D’une sombre densité, le premier album Tåg & Nåcht des autrichiens Brånd offre un large éventail de sonorités rugueuses allant du post punk des années 80 au space rock des années 70, en passant par le black metal des années 90.

Entre le black metal et le post punk gothique, la frontière fond comme neige aux Tropiques.
Brånd nous vient de Linz et développe de fortes appétences pour les sonorités brutes. Actif depuis 2015, le groupe a partagé des split EP avec des formations adeptes d’ambiances macabres comme Rosa Nebel, Häxenzijrkell, Calvary et Absolute Key.

Présenté comme le projet personnel du dénommé J. “Vritra” Meindlhumer, déjà repéré au sein des groupes Kringa et Weathered Crest, Brånd est désormais une formation dont les musiciens restent plus ou moins anonymes. Selon lui, si le punk a perdu sa soif de chaos, le black metal a comblé ce vide, mais il concède que les deux genres ont conservé une approche nihiliste ou hédoniste. Les textes embrassent et libèrent une forme de négativité qui encourage la réflexion, voire une catharsis face à des traumatismes non résolus.
Toujours est-il que, musicalement, Brånd entremêle désespoir, spiritualité, nostalgie, haine et aussi amour, sur une musique expressionniste lugubre et percutante. Comme jadis The Virgin Prunes, Killing Joke, Mayhem ou Death In June pouvaient en être les maîtres de cérémonie.
Aux premières notes de Kloare Luft, la basse et des guitares explorent avec effroi les souches bactériennes du punk, les chants incantatoires tranchent dans le vif. Quelques arrangements surprenants comme une trompette ou une flûte païenne viennent enrichir le propos. C’est malsain et beau à la fois. Plus post punk, Ois Bliath! tabasse rythmiquement. Les chœurs virils tendance oï donnent le ton, les guitares en rage mènent le pogo.
Un orgue crépusculaire perce les brumes agitées de Linz, réveillées par des guitares mélodiques et un chant guttural, Dessöwe Oide Leid répand un gaz atmosphérique et pernicieux. Alraun rehausse le ton morbide si apprécié par Brånd avec un déluge post hardcore, les chœurs malsains enchaînent des passages plus calmes aux guitares presque indie, partagés sur Da Däüfö Schlaft aux contours plus black metal.
Da Erste Stern ose des arrangements plus gothiques, alors qu’ une pause bienvenue new age et folk pagan indique la route vers des ténèbres sans détours et projette Interludium vers un krautrock planant. Tag & Nacht donne son nom à l’album avec un retour à la case punk mélangée aux guitares lo-fi, le chant en autrichien accentue le coté martial. Födweg clôture le disque avec un dérapage cosmique passé à la moulinette de la saturation, un cuivre erratique et des riffs de guitares rompent le pacte gothique.
Les neuf titres de Tåg & Nåcht résument parfaitement la capacité de Brånd à explorer toutes les failles sépulcrales tout en gardant une cohérence remarquable.
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Mathieu Marmillot
Brånd – Tåg & Nåcht
Labels : Avant! Records / Tour de Garde
Date de parution : 29 mai 2026
