« Cette folle envie de tuer », Camilla Barnes : les racines du mal

Camilla Barnes signe un premier roman étrange, un peu pervers et assez drôle, dans le genre de perversion et de drôlerie que les Anglais nous envoient régulièrement. Une histoire de famille tendue, où les coups se donnent à fleurets mouchetés. Mais, à force, même mouchetés, les fleurets finissent par piquer !

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© Véronique Taupin

Barnes ? Barnes, oui évidemment. Mais non, pas du tout. Il s’agit de Camilla, Camilla Barnes, qui arrive avec un premier roman séduisant, un roman à la fois dangereux, un brin pervers, mais qui décrit une réalité parfaitement crédible, un roman qui pique sans avoir l’air d’y toucher. Déjà, choisir un titre pareil (légèrement différent du titre anglais, The Usual Desire to Kill) pour raconter une histoire de famille est une belle provocation — à l’arrière-plan, même s’il n’y a jamais vraiment le désir de passer à l’acte, il y a quand même le fait que la question est posée : avoir envie de tuer, dans ce cadre familial ?!

Cette-folle-envie-de-tuerEn l’occurrence, c’est la narratrice que cette folle envie finit par effleurer : Miranda, qui rend visite à ses parents retirés dans l’Ouest de la France pour y passer leur retraite. Ils trompent le temps qui passe dans une grande baraque qui a connu de bien meilleurs jours, entourés de canards et de… lamas ! Leur relation, elle, ne donne pas l’impression d’avoir connu de meilleurs jours. Une tension permanente, qui les sépare (ou les réunit, d’ailleurs) dans tous les instants de l’existence. À la baguette, il y a la mère de Miranda, qui mène le ménage avec une autorité à la limite de l’injustice et de l’agressivité — et, ce qui est assez dramatiquement drôle, avec un sens de l’hygiène alimentaire encore plus limite. Une mère acariâtre, une mégère frustrée qui veut tout contrôler, n’aime personne. Bref, une personne peu sympathique, peu agréable. Le père, lui, semble avoir baissé les armes, abandonné toute espérance au moment où il s’est marié et a cessé de résister, écrasé par sa femme, presque une victime, celui qui ne peut jamais manger ce qu’il veut manger, faire ce qu’il veut, qui se protège en allant nourrir ses canards, qui se réfugie ailleurs pour échapper à la pression permanente de cette femme.

Entre les deux, il y a Miranda. Pour des raisons qui ne sont toutefois pas claires (et pas clairement exprimées), elle ne baisse pas les armes. Elle revient régulièrement chez ses parents, observer ces échanges, essayer de s’y mêler, sans grand succès. Ses parents la prennent à témoin de ce que l’autre veut ou ne veut pas, de sa mauvaise foi et de son mauvais caractère. Et chaque fois, Miranda est prise entre deux feux, essayant sans grand succès de ménager la chèvre et le chou… Et chaque fois, elle écrit à sa sœur pour lui parler de ce qui se passe…

Entre la narration de l’histoire et les mails, Camilla Barnes rajoute toutefois des extraits de journal, dont on découvre progressivement qu’ils viennent de celui que tenait la mère quand elle était jeune. Ces renvois au passé sont évidemment cruciaux : ils permettent de comprendre l’état de la relation entre le père et la mère de Miranda et de sa sœur Charlotte. On découvre les origines du drame, de la tension, de la frustration de cette femme qui a sacrifié quelque chose, qui a sacrifié sa vie parce qu’elle s’est retrouvée dans l’obligation de fonder cette famille. Cette femme agressive, autoritaire, à la limite de la méchanceté, a en réalité beaucoup souffert. Elle est en réalité une victime. Parce que le père a malgré tout réussi à tirer son épingle du jeu, être professeur de philosophie — ce qui est exactement ce qu’il voulait faire. J’exagère en chargeant le père pour dédouaner la mère, qui ne devient pas forcément plus sympathique, c’est vrai. Mais cela les choses compréhensibles.

Camilla Barnes nous raconte une histoire de famille presque banale, d’une banalité presque universelle mais qui se révèle à la fois plus dramatique et peut-être plus banale et universelle que ce qu’on croit.

Alain Marciano

Cette folle envie de tuer
Roman de Camilla Barnes
traduit de l’anglais par Cécile Arnaud
Éditeur : Flammarion
297 pages – 22 euros
Parution : 1er avril 2026

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