Anna von Hausswolff – Iconoclasts : Un album lesté de griffonnages presque enfantins

Avec Iconoclasts, Anna von Hausswolff prend ses distances avec les orgues liturgiques et les atmosphères gothiques qui ont fait sa singularité. Un album de rupture, expérimental et déroutant, où la Suédoise explore de nouveaux territoires sonores.

Anna von Hausswolff 2025
© Philip Svensson

La dernière mouture musicale d’Anna von Hausswolff a de quoi décontenancer toute une chapelle de fans aguerris à la musique liturgique de la compositrice suédoise. Quelques indices avaient déjà aiguillé l’auditeur vers de nouvelles contrées, notamment The Whole Woman avec Iggy Pop. À l’image d’une pochette disgracieuse, Iconoclasts résume parfaitement la volonté de son autrice : prendre de la hauteur et une certaine distance avec le passé.

IconoclastsFruit d’une longue gestation et de multiples interrogations, cet album dévoile une Anna qui a cherché à en tirer autre chose qu’une simple mélasse de mièvreries musicales. L’adjonction du saxophone d’Otis Sandsjö en constitue la pièce maîtresse, une manière de réinventer de fond en comble l’univers dans lequel s’était engouffrée l’artiste. Pour se familiariser avec une œuvre, il est d’autant plus opportun de se livrer à une écoute globale afin d’en absorber pleinement le contenu. Son style vocal contamine ses partenaires, presque en roue libre, dès l’instrumental The Beast, où elle affronte ses monstres intérieurs. Dans Facing the Atlas, elle devient la narratrice omnisciente d’un récit délicat et subtilement écrit.

Pour certains fans, il s’agit d’un terrible aveu de faiblesse : celui de succomber aux charmes d’une musique plus accessible. D’une certaine manière, et pour l’agrément de son auditoire, Iconoclasts se contorsionne dans un répertoire résolument pop. C’est un problème de style, ou plutôt d’absence de style.

Conjuguer à ce point l’intime et la dimension lyrique peut déranger. Ce disque-laboratoire, qui à défaut de faire de l’art pur, a au moins choisi d’ignorer les codes, voire d’enfreindre quelques règles. Anna n’avait jusqu’alors que faire de la notoriété, hormis peut-être les supplications « I’m sorry » qu’elle psalmodie sur Stardust (titre qu’elle joue sur scène depuis trois ans), comme une monnaie d’échange avec l’interdit. De noirceur, il est finalement peu question, même si Struggle with the Beast s’apparente à la confession d’une âme proche de la folie : elle y déforme sa voix, illustre une lutte intérieure, et monte dans des aigus que le saxophone pourrait lui-même exprimer. La voix d’Anna expulse les scories accumulées.

An Ocean of Time est le titre le plus onirique, bâti sur des orgues et des drones dont la beauté, autrefois métaphysique, prend ici une emphase plus céleste. Signé avec l’artiste ambient Abul Mogard, l’album prend une tout autre tournure avec Unconditional Love, où figure comme invitée Maria von Hausswolff, véritable magnum opus du disque. Rarement les textes auront été aussi intimistes : l’emprise du temps, le sentiment d’appartenance. Les cordes y apportent une beauté sublime jusque-là imperceptible. Avec ses chœurs et ses harmonies, cette confession trouve son accomplissement dans le final Rising Legends, un contrepoint qui invite à la réflexion.

Finalement, Iconoclasts ne se résume pas à la volonté de s’affranchir du passé : il s’agit ici d’une tout autre signification.

Franck Irle

Anna von Hausswolff – Iconoclasts
Label : Year0001
Date de Sortie : 31 Octobre 2025

 

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