“Un général, des généraux” : entre “Les Tontons flingueurs” et “La Bataille d’Alger”

« La guerre, c’est une chose trop sérieuse pour la confier à des militaires », affirmait Georges Clémenceau. La formule peut surprendre, mais la lecture de cet album, qui revient sur le coup d’état du 13 mai 1958, devrait suffire à convaincre les réticents.

Un général, des généraux - François Boucq & Nicolas Juncker
© 2022 Le Lombard

Nicolas Juncker raconte la semaine cruciale qui vit le naufrage de la IVe République et l’appel au général de Gaulle. Nous sommes en mai 1958, la France est tétanisée. Les gouvernements ne cessent de se fracasser sur ce que des politiques menteurs présentent comme de simples « opérations de maintien de l’ordre en Algérie ». Humiliée par son échec en Indochine, l’armée s’impatiente et menace de marcher sur Paris. Cette sale habitude remonte aux Bonaparte, elle s’est poursuivie avec Boulanger et Pétain.

Un général, des généraux - François Boucq & Nicolas JunckerDans l’ombre, les anciens réseaux de la France libre se réactivent et tentent d’imposer le recours à De Gaulle. Sur ces évènements confus et tout en respectant la chronologie des faits, Juncker brosse une histoire hilarante. Atermoiements, quiproquos et rebondissements s’enchaînent sur un rythme démoniaque. Bien qu’ayant survécus à deux Guerres mondiales et à l’Indochine, généraux et cadres dirigeants de l’État sont pétrifiés devant l’importance des enjeux. Habilement, afin de rester dans la comédie, il prend soin de n’évoquer qu’incidemment le cœur de la tragédie algérienne, avec son cortège de tortures, d’exécutions sommaires et d’assassinats.

Le dessin de François Boucq est immédiatement identifiable. Il excelle dans la caricature semi-réaliste. Digne héritier du grand Daumier, il brosse une galerie de généraux et de ministres absolument extraordinaire. Je ne me lasse pas de ce petit Salan dépassé par les enjeux, de ce grand Massu benêt ou de ce Pfimlin pusillanime. Seul à échapper à ce réjouissant jeu de massacre, De Gaulle en sort grandit. Alors qu’il était, non seulement parfaitement au courant de l’existence de ce qu’il faut bien appeler un complot, mais qu’il le dirigeait avec habilité, nous l’observons dans sa gentilhommière attendre paisiblement qu’on vienne le chercher. Dans la réalité, espions et émissaires se succédaient à sa porte.

Madré, le Général se garde bien de dévoiler ses intentions, il roulera les fameux généraux dans la farine, mais ceci est déjà une autre histoire.

Stéphane de Boysson

Un général, des généraux
Dessin : François Boucq
Scénario : Nicolas Juncker
Éditeur : Le Lombard
144 pages, 22,50 €
Sortie : 4 février 2022

Un général, des généraux — Bande annonce :