“Tunng presents… DEAD CLUB” : échanges autour d’un tabou : la mort

Autour de thèmes funèbres, le sextet britannique Tunng signe avec Tunng presents… DEAD CLUB  un album rempli de textes cyniques, presque dérangeants, pour ce qui pourrait bien rester la meilleure sortie folktronica de 2020.

Tunng
Photo : Lilias Buchanan

Le rock a cette fâcheuse tendance à se décliner en une infinité de branches, de sous-genres, parfois à l’existence quasi insoupçonnée : la folktronica en fait partie. Derrière ce nom biscornu se cache tout simplement un mélange de musique folk et électronique (logique, non ?), soit une association triviale d’instruments acoustiques et de sons générés par ordinateur.

https://tidal.com/browse/album/160620499Bien que Tunng s’inscrive parfaitement dans cette définition et ce, depuis 2003, il serait léger – voire insultant – de résumer Dead Club à un simple mélange de guitare folk et de beat loops. Si, effectivement, il y a une omniprésence de synthétiseurs, de claviers, d’accords enchaînés et de lignes de basses (pour nous rappeler que Tunng puise ses racines intrinsèques dans la musique shoegaze) le tout merveilleusement coordonné, il serait insolent de ne pas souligner le chant brillant – presque lyrique – et subtilement accompagné de chœurs sur Woman ou sur Eating the Dead, un chant qui ferait presque sourire de bonheur un Nick Cave post 2017 ou un Leonard Cohen depuis… l’au-delà.

« Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris ». Le concept de l’album gravite autour d’un thème tabou, celui de notre mort inévitable et des rites funéraires inhérents. Les prémices de l’enregistrement furent initialement des échanges autour de la mort avec différents spécialistes et philosophes sur le sujet, dont les discussions ont été enregistrées et diffusées en podcast – et dont certains passages ont été insérés en outro de certains titres ou ont carrément été intégrés et utilisés en tant que paroles. Moins expert sur la thématique, Abraybone (Ibrahim Ag Al-Habib), membre fondateur du groupe de blues touareg Tinariwen, a été convié au débat et un extrait de ses réflexions a directement été inclus à la fin du morceau A Million Colours, et ce dans la langue de Molière.

Particularité rare, tout un chacun – du fan aguerri de folktronica à l’amateur curieux de rock pop indie – devrait pouvoir se reconnaître dans l’écriture cynique, presque dérangeante, de textes qui semoncent avec désinvolture le côté éphémère de la vie et notre destin fatidique.  Death is the New Sex, pièce maîtresse de cet album, en est l’illustre exemple ; « Death is the new sex, coming soon to f*#% us all […] »

Nayl BADREDDINE

Tunng presents… DEAD CLUB
Label : Full Time Hobby
Date de sortie : 6 novembre 2020