Avec The Furious, Kenji Tanigaki offre le feu d’artifice martial attendu, hélas non sans quelques longueurs et clichés scénaristiques.

The Furious relève d’une catégorie de films bien connue des fanatiques de l’âge d’or du cinéma de Hong Kong : le polar d’action martial réalisé par un chorégraphe d’arts martiaux. Plus précisément Kenji Tanigaki, chorégraphe nippon ayant beaucoup travaillé à Hong Kong (City of Darkness entre autres). The Furious arrive dans l’hexagone précédé d’une réputation de plus grand actioner martial depuis The Raid, réputation qui a commencé à se construire lors de sa présentation au Festival de Toronto en 2025. Du film de Gareth Evans, Tanigaki reprend d’ailleurs Joe Taslim et Yayan Ruhian.

Après l’enlèvement de sa fille par un réseau criminel et face à l’inaction de la police, Wang Wei (Xie Miao) se lance dans une traque implacable pour la retrouver. Son seul allié, Navin (Joe Taslim), est un journaliste tenace dont la femme a mystérieusement disparu. Unis par un même désir de vengeance, ces deux hommes que tout oppose affrontent les ravisseurs dans un face-à-face explosif mêlant arts martiaux et justice sans merci.
Si l’on se limite à ses scènes d’action, The Furious donne envie de penser que la nostalgie (des grandes années HK) a parfois tort. Le film introduit vite son Boss très difficile à battre sans même attendre le climax final. Une voiture y est poursuivie à pied en mode médaillé olympique du 100 mètres. Deux bastons orchestrées en montage alterné finissent par se rejoindre. Les combats ne lésinent pas sur le gore.
Tanigaki chorégraphe revisite quelques moments marquants de l’action asiatique. La quête de la fille enlevée débute marteau Oldboy en main. Un marteau qui servira dans une bagarre à un contre beaucoup dans un octogone, avant que ne soit rejouée plus tard la scène du couloir du film coréen. D’autres séquences d’action font des appels de pied aux bastons de l’usine de Big Boss (lui aussi situé en Thaïlande), au passage motard de Ong Bak et au final hospitalier d’À Toute Épreuve.
Pour ne rien gâcher, la photographie évoque le travail de Cheng Siu-keung pour Johnnie To, certains plans nocturnes tournés à Bangkok donnant l’impression de provenir de PTU. Le travail (stylisé) sur cadre dispose des forces des films de chorégraphes martiaux hongkongais des années 1980 : des cadrages souvent soucieux de rendre lisibles aussi bien les coups portés que le mouvement d’ensemble des corps pendant les combats, là où à l’inverse un City of Darkness est plus préoccupé par les premiers. Aucune sensation de confusion n’est du coup à déplorer lorsque plusieurs combats ont lieu en même temps dans le cadre.
Le reste du film donne en revanche envie d’être nostalgique des Séries B martiales HK d’antan. Le scénario est basé sur des poncifs mille fois trop vus. On est en Thaïlande donc les Bad Guys sont forcément des trafiquants d’enfants et la police trop pourrie de l’intérieur pour s’occuper de l’enlèvement d’une gamine.
Les polars martiaux HK eighties n’étaient pas non plus dénués de clichés… à une différence près : ces derniers étaient vite expédiés pour aller tout de suite dans le feu de l’action. Dans The Furious, chaque passage hors action donne envie de regarder la montre et d’espérer que la baston revienne le plus vite possible. Beaucoup de répliques relèvent enfin du poncif de mauvais téléfilm des années 1980.
Malgré ses défauts, The Furious offre le temps d’une séance la dose attendue de spectacle martial. Il rassure surtout en montrant que le cinéma hongkongais refuse de voir son savoir faire en la matière rélégué au Musée.
PS: Vu que son nom a déjà été évoqué par ici, signalons la présence de Flying Lotus parmi les compositeurs de la (bonne) BO.
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Ordell Robbie
