[Live Report] The Cure le vendredi 23 août à Rock en Seine : Friday I’m in Love !

Après un set très décevant de Balthazar, puis les très bons shows de Jeanne Added, MNNQNS et Eels, Robert Smith a prouvé qu’il comptait encore et toujours dans le cœur des fans venus en masse l’applaudir à Rock en Seine… le tout baignant dans une allégresse paradoxale et inédite.

THE CURE – SAINT CLOUD – Domaine National – Grande Scène – 2019-08-23

Ce vendredi de Rock en Seine est attendu comme le messie par les dizaines de milliers de fans français de Robert Smith, puisque Rock en Seine redore son blason bien terni par la programmation de 2018. « Seul concert en France de The Cure » : ça a de l’allure, quand même ! Résultat : dès 15 heures, les places du premier rang à la Grande Scène sont chères… surtout à gauche, en face de la future position de ce cher Robert. Placés sur la droite, nous prenons notre mal en patience dans la chaleur de ce retour impromptu de l’été, et tentons de prendre plaisir aux coups de soleil qui s’annoncent.

17h05 : Balthazar n’est vraiment pas un groupe de scène…

Après leur concert en demi-teinte au Casino de Paris en mars dernier, leur molle prestation sur la Grande Scène en ouverture du premier jour de Rock en Seine 2019 n’est pas fait pour nous rassurer. Une intro catastrophique avec un Blood Like Wine ahurissant de platitude, avant de rentrer dans le vif du sujet – l’album “Fever”, qui est une véritable merveille – et de ne rien réussir à en faire d’intéressant. Bon, le soleil tape fort, il fait très chaud, et l’ambiance n’est évidemment que peu appropriée à cette musique sensuelle, nocturne… mais cela ne saurait constituer une excuse pour mettre aussi peu d’âme et de générosité dans son live. Les musiciens s’énervent un peu devant l’apathie du public, mais honnêtement, à qui s’en prendre ? Avoir recours aux gimmicks habituels – on tape dans les mains, on descend dans la foule, on lance un intermède percussions… – ne change rien à l’affaire : Grapefruit, formidable chanson, n’est que l’ombre d’elle-même, Changes ne réussit pas à allumer la mèche, il faut attendre l’évidence de Fever pour qu’il se passe enfin un peu quelque chose, un peu d’électricité, de tension, qui malheureusement se dilue au fur et à mesure que le morceau s’étire. On finit par Entertainment, un vrai rock rappelant Manchester et la musique « baggy », et on espère d’un coup qu’au moins ce dernier morceau nous laisse sur une bonne impression. Mais rien à faire : le groupe salue, remercie. Il ne s’est absolument rien passé pendant les dernières 55 minutes.

Pour se réveiller après le set un peu trop sage de Balthazar, il fallait vite filer jusqu’à la scène Cascade pour applaudir les invités de dernière minute : MNNQNS. Et on n’a pas été déçu !

Le concert de King Princess annulé, C’est les Rouennais de MNNQNS (prononcer Mannequins) qui profitent de l’aubaine pour faire découvrir au public de Rock en Seine toute leur fougue et leur énergie rock, en attendant un premier album (Body Negative) prévu début septembre.

Et on peut dire que ce groupe nous a vraiment donné envie d’aller jeter une oreille plus que curieuse à cet album qui va sortir chez les anglais de FacCat. Durant un heure, nos quatre garçons ont envoyé du bon gros son avec des morceaux Punk Rock Garage dégageant une énergie et une puissance remarquables… le chanteur s’est même permis le luxe de chanter sur un titre tout en se faisant porter à bouts de bas par des premiers rangs en totale communion.

On a senti un groupe déjà bien aguerri aux grandes scènes et qui après avoir emballé le festival Beauregard a conquis un public parisien séduit par cette fougue juvénile et les guitares joyeusement suturées de ces déjà fameux MNNQNS.

19h45 : Après le pétard mouillé de Balthazar, il ne faut que quelques minutes à notre grande (et toute petite) Jeanne Added nationale pour nous redonner le goût de la musique.

Comme elle l’avait promis, Jeanne a amené avec elle un groupe choral, Accentus, qui ajoute encore de l’ampleur et de la profondeur aux chansons déjà très lyriques de notre Rémoise préférée. L’introduction de son set de 1h05 est très impressionnante, et avec Remake, sur lequelle elle enchaîne un Radiate bouleversant, un déluge d’émotion déferle sur le public. C’est beau, c’est grand, ça fait du bien. Mutate est le tube qu’il faut ensuite pour nous ramener sur terre. Les morceaux dance sont combattifs – finalement Jeanne bouge plus comme une boxeuse qu’une danseuse, et c’est très bien comme ça… Un Back du Summer décharné et réinventé, un bel intermède (Look at Them) a capella avec Accentus, une version impressionnante de A War is Coming, qu’on aimerait voir durer plus longtemps, une mise en musique d’un poème de John Donne (Song 1-2), etc. etc. Imaginative, variée, oscillant entre splendeur émotionnelle et beats agressifs, revisitée avec intelligence, la musique de Jeanne Added n’a jamais paru meilleure que ce soir. Le public est conquis, le contrat est rempli : nous avons une grande chanteuse en France.

A 19h45 également, sur la scène Cascade, Eels entre en scène pour un set qui va s’avérer absolument délicieux…

Ceux qui pensaient voir Mark Oliver Everett dans le rôle du gentil dépressif assis avec sa guitare, assurant un concert en toute intimité avaient tout faux puisque que Eels a assuré ce vendredi soir un set d’excellente facture, avec pas mal de titres de leur dernier album, agrémentés de quelques reprises de choix (Prince, The Who). Avec un son bien graisseux, très Rock US, le groupe a joué dans un registre Blues Boogie Rock tout de suite très entraînant et qui, durant plus d’une heure, a fait le bonheur d’un public qui n’en n’attendait pas tant, mais qui était en tout cas ravi et bien décidé à accompagner le leader plus que jamais charismatique de Eels dans ses bons petits délires et ses blagues très communicatives. Le concert, sans le moindre coup de mou, s’est quasiment terminé avec un Novocaine for the soul « version 2019 » toujours aussi réjouissant. Sans doute la plus belle surprise de ce vendredi soir, excepté le concert de The Cure qui était hors concours.

21h00 : les clochettes de Plainsong annoncent l’arrivée de The Cure, apportant enfin la délivrance à la frustration perceptible dans la foule massée devant la grande scène.

Il est évidemment rare que Rock en Seine soit le théâtre d’une telle vénération populaire – le concours de t-shirts vintage de The Cure en témoigne -, et le niveau d’attente du public est stratosphérique. Celui de Robert également, allons-nous découvrir : tandis que le groupe a déjà attaqué le morceau, Robert prend son temps, nous observe depuis l’obscurité, arborant un grand sourire mais les yeux remplis d’inquiétude… Qu’attend-il ? Qu’espère-t-il de ce public français qui l’a toujours vénéré ? Plainsong donne le ton : mélancolie, angoisse, vertige existentiel, le Cure éternel. La voix de Robert, d’abord incertaine, se positionne comme toujours au point exact de convergence entre douleur et innocence. Love Song, bouleversant, presque sublime, confirme que le groupe de 2019 n’est pas un cover band de luxe qui joue les grands succès d’un Cure qui n’existerait plus : Intensité, intégrité, intransigeance, tout y est ce soir !

L’incroyable version de Burn qui suit confirme l’excellence de la formation autour de Robert : l’éternel ami bondissant Simon Gallup à la basse (qui peut faire le show à lui tout seul avec son improbable coupe de douilles et son jean en pièces), Reeves Gabrels dont la guitare volcanique s’est intégrée idéalement dans le son de The Cure, Jason Cooper qui m’a paru ce soir préférer swinguer plutôt que marteler ses fûts (…à moins qu’il ne se soit agi là de l’un des effets positifs d’un son particulièrement clair et équilibré !), ce qui fait régulièrement la différence par rapport à des formations antérieures, et Roger O’Donnell (qui faisait déjà partie du groupe en 1987, rappelons-le, et est revenu il y a déjà presque une décennie…) qui s’amuse comme un petit fou derrière ses claviers. Surtout, surtout, on réalise que ces gens-là, alors qu’ils jouent l’une des musiques les plus tristes qui soient, ont un vrai plaisir à jouer ensemble, et ça, ça change tout.

Robert enchaîne une version très dure de Fascination Street, mais, paradoxalement, semble enfin (après une petite heure de set, mais on a envie de dire après quarante ans de carrière…) se lâcher, plaisanter, rire même ! On n’en croit pas nos yeux ! Never Enough, avec la participation active du public aux chœurs est sans doute LE moment où l’euphorie prend la main sur la soirée, et la transforme en une magnifique oasis de bonheur partagé. Ce soir, le public, souvent venu de loin et qui n’a rien à voir avec celui habituel de ce festival souvent un peu trop élégant et distant, est parfait, portant attention à chacun des morceaux, chantant quasiment toutes les chansons. Le groupe est, on l’a déjà dit, parfait, s’appropriant les morceaux et les portant parfois dans des directions inattendues (The Forest, un peu plus tard, semblera presque tout neuf !). La mise en scène lumineuse et les projections en fond de scène sont régulièrement étourdissantes de splendeur, et les conditions pratiques du set parfaites aussi, avec une douce température nocturne créant une bienheureuse atmosphère de vacances. Que demander de plus ? Un Robert Smith “in love with us” ? Eh bien, nous allons l’avoir aussi…

From the Edge of the Deep Green Sea est un autre passage incroyablement intense d’une setlist qui tourne beaucoup autour de l’album “Disintegration” (sept morceaux en seront joués), mais n’ignorera pas des titres moins connus du plantureux répertoire du groupe. Play for Today marque le retour en force du public, qui impose ses chœurs sur un morceau qui constituera l’un des plus grands crowd-pleasers de la setlist de ce soir ! La dernière ligne droite mise de nouveau sur les ambiances extrêmes, durcies par un groupe qui ne fait pas de concessions, culminant sur une très belle version du formidable Shake Dog Shake, avant la lente redescente vers les enfers de la dépression de Disintegration.

Les enfers de la dépression ? Pas sur scène en tout cas, Robert Smith étant de plus en plus hilare et expansif, s’épanchant au micro sur son français qui n’est plus de ce qu’il était, et faisant des blaques : « si vous ne comprenez pas ce que je viens de dire, qui était du français, c’est que vous n’êtes pas Français ! ». Tu parles, Charles !

Retour ensuite pour un rappel de 30 minutes entièrement consacré à des tubes pop, offerts dans des versions à la fois rock et fantaisistes, et se terminant sur le rituel Boys Don’t Cry. Honnêtement, rien de mémorable musicalement dans cette toute dernière partie d’un set de deux heures vingt au total, donc un peu court par rapport aux standards du groupe, mais l’intérêt de cette dernière partie était ailleurs : dans l’attitude de Robert Smith, qui est venu à plusieurs reprises quasiment au contact de son public, sur l’avancée de la scène et sur les estrades latérales. L’avoir – pour la première fois après tant de shows au fil des années où il semblait surtout retranché dans sa douleur et sa tristesse – comme ça à quelques mètres devant nous, grimaçant des sourires timides en regardant enfin en face l’amour que son public lui offre, a été une expérience incroyable…

Et, si l’on nous permet une pointe d’irrespect, légèrement traumatisante : car ce gros nounours, aux yeux embués par l’émotion, avait aussi conservé – heureusement – quelque chose d’effrayant, comme l’un de ces monstres trop humains sortis de l’imaginaire de Tim Burton.

Conclusion de la bouche de Robert Smith lui-même après s’être frotté ainsi à son public : « C’était un cauchemar, mais je suis incroyablement heureux ! ».

Voilà, c’était VENDREDI, et nous étions à nouveau AMOUREUX.

rock en seine 2019
Olivier Hoffschir

Texte : Eric Debarnot et Benoit Richard
Photos : Robert Gil

La setlist du concert de Balthazar :
Blood Like Wine (Applause – 2010)
Wrong Faces (Fever – 2019)
Wrong Vibration (Fever – 2019)
Bunker (Thin Walls – 2015)
Grapefruit (Fever – 2019)
I’m Never Gonna Let You Down Again (Fever – 2019)
Changes (Fever – 2019)
Fever (Fever – 2019)
Entertainment (Thin Walls – 2015)

La setlist du concert de Jeanne Added :
Intro (Chœur Accentus seul)
Remake (Radiate – 2018)
Radiate (Radiate – 2018)
It (Be Sensational – 2015)
Both Sides (Radiate – 2018)
Mutate (Radiate – 2018)
Back to Summer (Be Sensational – 2015)
Look at Them (a cappella, avec le Chœur Accentus) (Be Sensational – 2015)
A War Is Coming (Be Sensational – 2015)
Lydia (Be Sensational – 2015)
Song 1-2 (Radiate – 2018)
Before the Sun (Radiate – 2018)
Suddenly (Be Sensational – 2015)

Les musiciens de The Cure sur scène :
Robert Smith – lead vocals, guitar
Simon Gallup – bass guitar
Roger O’Donnell – keyboards
Jason Cooper – drums
Reeves Gabrels – guitar
 

La setlist du concert de The Cure :
Plainsong (Disintegration – 1989)
Pictures of You (Disintegration – 1989)
High (Wish – 1992)
A Night Like This (The Head on the Door – 1985)
Just One Kiss (Japanese Whispers – 1983)
Lovesong (Disintegration – 1989)
Last Dance (Disintegration – 1989)
Burn (Join the Dots – 2004)
Fascination Street (Disintegration – 1989)
Never Enough (Mixed Up – 1990)
Push (The Head on the Door – 1985)
In Between Days (The Head on the Door – 1985)
Just Like Heaven (Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me – 1987)
From the Edge of the Deep Green Sea (Wish – 1992)
Play for Today (Seventeen Seconds – 1980)
A Forest (Seventeen Seconds – 1980)
Primary (Faith – 1981)
Shake Dog Shake (The Top – 1984)
39 (Bloodflowers – 2000)
Disintegration (Disintegration – 1989)
Encore :
Lullaby (Disintegration – 1989)
The Caterpillar (The Top – 1984)
The Walk (Japanese Whispers – 1983)
Friday I’m in Love (Wish – 1992)
Close to Me (The Head on the Door – 1985)
Why Can’t I Be You? (Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me – 1987)
Boys Don’t Cry (Boys Don’t Cry – 1980)

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arnaud
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arnaud

J’aime l’honnêteté de l’article sur The Cure, c’est assez proche de ce que j’ai ressenti. 2 choses, si on veut être précis : L’album Disintegration ne s’écrit pas Desintegration (voir votre setlist) – Enfin, Burn n’est pas issu de Join the Dots (qui est une compilation de morceaux rares et face b) mais de la bande originale du film The Crow, en 1995.