Dans le décor fantomatique du Théâtre désaffecté de Mirecourt, Sébastien Tellier a livré un concert à huis clos étrange et grande beauté, porté par une mise en scène et une réalisation de haute volée.

Il y avait quelque chose d’un peu irréel dans ce concert de Sébastien Tellier, capté en février au Théâtre municipal de Mirecourt dans les Vosges. Pas de public, ou presque. Un huis clos imposé, mais qui a donné lieu à un spectacle étonnant, comme si la musique venait réveiller les fantômes d’un théâtre resté figé depuis les années 50 dans la capitale de la lutherie.
Un théâtre à l’italienne, chargé d’histoire, offrant un écrin saisissant. Et, au milieu de ce décor hors du temps, Sébastien Tellier et ses trois musiciens — se partageant batterie, basse, guitare, claviers — venus jouer un concert à huis clos, mis en scène, pensé pour la caméra dans le cadre des captations d’Arte.
Caméras au plus près, presque invisibles, glissant entre les musiciens ou survolant les balcons, explorant les recoins du théâtre comme si on y était. On pense alors à ces lieux abandonnés qui attirent les amateurs d’urbex.
Des rampes d’ampoules sont disposées un peu partout sur la scène, des bougies sont disséminées dans la salle, le tout pour éclairer un Sébastien Tellier chapeau noir, lunettes noires, barbe noire, silhouette étrange, très cinématographique, quelque part entre le gourou et le cow-boy.
La setlist pioche largement dans Kiss the Beast, son dernier album, mais aussi dans Sexuality, avec notamment L’Amour et la Violence et Sexual Sportswear. En guise d’ouverture, La Ritournelle, comme une évidence, donnant lieu à moment suspendu, presque religieux.
Mieux qu’un concert filmé, cette captation, signée Sébastien Lefebvre pour la série Passengers d’Arte, est une expérience, presque un objet filmique en soi, soigné, habité, où chaque détail (décor, lumière, cadrage…) participe à créer une ambiance unique.
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Benoit RICHARD
