan de Sparks, aussi ça me correspondait bien, ce délire façon Broadway !). Keep on rocking !

  4. En reponse a Yep. Brian ne s’est pas moqué. C’est John Lennon qui a dit “grow your hair for peace “. Montreal bed in. 1969. Je painse que Brian faiset confiance a la culture musical du public.

  5. Bonjour. J’appreciarais que quelqu’un traduise ce que Michael disait avant chanter hi + lo car il parlait beaucoup et tres vite. Je suis curieux. Merci.

    1. Désolé, Carmela, je ne me souviens plus… Espérons qu’un visiteur saura te répondre !

  6. Je pense que le groupe n’a jamais été aussi bon, en studio (Go to school est le meilleur album), comme sur scène. Si vous parlez des excentricités de Michael, il y a une période entre ces deux ans où il avait atteins une situation un peu risible, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Brian est incroyable rien à dire, mais Michael est loin d’être mauvais (il n’y a cas regarder ses compositions, The Fire = brillant). Sa performance n’a rien d’excessive et contrebalance celle de Brian, comme depuis le début. Le changement de dispositif est certes plus classique mais permets d’aller plus loin musicalement. La setlist n’a rien d’à côté de la plaque, quelques morceaux sont moins originaux mais ont tout à fait lieu d’être dans un concert de rock.

    1. Comme je le disais avant, les avis ont été divers et variés par rapport à ce concert, mais c’est super de lire autant d’enthousiasme quant à l’évolution des Lemon Twigs !

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